Qu’on le voie comme binaire ou comme un spectre, le genre demeure une hiérarchie

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« Il est impossible de nommer l’oppression et d’agir contre elle si aucun oppresseur ne peut être nommé. » (Mary Daly)

Qu’est-ce que le genre?

Le genre est une fiction créée par le patriarcat, une hiérarchie imposée par les hommes pour assurer leur domination sur les femmes. L’idée d’une structure binaire de genre a été créée dans le but de justifier la subordination des femmes en décrivant notre oppression par les hommes comme un état naturel, résultant de la façon dont se manifestent des caractéristiques innées prêtées aux hommes et aux femmes. La présentation du genre comme naturel ne sert pas seulement à dépolitiser la hiérarchie, elle recourt à l’idéologie essentialiste pour convaincre les femmes de la futilité de toute résistance radicale au genre comme mécanisme de notre oppression. Le désespoir engendre l’apathie, laquelle entrave le changement social plus efficacement que toute répression manifeste. Si l’abolition du genre (et donc le démantèlement du patriarcat) est un objectif non réalisable, nous les femmes n’avons d’autre choix que d’accepter notre statut de citoyennes de deuxième classe dans le monde. Traiter le genre comme inhérent à la nature humaine équivaut à accepter un modèle patriarcal comme conception de la société.

GENDER IS LESS

Le genre est moins comme ceci que comme cela…

Le genre est une hiérarchie qui permet aux hommes d’être dominants et conditionne les femmes à l’état de servitude. Comme le genre est un élément fondamental du patriarcat capitaliste de la suprématie blanche (hooks, 1984), je trouve particulièrement déconcertant de voir des éléments du discours queer soutenir que le genre n’est pas seulement inné mais sacro-saint. Loin d’être une alternative radicale au statu quo, le projet de « queerer » le genre, avec son caractère essentialiste, n’a pour effet que de reproduire les normes établies par le patriarcat. Une interprétation queer ne défie pas le patriarcat de manière significative : plutôt que d’encourager les gens à résister aux normes établies par le patriarcat, il leur offre un moyen de s’y rallier. La politique queer a moins contesté les rôles traditionnels de genre qu’elle ne leur a insufflé une nouvelle vie, et c’est là que se trouve le danger.

Soutenir que le genre pourrait ou devrait être « queeré » équivaut à perdre de vue la façon dont le genre fonctionne comme système d’oppression. Les hiérarchies ne peuvent, par définition, être assimilées à une démarche de libération. Les déséquilibres de 1600-Genderbread-Personpouvoir structurels ne peuvent être abolis par une simple subversion : réduire le genre à un enjeu de performativité ou d’identification personnelle nie sa fonction pratique en tant que hiérarchie. Toute idéologie qui ferme grossièrement les yeux sur le rôle du genre comme méthode d’oppression des femmes ne peut pas être qualifiée de féministe. En fait, comme l’idéologie queer reste largement acritique de la disparité de pouvoir qui sous-tend la politique sexuelle, elle est foncièrement anti-femme.

La logique de l’identité de genre est fondamentalement déficiente, puisqu’elle repose sur le principe qui fait du genre une caractéristique innée. Comme les féministes le font valoir depuis des décennies, le genre est socialement construit – il l’est de toutes pièces pour accorder aux hommes la domination sur les femmes. L’éducation des enfants, genrés avant même leur naissance, sert à diviser les sexes en une classe dominante et une classe dominée. Le féminisme reconnaît l’existence du sexe biologique, mais il s’oppose à l’essentialisme, soit l’idée que le sexe dicte qui nous sommes et qui nous pouvons être en tant qu’êtres humains. Le féminisme affirme que notre caractère, nos qualités et notre personnalité ne sont pas définies par le fait d’être hommes ou femmes. À l’inverse, la théorie queer soutient qu’il existe un ensemble de traits intrinsèquement masculin et un autre ensemble de traits intrinsèquement féminin, et que notre identité dépend de la façon dont nous alignons notre vie sur ces caractéristiques.

Au lieu de reconnaître qu’il existe plusieurs façons d’être un homme ou une femme, la théorie queer enferme les gens dans une gamme toujours croissante de catégories organisées selon des stéréotypes. Il n’existe aucune preuve scientifique pour soutenir l’existence d’un « genre du cerveau »; les prétentions quant à l’existence de cerveaux masculin et féminin reflètent une idéologie neurosexiste (Fine, 2010). Pourtant, l’idéologie queer positionne le genre comme une identité innée, en affirmant que le genre est « ce que vous ressentez ».

« Je trouve très difficile de me défaire des menottes d’une vie de conditionnement culturel qui a tenté de me convaincre que le genre est un fait biologique plutôt qu’un construit social. » Louise O’Neill, I Call Myself A Feminist: The View from Twenty-Five Women Under Thirty

Le problème avec l’identité de genre

Malgré son essentialisme, la lecture queer du genre est de plus en plus répandue dans les milieux progressistes et féministes. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. L’idéologie du genre reconnaît qu’une distribution binaire des rôles de genre masculin et féminin est restrictive pour les individus. Mais au lieu de préconiser le travail important à abattre pour démanteler la hiérarchie du genre, cette idéologie offre une solution beaucoup plus facile : une clause d’auto-exclusion individuelle qui permet aux gens de faire la paix avec le patriarcat. Adopter l’idéologie du genre équivaut à embrasser un récit d’exceptionnalisme. Adopter l’idéologie du genre est accepter qu’il existe une classe de personnes naturellement adaptées à leur position dans la hiérarchie du genre (soit comme opprimé ou comme oppresseur) en regard d’une autre classe de personnes qui seraient des exceptions aux règles traditionnelles du genre.

Un problème fondamental grève l’idéologie queer du genre. Comme je l’ai expliqué dans un essai précédent, ce problème est la misogynie. Prétendre que certains groupes sont naturellement adaptés au rôle de genre imposé à leur catégorie sexuelle – les personnes qualifiées de « cis » – revient à soutenir la misogynie. Les femmes classées comme « cis », selon la logique de l’identité de genre, seraient intrinsèquement adaptées à être opprimées par les hommes. Tout le système patriarcal se voit ainsi disculpé par l’idéologie du genre, présenté comme un événement naturel plutôt que comme un système d’oppression bâti pour accorder aux hommes la domination sur les femmes.

Comme la politique d’identité queer s’en tient à un récit reflétant une idéologie exceptionnaliste, la dynamique de la politique sexuelle se trouve entièrement passée sous silence. L’artifice linguistique du mot « cis » permet de redéfinir l’oppression des femmes comme un privilège, de sorte que toute libération des femmes « cis » face à l’oppression patriarcale cesse d’être une priorité. La politique sexuelle est mise de côté au profit d’une démarche d’auto-identification, qui rend politiquement invisible l’appartenance de classe sexuelle.

 

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« Tant de genres et pourtant, nous savons encore, magiquement, quelle moitié de la race humaine est censée torcher les derrières et brosser les planchers. » (Victoria Smith, @glosswitch)

Le genre est une prison, et j’ai de la compassion pour toutes les personnes qui s’y trouvent contraintes. Il est odieux que les hommes soient découragés des valeurs d’empathie, de gentillesse et d’expression personnelle créative. Il existe une cruauté réelle dans la socialisation des garçons à la masculinité. Cela étant dit, il faut tout de même examiner le lien entre l’idéologie du genre et l’occultation du privilège masculin.

 

Ce problème est bien illustré par l’exemple de Ben Hopkins, un des membres du duo punk britannique PWR BTTM. Hopkins est biologiquement masculin et, en tant que tel, a été socialisé à la masculinité. Comme beaucoup de personnes célèbres de son sexe, Hopkins a exploité sa renommée et son pouvoir pour violenter sexuellement des fans de sexe féminin. Selon une de ses victimes, Hopkins est un « prédateur sexuel reconnu qui a perpétré de multiples agressions, a intimidé d’autres personnes dans la communauté queer et a fait des avances non désirées à des personnes mineures ». Ce qui est censé différencier Hopkins d’une longue tradition d’agresseurs masculins ayant du pouvoir est qu’il s’identifie comme « genderqueer ».  En tant que tel, une perspective queer soutiendrait que les gestes de Hopkins ne peuvent être considérés comme des violences masculines exercées contre des femmes. L’exceptionnalisme queer manifesté dans la logique de l’identité de genre rend impossible de nommer ou de contester la violence masculine en tant que telle.

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Déclaration d’une survivante affichée sur des médias sociaux: « Hé, avertissement général : Ben de PWR BTTM est un prédateur sexuel reconnu, auteur de plusieurs agressions, etc., et vous devriez éviter d’assister à leurs concerts/boycotter leur musique/ne pas leur donner accès à des espaces sécuritaires. J’ai personnellement vu Ben amorcer des contacts sexuels inappropriés avec des gens malgré plusieurs « Non » et sans avertissement ou consentement, et j’ai entendu au cours des derniers mois plusieurs comptes rendus de Ben disant du mal d’autres artistes queer pour son bénéfice personnel, faisant des avances non désirées à des mineur.e.s même en sachant leur âge et se livrant à des violences psychologiques dans des relations intimes. Presque toutes les victimes de Ben sont queer. »

Les hommes apprennent dès leur naissance qu’ils ont droit au temps des femmes, à l’attention des femmes, à l’amour des femmes, à l’énergie des femmes et aux corps féminins. Pourtant, conformément à la logique de l’idéologie du genre, cette situation est perçue comme malheureuse mais aléatoire, plutôt que comme conséquence normale de la socialisation genrée que reçoivent les hommes dans la société patriarcale. Malgré son identification comme « genderqueer », la violence sexuelle infligée par Hopkins à des femmes ayant beaucoup moins de pouvoir social que lui est parfaitement en phase avec la logique de la masculinité. En quel sens un homme qui exerce le comportement le plus toxique enraciné dans la masculinité peut-il prétendre queerer le genre ou y résister?

Comme ses actions en témoignent manifestement, Hopkins n’a pas consciemment désappris sa socialisation masculine ou son droit d’accès aux corps féminins. La façon dont il choisit de s’identifier a peu d’incidence sur la sombre réalité de la situation. Pourtant, en revendiquant le label de « genderqueer », Hopkins a tenté d’effacer le privilège masculin dont il a continué à bénéficier. Dans un texte rédigé pour le blog Feminist Current, Jen Izaakson énonce clairement le paradoxe de sa prétention de queerer le genre :

« … Hopkins s’est servi de glitter, d’eye-liner et de robes vintage pour démontrer sa compréhension et son adhésion aux idéaux queer, pour illustrer un rejet de la « masculinité toxique » et des normes de genre socialement prescrites aux hommes. Mais porter des robes à fleurs et du lip gloss ne mène pas nécessairement à un rejet réel du privilège et de la prédominance dont disposent les hommes en régime patriarcal. En mettant l’accent sur des identités auto-définies, sur l’expression individuelle et sur la performativité, au lieu d’examiner la violence masculine et les systèmes de pouvoir inégaux, le discours queer a ouvert tout grand la porte à la misogynie. »

De façon semblable, la trans-activiste Cherno Biko (née homme) a ouvertement confessé avoir violé un transhomme (né femme) avec le fantasme et l’intention de l’engrosser contre son gré. Malgré son aveu public de cette agression sexuelle, Biko a pu prendre la parole sur la tribune de la Marche des femmes à Washington et a co-présidé le Conseil consultatif des jeunes femmes pour la ville de New York. Cela soulève des questions, non seulement sur l’apparente absence de prise en compte des agressions sexuelles dans les espaces féministes, mais aussi sur la mesure dans laquelle les mouvements politiques progressifs sont prêts à fermer les yeux sur des cas de violence envers des femmes si l’agresseur s’identifie comme transgenre ou « genderqueer ».

Les actes de violence commis contre les femmes sont à la fois une cause et une conséquence du patriarcat, et ils sont normalisés par la logique du genre. L’idéologie du genre ne tient pas compte de la disparité de pouvoir de la politique sexuelle – une hiérarchie instituée par le genre lui-même – et considère le genre comme une simple question d’auto-identification. La perspective queer s’en tient délibérément à un traitement individuel de l’enjeu identitaire afin de dépolitiser le genre, évitant ainsi des questions ardues sur le pouvoir et le patriarcat.

On nous dit que le genre est une question profondément personnelle et qui donc, comme tous les bons libéraux le savent, ne doit pas être scrutée. Pourtant, la recherche démontre que les transfemmes « conservent un modèle masculin en matière de criminalité après une chirurgie de réaffectation sexuelle » et que « la même chose est vraie en ce qui concerne les crimes avec violence ». Étant donné qu’une femme sur trois subira de la violence masculine au cours de sa vie, cette question n’est pas anodine : 96 % des auteurs de violences sexuelles sont de sexe biologique masculin. La sécurité des femmes et des filles n’est jamais un prix acceptable à payer, même pas au nom de l’inclusion. La socialisation masculine joue un rôle démontrable dans le façonnement des attitudes et des comportements – si nous les femmes ne pouvons pas nommer la violence que nous vivons ou identifier le système qui la permet, nous ne pouvons pas les défier.

« Quand Simone de Beauvoir a écrit qu’une fille ne naît pas femme mais le devient, elle ne voulait pas dire qu’un individu né dans le sexe masculin, socialisé dans les attentes propres au genre masculin, pouvait simplement décider de prendre des hormones et peut-être de subir une chirurgie et de « devenir femme ». » Dame Jenni Murray

Dans l’optique de l’identité de genre, l’oppresseur peut se défaire de son privilège masculin et revendiquer le statut d’opprimé. Dans l’optique de l’identité de genre, les opprimées peuvent également rejeter les bases de leur oppression au moyen d’une auto-identification. L’idéologie du genre vise à réorienter une hiérarchie en termes d’identité. Malheureusement, on ne peut pas échapper par simple choix à une oppression de nature structurelle et systématique – même si le discours queer présente cela comme une voie légitime pour les femmes. L’homme constitue la norme par défaut de l’humanité, la femme étant reléguée au statut d’ « Autre » – uniquement définie par rapport aux hommes (Beauvoir, 1949). Pas étonnant qu’un nombre croissant de femmes, insatisfaites des limitations imposées par le rôle de genre féminin et conscientes que s’autoactualiser permet de dépasser le stéréotype creux de la féminité, cessent de s’identifier en tant que femmes.

Mais au lieu d’identifier le rôle de genre féminin comme le problème et de travailler à démanteler la hiérarchie du genre, les femmes sont encouragées à cesser de s’identifier en tant que telles si elles se comportent ou se sentent comme de véritables êtres humains. En présentant une pleine humanité et la féminité comme mutuellement exclusives, l’idéologie du genre invite les femmes à participer à un jeu traditionnel : Je-Ne-Suis-Pas-Comme-Les-Autres-Filles-Version-queer .

Il est compréhensible que les femmes soient impatientes d’échapper au rôle de genre féminin féminin; en fait, la libération des femmes face à la hiérarchie du genre est un objectif de base du féminisme. Mais le mouvement féministe préconise la libération de toutes les femmes de toutes les formes d’oppression, et pas simplement la libération de celles qui critiquent leur oppression individuelle par le genre – celles qui « n’aspirent à aucun type de féminité ».

Queerer le genre nourrit l’homophobie

gay-liberation Malgré tout ce qui se dit sur une « communauté queer », alliance prétendue entre les personnes LGBT +, l’homophobie a toujours été centrale à la politique queer. En effet, l’idéologie queer a émergé comme mouvement de ressac opposé aux principes féministes lesbiens, qui préconisaient un changement social radical par la transformation des vies individuelles (Jeffreys, 2003). Les intérêts politiques des femmes lesbiennes et des hommes gais marginalisés, à commencer par l’abolition des rôles de genre, ont été rejetés dans les milieux queer. L’individualisme interdisait tout accent particulier sur les politiques de libération féministe et gay, que le discours queer commença à décrire comme démodées, ternes ou anti-sexe.

Ces dernières années, cette dérision s’est accélérée pour devenir un sentiment ouvertement anti-gay. Les tentatives d’effacement des femmes lesbiennes et homosexuelles sont aujourd’hui pratique courante dans les milieux queer. Dans un billet d’opinion posant la question à savoir si l’identité lesbienne peut « survivre à la révolution du genre », Shannon Keating affirme que les sexualités lesbiennes et gays sont obsolètes :

« En regard du contexte de plus en plus coloré de la diversité de genre, un label binaire comme ‘gay’ ou ‘lesbien’ commence à sembler plutôt dépassé et lourd. Quand il y a autant de genres sur la carte, est-ce être fermé d’esprit – ou, pire, oppressif et exclusionnaire – de s’identifier à une étiquette qui implique que seul un genre vous attire? »

Il existe une souche persistante d’homophobie dans l’idéologie du genre. Elle se manifeste aussi régulièrement parce que cette homophobie est intégrée à la politique queer du genre. L’attraction aux personnes de même sexe est constamment présentée comme problématique du fait de reconnaître à la fois l’existence du sexe biologique et sa signification dans la détermination du potentiel d’attraction – ce qui contredit la prétention selon laquelle c’est le genre, et non le sexe, qui constitue l’étalon identitaire déterminant.

Plus tôt cette année, Juno Dawson, qui a signé le livre The Gender Games, a affirmé que l’homosexualité masculine n’était qu’un « prix de consolation » pour les hommes qui ne sont pas prêts à opter pour une vie de transféminité. Avant sa propre transition, Dawson a vécu et aimé en tant qu’homme gay; il est donc particulièrement troublant de le voir proclamer que l’homosexualité est moins digne de respect et de reconnaissance comme orientation légitime. Il a dépeint la vie en tant qu’homme homosexuel comme une alternative inférieure, un substitut déficient à une transféminité réprimée. Lorsque des gays et des lesbiennes ont protesté contre cette homophobie, Dawson a présenté une non-excuse qui a rappelé une vérité cruciale en matière d’identité de genre et de sexualité : « Beaucoup d’hommes et de femmes trans ont vécu auparavant comme gays ou lesbiennes avant leur transition, a-t-il dit, alors je pense que c’est un enjeu vraiment important à discuter … »

Il est tout à fait réactionnaire de soutenir que les gays sont, au fond, des femmes insatisfaites. Selon cette logique, seule la masculinité la plus straight et la plus toxique est authentiquement masculine. Et si les gays sont réellement des transfemmes straight, alors il n’existe pas d’hommes homosexuels. L’homosexualité se trouve ainsi « guérie » – un programme politique qui a longtemps appartenu aux conservateurs sociaux, mais que l’on peut maintenant retrouver dans l’idéologie queer. Et ce n’est pas un hasard si beaucoup de ceux qui choisissent de subir une transition chirurgicale ou médicale sont des gays ou des lesbiennes qui, au début de leur processus de transition, vivent en hétérosexuels. En Iran, où les relations homosexuelles sont punissables de mort, les clercs intégristes sont les premiers à « accepter l’idée qu’une personne puisse être piégée dans un corps qui est du mauvais sexe ».

L’idéologie du genre est fondamentalement conservatrice. Elle repose sur l’hypothèse voulant que les rôles de genre soient absolus et que les personnes qui s’écartent du rôle de genre attribué à leur sexe doivent appartenir à une autre catégorie. Les lesbiennes et les gays défient les rôles de genre simplement en aimant quelqu’un du même sexe, en s’écartant des schémas de domination hétéro-patriarcale pour créer une politique sexuelle d’égalité. Si une transition nous conduit à l’hétérosexualité, en conformité avec les rôles de genre, on nous amène en fait à nous conformer aux rôles de genre tracés par le patriarcat.

Personne ne naît dans le mauvais corps. Un corps ne peut, par définition, être le mauvais. Le système de genre, par contre, est mauvais d’une foule de manières. Le fait de problématiser les corps comme contraires à une hiérarchie qui les limite ne fait que reproduire l’idéologie destructive qui est au cœur du patriarcat. C’est une approche contradictoire à une politique de libération, et elle est, au mieux, malavisée et, au pire, complice avec le patriarcat.

Conclusion

La critique de l’idéologie du genre est fortement déconseillée. Je soupçonne que c’est parce que plus on explore la perspective queer du genre, plus sa misogynie et son homophobie deviennent apparentes. Une fois que le vernis progressiste commence à se fissurer – quand il devient évident que l’idéologie du genre est au mieux complaisante au sujet du patriarcat et des torts que celui-ci inflige aux femmes – la politique queer devient beaucoup plus difficile à vendre à la population en général.

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MERDE AUX RÔLES DE GENRE

Ainsi, les féministes qui osent remettre en question l’idéologie du genre sont qualifiées de bigotes et ces critiques, et les femmes assez courageuses pour les faire, sont jugées illégitimes. Les femmes qui contestent l’idéologie du genre sont ridiculisées en tant que « TERF » – on nous répète constamment que leur seul motif de critiquer le genre est une malveillance, plutôt qu’une préoccupation réelle pour le bien-être des femmes et des filles. Ce à quoi je réponds par les mots de Mary Shelley : « Attention; car je suis intrépide, et donc puissante. » Toute tentative de décourager les femmes de s’en prendre à notre oppression devient profondément suspecte à mes yeux.

L’idéologie du genre crée une fausse dichotomie entre d’une part des personnes liées de façon innée aux rôles de genre traditionnels et, d’autre part, quelques rares exceptions qui ne le sont pas. La politique de genre est l’exemple le plus élaboré et le plus dangereux d’utiliser les outils du maître pour démanteler la maison du maître. Pourquoi queerer le genre lorsque nous pouvons l’abolir? Pourquoi gaspiller de l’énergie en essayant de subvertir une pratique oppressive lorsque nous pourrions l’éliminer complètement?

La femme est une classe de sexe – rien de plus, rien de moins. L’homme est une classe de sexe – rien de plus, rien de moins. Prétendre que l’ampleur de notre identité est fixée par le rôle de genre imposé à notre classe de sexe équivaut à légitimer le projet de patriarcat. En tant que féministe, en tant que femme, je rejette la politique queer et l’idéologie de genre qu’elle préconise. Au lieu de cela, je prétends que les femmes et les hommes qui vivent en dehors du scénario établi par le genre – que ce soit en versions queer ou patriarcale – devraient faire figure de révolutionnaires. Ce n’est que par l’abolition du genre que nous pourrons réaliser une véritable libération.


Bibliographie

Simone de Beauvoir. (1949). Le Deuxième sexe.

Cordelia Fine. (2010). Delusions of Gender: How Our Minds, Society, and Neurosexism Create Difference.

Lynne Harne & Elaine Miller (eds.). (1996). All the Rage: Reasserting Radical Lesbian Feminism.

bell hooks. (1984). De la marge au centre: Théorie féministe.

Sheila Jeffreys. (2003). Unpacking Queer Politics.

Audre Lorde. (1984). Sister Outsider: Essais et propos d’Audre Lorde.

Cherríe Moraga & Gloria E. Anzaldúa (eds.). (1981). This Bridge Called My Back: Writings by Radical Women of Color.

Bonnie J. Morris. (2016). The Disappearing L: Erasure of Lesbian Spaces and Culture.

Victoria Pepe (ed.). (2015). I Call Myself A Feminist: The View from Twenty-Five Women Under Thirty.

Rebecca Reilly-Cooper. More Radical with Age.


Translation originally posted here.

Original text initially posted here.

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À propos de notre disparition: réflexions sur l’effacement des lesbiennes

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C’est une époque étrange où être une jeune lesbienne. Eh bien, assez jeune. Durant le temps qu’il m’a fallu pour évoluer du stade d’apprentie baby dyke à celui de lesbienne complètement formée, la tension entre la politique d’identité queer et la libération des femmes est devenue tout à fait insupportable. Facebook a ajouté le drapeau de la fierté gaie à ses emojis de réactions le même mois où ils ont commencé à bannir des lesbiennes pour s’être identifiées comme dykes. À mesure que sont progressivement normalisés la législation sur le mariage pour tous et les droits d’adoption de conjoints du même sexe, on voit le droit des femmes lesbiennes à s’auto-définir et à tracer leurs limites sexuelles être sapé au sein même de la communauté LBGT+. Si de telles contradictions sont caractéristiques de l’époque actuelle, cela ne les rend pas plus faciles à vivre au jour le jour.

L’amour est l’amour, à moins que vous vous trouviez à être une lesbienne, auquel cas love-is-lovevotre sexualité sera déconstruite implacablement parce que soupçonnée de faire preuve d’ »exclusion ». Comme je l’ai écrit dans un texte précédent, toute sexualité est par définition exclusive. La sexualité est un ensemble de paramètres qui régissent les caractéristiques auxquelles nous sommes potentiellement attirées chez les autres. Pour les lesbiennes, c’est la présence de caractéristiques sexuelles féminines primaires et secondaires qui créent (mais ne garantissent pas) la possibilité d’une attirance. C’est le sexe et non le genre (ni même l’identité de genre) qui est le facteur clé. Mais dans un contexte queer, comme dans la société patriarcale traditionnelle, le mot lesbienne devient une étiquette litigieuse.

Les lesbiennes sont plutôt encouragées à se décrire comme queer, un terme si vaste et si nébuleux qu’il en devient dépourvu de sens particulier, en ce sens qu’aucune personne munie d’un pénis n’est perçue comme étant entièrement au dehors de nos frontières sexuelles. Jocelyn MacDonald décrit bien cette situation :

« Les lesbiennes sont des femmes et on enseigne aux femmes que nous sommes censées être sexuellement disponibles comme objets de consommation publique. Nous passons donc beaucoup de temps à dire « Non ». Non, nous ne baiserons pas des hommes ni ne nous associerons pas à eux ; non, nous ne changerons pas d’avis à ce sujet ; non, notre corps est un no man’s land. Que nous soyons lesbiennes, hétéro ou bisexuelles, nous les femmes sommes punies chaque fois que nous essayons d’affirmer une frontière. Le queer comme expression indéfinie rend vraiment difficile pour les lesbiennes d’affirmer et de maintenir cette limite, car il rend impossible de nommer cette frontière. »

À une époque où la simple reconnaissance du sexe biologique est traitée comme un acte d’intolérance, l’homosexualité est automatiquement problématisée – et les conséquences imprévues de la politique d’identité queer s’avèrent de très grande envergure. Ou plutôt, il serait plus exact de dire que c’est la sexualité des lesbiennes qui est rendue problématique : l’idée de femmes réservant exclusivement nos désirs et nos énergies l’une pour l’autre demeure suspecte. Étrangement, le modèle des hommes qui placent d’autres hommes au centre de leur vie ne subit jamais la même réaction hostile. Ce sont les lesbiennes qui constituent une menace pour le statu quo, qu’il s’agisse de l’hétéropatriarcat ou de la culture queer. Lorsque les lesbiennes rejettent l’idée de prendre un partenaire muni d’un pénis, on nous qualifie de « fétichistes du vagin » et de « gynéphiles » – puisque la sexualité lesbienne est systématiquement qualifiée de pathologique dans le discours queer, tout comme la sexualité lesbienne est traitée comme pathologique par le conservatisme social. Je ne trouve donc pas surprenant que tant de jeunes femmes succombent à la pression sociale et abandonnent le terme de « lesbienne » au profit de celui de « queer ». L’effacement est le prix de l’acceptation.

« Ce n’est pas un secret que la peur et la haine des homosexuels imprègnent notre société. Mais le mépris pour les lesbiennes est distinct. Il est directement enraciné dans l’horreur éprouvée envers la femme qui se définit, se détermine, la femme qui n’est pas contrôlée par le besoins, les ordres ou la manipulation des hommes. Le mépris envers les lesbiennes est le plus souvent une répudiation politique des femmes qui s’organisent en leur propre nom pour acquérir une présence publique, un pouvoir significatif, une intégrité visible.

Les ennemis des femmes, ceux qui sont déterminés à nous nier la liberté et la dignité, utilisent le mot « lesbiennes » pour attiser une haine de femmes qui refusent de se conformer. Cette haine retentit partout. Cette haine est soutenue et exprimée par pratiquement toutes les institutions. Lorsque le pouvoir masculin est remis en question, cette haine peut être intensifiée et enflammée au point de la rendre volatile, palpable. La menace est que cette haine va exploser sous forme de violence. La menace est omniprésente car la violence faite aux femmes est applaudie culturellement. De sorte que le mot « lesbiennes », lancé ou chuchoté comme accusation, sert à concentrer l’hostilité masculine sur les femmes qui osent se révolter, et il sert également à effrayer et intimider les femmes qui ne se sont pas encore révoltées. » (Andrea Dworkin, « Words », publié dans Letters from a War Zone)

À en croire la politique d’identité queer, le fait que des femmes biologiques soient exclusivement intéressées à se lier à d’autres femmes serait un signe d’intolérance. Ne gaspillons pas de paragraphes en équivoque. Ce monde contient bien suffisamment de silences sur la question du genre, et ce sont toujours les femmes qui paient le prix le plus élevé pour ces silences – dans ce cas-ci, les femmes qui aiment d’autres femmes. Et donc je vais parler clairement : la raison pour laquelle la politique queer qualifie de « transphobes » les lesbiennes qui nient catégoriquement la possibilité de prendre un partenaire muni d’un pénis est parce que cette position ne comprend pas les transfemmes dans la sphère du désir lesbien. Quant à la lesbophobie inhérente à la réduction de la sexualité lesbienne à un simple facteur de validation, elle ne suscite, bien sûr, aucune objection.

Pourtant, la sexualité lesbienne n’exclut pas nécessairement les personnes qui s’identifient comme trans. La sexualité lesbienne peut s’étendre à des personnes biologiquement féminines qui s’identifient comme non binaires ou genderqueer. La sexualité lesbienne peut s’étendre à des personnes biologiquement féminines qui s’identifient comme transhommes. Comme une proportion relativement élevée de transhommes auto-identifiées vivaient comme lesbiennes butch avant leur transition, il n’est pas inusité que des transhommes fassent partie de relations lesbiennes.

Où se situe la frontière entre une lesbienne butch et une transhomme ? Au cours de ses réflexions sur la vie lesbiennes, Roey Thorpe note que « … il y a toujours quelqu’un qui pose la question : ‘Où sont passées toutes les butchs ?’ » La réponse courte est : du côté de la transmasculinité (et la réponse longue appelle un billet à elle seule). À quel point dans le spectre de l’identité est-ce que finit la butch et commence la transhomme ?

cover The Argonauts

Cette frontière est amorphe, mais Maggie Nelson tente avec imagination de la tracer dans The Argonauts. Son amante, l’artiste Harry Dodge, est décrite par Nelson comme une « butch débonnaire sous testostérone ». Aux yeux de Nelson, « la seule similarité que j’aie remarquée dans mes relations avec des femmes n’est pas l’uniformité de la Femme, et certainement pas l’uniformité des parties. C’est plutôt la compréhension partagée et écrasante de ce que signifie vivre en régime patriarcal. » Dodge affiche un genre fluide et une présentation masculine. La testostérone et la mastectomie ne suppriment pas une compréhension de ce qu’est que d’être située, dans ce monde, en tant que femme. Ces vérités coexistent.

L’idée que les lesbiennes sont transphobes parce que nos frontières sexuelles ne s’étendent pas jusqu’à accueillir le pénis est aussi fallacieuse que phallocentrique. Et la pression exercée sur les lesbiennes pour leur faire déplacer ces frontières est franchement terrifiante ; elle repose sur un sentiment de droit envers les corps des femmes, un droit qui fait partie du patriarcat et qui se reproduit maintenant dans l’espace queer. Il faut rappeler que les lesbiennes n’existent pas comme simples objets sexuels ou facteurs de validation, mais comme êtres humains auto-actualisés ayant leurs propres désirs et frontières.

Parler de politique queer avec des amis gays de mon âge est une expérience révélatrice. Ces conversations me rappellent deux choses : avec les hommes, « non » est accepté comme mot de la fin. Avec les femmes, le mot non est traité comme l’amorce d’une négociation. La plupart des gays que je connais sont tour à tour horrifiés et amusés par l’idée que les paramètres de leur sexualité pourraient ou devraient être modifiés par les prescriptions de la politique queer. Certains (chanceux dans leur ignorance) ne connaissent pas le labyrinthe de la théorie queer. D’autres (les nouveaux initiés) sont, sans surprise, résistants à la problématisation queer de leur homosexualité. L’un d’entre eux est même allé jusqu’à suggérer que les gays, les lesbiennes et les bisexuels devraient rompre avec la soupe alphabet de la politique queer et s’organiser spontanément en fonction de critères sexuels. Compte tenu qu’une foule de dykes ont été ciblées comme TERFs dans cette nouvelle chasse aux sorcières pour avoir lancé la même suggestion, j’ai trouvé à la fois encourageant et déprimant d’entendre un homme extérieur au féminisme radical exprimer les mêmes opinions sans crainte de censure.

Je suis heureuse de dire qu’aucun des gays que j’appelle mes amis n’a opté pour ce qu’on pourrait appeler la stratégie Owen Jones : celle de rejeter comme intolérantes les préoccupations des lesbiennes dans l’espoir de se mériter de savoureux biscuits à décoration arc-en-ciel pour alliés fiables. La tendance des hommes de gauche à miser sur la misogynie pour mousser leur réputation est une histoire aussi ancienne que le patriarcat. Que cela se produise dans le contexte de la communauté queer n’est pas surprenant, car cette culture est dominée par des hommes.

La communauté queer peut finalement s’avérer aliénante pour les lesbiennes. Même si j’ai participé à des espaces queerau moment de mon coming-out, je me suis de plus en plus éloignée de ce contexte au fil du temps. Je ne suis nullement seule en cela : beaucoup de lesbiennes de mon groupe d’âge sont conscientes d’être effacées et repoussées dans les milieux queer, auxquels on nous dit pourtant que nous sommes censées appartenir. Ce ne sont pas seulement les lesbiennes plus âgées qui résistent à la politique queer, même si Dieu sait qu’elles nous ont prévenues de sa misogynie. Mon seul regret est de ne pas avoir prêté l’oreille plus tôt, d’avoir gaspillé beaucoup de temps et d’énergie à essayer de combler le fossé idéologique entre les féminismes queer et radical.

Le discours queer utilise ce qui ressemble à la tactique de la carotte et du bâton pour amener les jeunes lesbiennes à se conformer : nous pouvons soit embrasser le queer et trouver un sentiment d’appartenance, soit demeurer des outsiders sans rapport, à l’instar de vieilles lesbiennes ringardes. Cette approche, lourde d’âgisme et de misogynie, a échoué à me dissuader : je crois qu’il n’y a rien que je voudrais être autant qu’une lesbienne plus âgée, et il est formidable de savoir que c’est l’avenir qui m’attend. La profondeur des réflexions que m’adressent les lesbiennes âgées, leur façon de me mettre au défi et de me guider dans ma prise de conscience féministe, joue un rôle essentiel en façonnant à la fois mon sentiment du monde et la façon dont j’y comprends ma place. Si j’ai vraiment de la chance, j’aurai un jour ces conversations aériennes (et, parfois, intellectuellement éprouvantes) avec des générations futures de baby dykes.

Bien que j’apprécie le soutien et la sororité des lesbiennes plus âgées (de loin ma préférée parmi les catégories démographiques d’êtres humains), je dois dire qu’à certains égards, j’envie la relative simplicité de ce qu’était la vie des lesbiennes pendant les années 70 et 80. Pourquoi ? Parce qu’elles ont vécu des vies lesbiennes avant que la politique queer ne devienne généralisée. Je ne dis pas cela à la légère, ni pour laisser entendre que le passé a été une sorte d’utopie pour les droits des gais et des lesbiennes. Ce n’était pas le cas. Leurs générations ont connu l’article 28 (qui bannissait la promotion à l’école de l’homosexualité comme normale), alors que la mienne a obtenu le mariage pour tous. Les gains dont bénéficie ma génération sont le produit direct de leur lutte. Pourtant, elles ont pu vivre au moins une partie de leur vie à une époque où, de tous les prétextes pour lesquels le mot lesbienne rencontrait du dégoût, l’accusation d’être « trop exclusionnaire » ne faisait pas partie de la liste. Il n’y avait pas d’incitation, dans un contexte féministe ou gay, à « queerer » la sexualité lesbienne.

Certaines choses n’ont tout de même pas beaucoup changé. La sexualité des lesbiennes est encore régulièrement dépréciée. Les dykes lesbiennes servent encore de faire-valoir aux femmes qui disent « Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas ce genre de féministe… » Mais aujourd’hui, lorsque je vérifie mes messages reçus sur Twitter, cela me prend vraiment un moment pour déterminer si mon identité lesbienne a offensé quelqu’un de la droite alt-right ou de la gauche queer. La distinction est-elle vraiment significative ? La lesbophobie emprunte le même format. La haine des femmes est identique.

There will be no revolution

Au moment des défilés de la Fierté gaie, on a vu circuler sur les médias sociaux, l’image d’un transfemme souriant, portant un t-shirt ensanglanté où l’on pouvait lire « I punch TERFs ». Cette image avait pour titre « Voici à quoi ressemble la libération gay ». Cette prétention est particulièrement douteuse, dans la mesure où celles d’entre nous qui vivons à l’intersection de l’identité homosexuelle et de la féminité, les lesbiennes, sont souvent qualifiées de TERF pour la seule raison de notre sexualité. Comme nous vivons dans un monde où une femme sur trois subit des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie, je ne peux trouver cette image amusante – il n’y a rien de révolutionnaire ou de contre-culturel à faire une blague sur le fait de frapper des femmes. C’est un endossement irréfléchi de la violence anti-femmes, présentée comme un objectif de la politique de libération. Et nous savons tous que les TERF sont des femmes, car les hommes qui font respecter leurs limites sont rarement soumis à ce genre de vitriol. Bien sûr, le fait de souligner cette misogynie entraîne un nouveau déluge de misogynie.

Il y a une réplique à la mode réservée aux féministes qui critiquent les politiques sexuelles liées à l’identité de genre, une réplique qui rappelle davantage des adolescents agressifs que quelque véritable politique de résistance. C’est « Suck my girldick » (Suce ma bite de fille). Ou, si leur malice tente de se parer d’originalité, « étouffe-toi avec ma bite de fille ». Se faire dire de s’étouffer avec une bite de fille n’est pas ressenti comme différent d’être invitée à s’étouffer avec une bite classique, mas cette insulte est presque devenue une figure obligée des propos sur le genre affichés dans le réseau Twitter. L’acte reste le même. La misogynie reste la même. Et il est révélateur que, dans ce scénario, la gratification sexuelle découle d’un acte qui bâillonne littéralement les femmes.

 

Un vers célèbre de Roméo et Juliette de Shakespeare proclame que « ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom ». En gardant cela à l’esprit (car il y a beaucoup plus de tragédie que de romance dans la présente situation), je prétends que même sous un autre nom, un pénis serait sexuellement repoussant pour des lesbiennes. Et c’est très bien. Le désintérêt sexuel n’équivaut pas à une discrimination, une oppression ou une marginalisation. Par contre, le droit d’accès sexuel que veulent s’arroger certains a précisément ces effets : il joue un rôle fondamental dans l’oppression des femmes et se manifeste clairement dans la culture du viol. La perspective queer ne laisse pas place à des discussions de la misogynie qui autorise certains à se juger en droit d’accéder aux corps de lesbiennes. La moindre reconnaissance du problème est tout de suite jugée outrancière ; par conséquent, la misogynie se voit protégée par des couches et des couches de silence.

Ce n’est pas une époque géniale pour être lesbienne. La réticence de la politique queer à simplement accepter la sexualité lesbienne comme valide à part entière est profondément marginalisante; elle va parfois jusqu’à considérer le désir de faire l’amour comme plus valide que le droit de s’y refuser. Et pourtant, la connexion lesbienne tient bon, comme elle l’a toujours fait. Les relations lesbiennes continuent de nous nourrir, tout en offrant une alternative radicale à l’hétéropatriarcat. Ce n’est pas parce que cette alternative n’est pas particulièrement visible en ce moment, parce qu’elle n’a pas la popularité répandue (c’est-à-dire patriarcale) de la culture queer, que cela signifie qu’elle n’existe pas. Les lesbiennes sont partout – cela ne changera pas.

Nolite te bastardes carborundorum. (Ne laisse pas les salauds te réduire en poussière)


Bibliographie

Margaret Atwood. (1985). La Servante écarlate

Andrea Dworkin. (1978). « Words », dans The Andrea Dworkin Online Library

Cherríe Moraga. (2009). Still Loving in the (Still) War Years : On Keeping Queer Queer

Maggie Nelson. (2015). The Argonauts

Adrienne Rich. (1976). Naître d’une femme : la maternité comme expérience et institution


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Seu silêncio não te protegerá: o racismo no movimento feminista

Your Silence Will Not Protect You: Racism in the Feminist Movement is now available in Portuguese! Thanks to QG Feminista for the translation.


Este é o primeiro de uma série de postagens de blog sobre raça e racismo no movimento feminista. Não é algo agradável. Igualmente, não é uma reprimenda. É feita para despertar — algo que espero que seja respondido.


Prefácio

A solidariedade entre as mulheres é vital para a libertação. Para que o movimento feminista seja bem-sucedido, os princípios feministas devem ser aplicados tanto na ação quanto nas palavras. Embora a interseccionalidade seja usada como uma palavra-chave no ativismo contemporâneo, de muitas formas nos desviamos do propósito proposto por Crenshaw: trazer as vozes marginalizadas da periferia para o centro do movimento feminista, destacando a coexistência das opressões. Mulheres brancas com políticas liberais rotineiramente se descrevem como feministas interseccionais antes de falar em cima e desconsiderar aquelas mulheres que negociam com identidades marginalizadas de raça, classe e sexualidade em acréscimo ao sexo. A interseccionalidade como sinalização de virtude é diametralmente oposta à práxis interseccional. A teoria não surgiu para ajudar as mulheres brancas na busca de biscoitos — foi desenvolvida predominantemente por feministas negras com o objetivo de dar voz às mulheres não-brancas.

As feministas brancas de todas as vertentes estão caindo no cruzamento da raça. As feministas liberais frequentemente não consideram o racismo em termos de poder estrutural. As feministas radicais muitas vezes não estão dispostas a aplicar os mesmos princípios de análise estrutural à opressão enraizada na raça como no sexo.

Mulheres brancas que são autoproclamadas feministas tem o hábito de esperar que mulheres não-brancas escolham entre suas identidades de raça e sexo, priorizar a misoginia desafiadora em relação ao racismo opositor, em nome da irmandade. Textos de feministas negras clássico datando do início de 1970 em diante detalha esse fenômeno e fala que muito pouco sobre a dinâmica inter-racial entre as mulheres mudou desde sua publicação. O que mulheres brancas costumam falhar em considerar é que, para mulheres não-brancas, raça e sexo são intrinsecamente conectados em como nós experimentamos o mundo, como nós estamos situadas dentro das estruturas de poder. Ademais, a discussão sobre raça costuma ser tratada como um descarrilhamento das Reais Questões Feministas (isto é, aquelas relacionadas diretamente a mulheres brancas), a implicação de que mulheres não-brancas são, no máximo, um subgrupo dentro do movimento.

Independentemente de como sua política feminista se manifesta, a questão da raça é aquela que não é tão facilmente respondida, ou até mesmo reconhecida por muitas mulheres brancas. Através da teoria e do ativismo feminista, as mulheres desenvolvem uma compreensão estrutural da hierarquia patriarcal e onde estamos posicionados dentro desse sistema. Técnicas como conscientização e organização coletiva permitiram que as mulheres ligassem o pessoal com o político — e é profundamente pessoal. No feminismo, as mulheres se tornam plenamente conscientes de como somos marginalizadas pelo patriarcado. As mulheres brancas consideram que pertencem à classe oprimida em termos de sexo. Sendo conscientes das implicações realizadas por pertencer à classe dominante, as mulheres brancas são, portanto, desconcertadas pela noção de ser o partido opressor na hierarquia da raça (hooks, 2000). Isso nos leva à nossa primeira falácia:

“Fazer [o movimento feminista] sobre raça, divide as mulheres.”

Uma e outra vez, esta linha é usada por mulheres brancas para circumnavigar qualquer discussão significativa da raça, para evitar a possibilidade desconfortável de ter que enfrentar o espectro de seu próprio racismo. Este argumento sugere que o esforço das feministas se concentraria melhor em desafiar a opressão baseada no sexo, excluindo todas as outras manifestações de preconceito. Ao adotar uma aproximação tão estreita ao ativismo, tais mulheres impedem a possibilidade de abordar a raiz da misoginia: patriarcado capitalista da supremacia branca (hooks, 1984). O único foco na misoginia é, em última instância, ineficaz. A análise estrutural seletiva só nos levará até certo ponto. O racismo e o classismo, como a misoginia, são pilares do patriarcado capitalista da supremacia branca, defendendo e perpetuando estruturas de poder dominantes. O patriarcado não pode ser desmantelado enquanto os outros vetores na matriz de dominação (Hill Collins) permanecem no lugar. Essa política e ativismo do laissez-faire carece de profundidade, rigor e de consistência ética necessário para impulsionar uma mudança cultural para a libertação. Também implora a pergunta: Que tipo de feminismo se vê indiferente quando a injustiça prospera?

Não, falar sobre raça não divide mulheres. É o racismo que faz isso — especificamente, o racismo que as mulheres brancas dirigem para as mulheres não-brancas, o racismo que as mulheres brancas observam e não conseguem desafiar porque, em última análise, elas se beneficiam disso. Seja intencional ou casualmente entregue, esse racismo tem o mesmo resultado: mina completamente a possibilidade de solidariedade entre mulheres não-brancas e mulheres brancas. A falta de vontade das mulheres brancas para explorar o sujeito de raça, reconhecer as formas em que eles se beneficiam da supremacia branca, impossibilita a confiança mútua.

“Mas as mulheres brancas não se beneficiam da supremacia branca”.

Argumentar que a misoginia é o agente principal na opressão de todas as mulheres é assumir que a categoria de “mulher” se sobrepõe inteiramente a “classe branca” e “classe média”, o que claramente não é o caso. A hierarquia da raça tem tanto impacto nas experiências vividas das mulheres não-brancas como a hierarquia do gênero. Quando cerca de 70% de pessoas britânicas que estão em empregos que pagam salário mínimo nacional são mulheres, é evidente que a classe desempenha um papel fundamental na vida das mulheres da classe trabalhadora.

Muitas vezes, as mulheres brancas queixam-se de esquerdomachos — a tendência dos homens de Esquerda de permanecer misteriosamente incapaz de perceber como a hierarquia da classe social é refletida pelo gênero. Esta é uma crítica válida, uma crítica necessária. É também uma crítica inteiramente aplicável às mulheres brancas autoproclamadas feministas que não querem se envolver com políticas antirracistas. Mesmo que experimentem o classismo e/ou a lesbofobia, as mulheres brancas continuam a beneficiar de sua branquitude.

De acordo com a Fawcett Society, a diferença de remuneração de gênero para empregados em tempo integral fica em 13.9%. As pessoas do BAME (Negros e Minorias Étnicas) com GCSEs são pagas 11% menos do que os nossos pares brancos, um déficit que eleva-se para 23% entre graduados. Além disso, os formandos do BAME têm mais de duas vezes mais probabilidades de estar desempregados do que os graduados brancos. As mulheres não-brancas enfrentam um duplo risco, nosso trabalho é subestimado tanto por motivos de raça quanto de sexo. Zora Neale Hurston descreveu as mulheres negras como “mule uh de world”, uma observação que se mostra quando aplicado à diferença salarial. As mulheres do BAME também são mais propensas a serem perguntadas sobre nossos planos relacionados ao casamento e à gravidez por potenciais empregadores do que mulheres brancas. As mulheres brancas são objetificadas pelos homens, resultado da misoginia. As mulheres não-brancas são objetificadas, são vistas e tratadas como intrinsecamente diferentes e estranhas, fetichizadas e tratadas como selvagens hipersexuais pelos homens, resultado da misoginia e do racismo. BAME e mulheres migrantes também “experimentam uma taxa desproporcional de homicídio doméstico”.

Mesmo que você não esteja preparado para ouvir o que as mulheres não-brancas têm a dizer sobre racismo, os fatos e os números sustentam esse fato.

“As mulheres são mais fortes quando todas estamos juntas”.

Sim. A irmandade é uma poderosa força de sustentação. Mas esperar que as mulheres não-brancas permaneçam em silêncio sobre o assunto de raça por causa do conforto branco não é irmandade — pelo contrário. A irmandade não pode existir desde que as mulheres brancas continuem a ignorar a hierarquia da raça, enquanto simultaneamente esperam que as mulheres não-brancas dediquem nossas energias unicamente para ajudá-las a ganhar igualdade aos homens brancos. Este paradigma é explorador, uma manifestação tóxica do direito branco dentro do movimento feminista.

Para que a irmandade exista entre mulheres não-brancas e mulheres brancas, devemos ter uma conversa sincera sobre raça dentro do movimento feminista. O privilégio branco deve ser reconhecido e oposto pelas mulheres brancas. A branquitude deve deixar de ser tratada como o padrão normativo da feminilidade dentro da política feminista. A mesma lógica que é aplicada para criticar a misoginia deve ser aplicada a desaprender o racismo. As questões enfrentadas pelas mulheres não-brancas devem ser consideradas uma prioridade e não uma distração a ser tratada após a revolução. As mulheres não-brancas devem deixar de ser tratadas como algo que você faz simplesmente por ser algo que você é obrigado a fazer e, em vez disso, reconhecidas pelo que somos, o que sempre fomos: essenciais para o movimento feminista.

Tudo isso é imperativo para alcançar uma verdadeira solidariedade — e isso é possível. No que diz respeito às coisas, cabe às mulheres brancas chegar e reparar qualquer fenda que ocorra com base em raça. Em última análise, isso nos aproximará da libertação.


Bibliografia

Davis, Angela. (1981). Women, Race & Class. (Disponível em português)
Grewal, Shabnam, ed. (1988). Charting the Journey: Writings by Black and Third World Women.
Hill Collins, Patricia. (2000). Black Feminist Thought.
hooks, bell. (1984). Feminist Theory: From Margin to Center.
hooks, bell. (2000). Feminism is for Everybody.
Lorde, Audre. (1984). Sister Outsider.
Wallace, Michele. (1978). Black Macho and the Myth of Superwoman.


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A Questão do Desaparecimento – Uma Reflexão Sobre o Apagamento da Lesbianidade

The Vanishing Point: A Reflection Upon Lesbian Erasure is now available in Portuguese! Thanks to Ação Antisexista for the translation.


Estes são tempos estranhos para ser uma jovem mulher lésbica. Ou melhor, jovial. No tempo que me levou para evoluir de uma inexperiente sapatão caçula em uma completa e formada lésbica, a tensão entre as políticas de identidade do queer e a libertação das mulheres se tornou realmente insuportável. O facebook adicionou reações da bandeira do orgulho gay no mesmo mês que eles começaram a banir mulheres lésbicas por nos descrevermos como butch (algo como sapatão ou caminhão em português). Enquanto a legislação de casamento e o direito de adoção para casais do mesmo sexo se tornam cada vez mais parte da sociedade dominante, o direito de mulheres lésbicas de se auto definirem e declararem seus limites sexuais é comprometido dentro da comunidade LGBT+. Tais contradições são características desta era, mas isso não torna elas mais fáceis de suportar dia após dia.

Amor é amor, a não ser que aconteça de você ser uma mulher lésbica – neste caso sua love is lovesexualidade será incansavelmente desconstruída sob suspeita de você estar sendo excludente. Como já escrevi anteriormente, cada sexualidade é por definição excludente. Sexualidade é um conjunto de parâmetros que governa as características que potencialmente nos atraem nas outras pessoas. Para lésbicas, é a presença das características sexuais primárias e secundárias das mulheres que geram (mas não garantem) a possibilidade de atração. O sexo, e não o gênero (nem mesmo a identidade de gênero), é o fator chave. Mas no ponto de vista queer, assim como no da sociedade patriarcal dominante), lésbica é uma designação contestável.

Mulheres lésbicas são encorajadas a se descreverem como queer, um termo tão abrangente e vago que parece ser desprovido de significado específico, pelos motivos de que ninguém que possuí um pênis é tido como inteiramente fora dos nossos limites sexuais. Jocelyn MacDonald coloca muito bem:

“Lésbicas são mulheres, e mulheres são ensinadas que devemos estar disponíveis sexualmente como objetos de consumo público. Então nós despendemos muito tempo dizendo “Não”. Não, nós não vamos transar ou nos relacionar com homens; não, nós não vamos mudar de ideia quanto a isso; não, este corpo não é território masculino. Lésbicas, hetero ou bissexuais, nós mulheres somos punidas sempre que tentamos demarcar limites. O queer sendo um termo genérico torna realmente difícil para lésbicas assegurarem e manterem estes limites, porque se torna impossível nomear estes limites.”

Em tempos em que o reconhecimento do sexo biológico é tratado como um ato de intolerância, a homossexualidade é automaticamente problematizada – as consequências não previstas das políticas identitárias de gênero são enormes e de largo alcance. Ou ainda, seria mais correto dizer, que a sexualidade lésbica virou um problema: a ideia de que nós mulheres direcionemos nossos desejos e energias de uma para outra continua suspeita. De alguma forma, o padrão de homens centrarem homens nas vidas deles nunca recebe o mesmo backlash (reação negativa, resposta em forma de ataque). As lésbicas são uma ameaça ao status quo, seja no heteropatriarcado ou na cultura queer. Quando nós lésbicas rejeitamos a ideia de nos relacionarmos com alguém com pênis, nós somos taxadas de “fetichistas de vaginas” e ginefílicas – Levando em conta que a sexualidade de lésbicas é rotineiramente patologizada no discurso queer, assim como a sexualidade lésbica é patologizada pelo conservadorismo social, não é surpresa para mim que tantas mulheres jovens sucumbam a pressão social e abandonem o termo lésbica em favor do termo queer. O auto apagamento é o preço da aceitação.

“Não é nenhum segredo que o medo e o ódio a homossexuais permeiam nossa sociedade. Mas o desprezo por lésbicas é distinto. É diretamente arraigado no repúdio à autodefinição da mulher, à autodeterminação da mulher, às mulheres que não são controladas pela necessidade, pelo comando ou pela manipulação masculina. O desprezo por lésbicas é mais comumente um repúdio político às mulheres que se organizam em seu próprio benefício em busca de estarem presentes no espaço público, de que sua força seja validada, que sua integridade seja visibilizada.

Os inimigos das mulheres, aqueles que estão determinados a nos negar a liberdade e a dignidade, usam a palavra lésbica para provocar o ódio às mulheres que não se conformam. Este ódio ecoa em toda parte. Este ódio é sustentado e expressado por praticamente todas as instituições. Quando o poder masculino é desafiado, este ódio se intensifica e se inflama de forma a ser volátil, palpável. A ameaça é de que esse ódio pode explodir em violência. A ameaça é onipresente porque a violência contra a mulher é culturalmente aplaudida. E assim a palavra lésbica, gritada ou sussurrada em tom de acusação, é usada para direcionar a hostilidade dos homens contra as mulheres que ousam se rebelar, e é também usada para assustar e intimidar as mulheres que ainda não se rebelaram.” – Andrea Dworkin

A política de identidade queer tende a pensar que mulheres nascidas mulheres se interessarem exclusivamente por outras mulheres é um sinal de intolerância. Não vamos desperdiçar parágrafos com equívocos. Este mundo já tem silenciamentos acerca de gênero mais do que o suficiente, e é invariavelmente as mulheres que pagam o maior preço por estes silenciamentos – neste caso, mulheres que amam outras mulheres. Então eu digo o seguinte: lésbicas negarem categoricamente a possibilidade de se relacionarem com alguém com pênis é tido como transfóbico pela política queer porque não inclui mulheres trans na esfera dos desejos de lésbicas. A lesbofobia inerente na redução da sexualidade lésbica à fonte de validação, obviamente recebe passe livre.

Ainda assim, a sexualidade lésbica não necessariamente exclui pessoas que se identificam como trans. A sexualidade lésbica pode se estender a pessoas que nasceram mulheres que se identificam como não binárias ou queergênero. A sexualidade lésbica pode se estender a pessoas que nasceram mulheres que se identificam como homens trans. Comparando a alta proporção de que homens trans auto identificados viviam como lésbicas butch antes de transicionarem, não é incomum que homens trans façam parte de relacionamentos lésbicos.

Aonde está o limite entre uma lésbica butch e um homem trans? Durante suas reflexões sobre a vida das lésbicas, Roey Thorpe considera que “…invariavelmente alguém pergunta: Aonde todas as butches foram parar? A resposta curta é masculinidade trans (e a resposta longa requer um artigo próprio). Em qual parte dentro do espectro de identidade termina o butch e o trans começa?

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O limite é amorfo, embora de forma imaginativa Maggie Nelson tenta traçar em The Argonauts. O parceiro dela, o artista Harry Dodge, é descrito por Nelson como um “butch charmoso em T.” segundo Nelson “qualquer semelhança que eu observe nos meus relacionamentos com mulheres não é a semelhança como Mulher, e certamente não é a semelhança das partes envolvidas. Ao invés disso é a esmagadora compreensão compartilhada do que significa viver no patriarcado.” Dodge é gênero fluido e de aparência masculina. A testosterona e a cirurgia de remoção dos seios não removem a compreensão do seu local neste mundo como mulher. Estas verdades coexistem.

A ideia de que lésbicas são transfóbicas porque os limites da nossa sexualidade não se estendem em acomodar o pênis é uma falácia falocêntrica. E a pressão nas lésbicas para redefinirem esses limites é francamente assustadora – se baseia numa atitude do direito de propriedade sobre os corpos das mulheres, uma atitude que é parte do patriarcado e agora tem sido reproduzida na esfera queer. As mulheres lésbicas não existem para que sejam objetos sexuais ou fontes de validação, mas como seres humanos autodefinidos com desejos e limites próprios.

Conversar sobre a política queer com amigos homens gays da mesma idade que eu é algo revelador. Eu sou lembrada de duas coisas: para os homens, ‘não’ é uma palavra aceita como assunto encerrado. Com mulheres, o não é tratado como uma abertura à negociação. A maioria dos homens gays fica horrorizada ou então surpresa com a noção de que os parâmetros de suas sexualidades possam ou devam mudar de acordo com as imposições da política queer. Alguns (os mais sortudos – a ignorância é uma benção) não estão familiarizados com a fantasiosa teoria queer. Outros (os recentemente inciados) estão, como era de se esperar, resistentes a problematização da homossexualidade do ponto de vista queer. Teve um que chegou a sugerir que gays, lésbicas e bissexuais rompessem com a sopa de letrinhas do alfabeto da política queer e se auto organizassem especificamente em torno das suas sexualidades – dado que as lésbicas estão sendo sujeitas a caça às bruxas TERF (feministas radicais trans excludentes em português) por terem feito a mesma sugestão, foi ao mesmo tempo encorajador e lamentável ouvir de um homem que está fora do feminismo radical dizer a mesma coisa sem medo de ser censurado.

Fico feliz em dizer que nenhum dos homens gays que eu chamo de amigos optaram pelo que pode ser descrito como a lógica de Owen Jones: rejeitar as preocupações das mulheres lésbicas e as tratar como atos de intolerância, numa tentativa de conseguir biscoitos-de-arco-íris da aprovação como aliado trans. A onda de homens de esquerda em lucrarem com a misoginia para consolidar sua reputação é um conto tão antigo quanto o patriarcado. Não é uma grande surpresa que isso aconteça dentro da comunidade queer, já que a cultura queer é dominada por homens.

A comunidade queer definitivamente pode afastar as mulheres lésbicas. Embora eu tenha participado de espaços queer quando eu estava me assumindo, acabei me retirando cada vez mais daquele contexto com o tempo. Eu não sou de forma alguma a única – muitas mulheres lésbicas da minha faixa etária se sentem excluídas e deslocadas nos ambientes queer, lugares que nos dizem que deveríamos pertencer. Não são apenas lésbicas mais velhas que são resistentes a política queer, apesar de que deus sabe o quanto elas nos avisaram sobre a misoginia nela. Meu único arrependimento é não ter ouvido antes – que eu tenha perdido meu tempo e energia tentando conciliar divergências ideológicas entre o queer e o feminismo radical.

O discurso queer se utiliza de uma abordagem coerciva para forçar lésbicas a se conformarem – ou nós acatamos o queer e pertencemos ao grupo, ou nós seremos apenas figuras irrelevantes que estão “por fora” como “as velhas lésbicas chatas”. Esta abordagem, na misógina discriminação pela idade, foi equivocada: eu não consigo imaginar nada que eu quisesse ser mais do que uma lésbica mais velha, e é maravilhoso saber que este é o meu futuro. A influência que tem em mim a profundidade do pensamento das mulheres mais velhas, a forma como elas me desafiam e me guiam no processo de consciência feminista, tem um papel central em formarem tanto a minha noção sobre o mundo como compreender meu lugar nele. Se eu for realmente sortuda, um dia eu terei aquelas conversas elevadas (e as vezes, intelectualmente extenuantes) com as futuras gerações de jovens lésbicas.

Embora eu aprecie o apoio e a sororidade das lésbicas mais velhas (de longe meus seres humanos favoritos), em certos aspectos eu também as invejo pela relativa simplicidade da existência lésbica nos anos 70 e 80. A razão para esta inveja: elas viveram vidas lésbicas num tempo anterior a política queer se tornar dominante. Eu não estou dizendo isso desconsiderando ou implicando que o passado foi uma utopia para os direitos de gays e lésbicas. Não foi. A(s) geração(ões) deles tiveram a cláusula 28 (“section 28”), cláusula que bania que a homossexualidade fosse considerada nas escolas como relacionamento familiar normal) e a minha tem o casamento entre pessoas do mesmo sexo. Os avanços que beneficiam minha geração são resultado direto da luta deles. Ainda assim as lésbicas podiam viver pelo menos parte de suas vidas numa época em que de todas as razões pelas quais a palavra lésbica foi encarada com desgosto, ser considerada “demasiado excludente” não era uma delas. Não houve um ímpeto, dentro de um contexto feminista ou gay, tornar a sexualidade lésbica esquisita (“queer” em inglês, a autora aqui faz um trocadilho).

Algumas coisas não mudaram muito. A sexualidade lésbica é comumente degradada. As mulheres lésbicas ainda estão nas campanhas lésbicas do “Não se preocupe, eu não sou aquele tipo de feminista.” Só que agora, quando eu checo as minhas notificações no Twitter, realmente levo um tempo para descobrir se minha lesbianidade ofendeu a “alt-right” (nova denominação da extrema direita) ou da esquerda queer. Isso faz alguma diferença? A lesbofobia tem o mesmo formato. O ódio às mulheres é o mesmo.

women's libDurante a Parada Gay, uma foto de uma mulher trans sorridente vestindo uma camiseta manchada de sangue dizendo “eu soco as TERFs” circulou nas redes sociais. A imagem tinha a seguinte legenda “isso é como a libertação gay se parece”. Aquelas de nós que vivem na intersecção entre a identidade gay e a mulheridade – lésbicas- são frequentemente taxadas de TERFs puramente pelo fato de que nossa sexualidade torna esta reivindicação dúbia. Considerando que vivemos num mundo onde uma a cada três mulheres sofre violência física ou sexual durante sua vida, eu não me surpreendo– não tem nada de revolucionário ou contracultural em fazer uma piada sobre bater em mulheres. A violência contra as mulheres foi glorificada sem pensar duas vezes, colocada como um objetivo de políticas libertárias. E nós todos sabemos que TERFs são mulheres, já que homens que definem limites são raramente sujeitos a tais ataques. Apontar a misoginia obviamente resulta numa nova enxurrada de misoginia.

Existe uma réplica preferida reservada para as feministas que criticam as políticas sexuais da identidade de gênero, uma resposta certamente associada mais com adolescentes meninos do que qualquer política de resistência: “chupe meu pau de garota”. Ou, se a maldade se junta com uma tentativa de originalidade, “engasgue com meu pau de garota”. Ouvir “engasgue com meu pau de garota” não parece nada diferente de ouvir te dizerem que engasgue num pau de qualquer tipo, mesmo assim isso se tornou já quase uma parte da rotina do discurso de gênero que se abriu no Twitter. O ato permanece o mesmo. A misoginia permanece a mesma. E isso está dizendo que neste cenário a gratificação sexual é derivada de um ato que muito literalmente silencia as mulheres.

Uma frase icônica de Shakespeare em Romeu e Julieta proclama que “uma rosa com qualquer outro nome teria um aroma igualmente doce.” Com isso em mente (por existir muito mais tragédia do que romance sobre esta situação), eu diria que independente do nome um pênis iria repelir sexualmente as lésbicas. E isso é ok. O desinteresse sexual não é a mesma coisa que a discriminação, a opressão ou a marginalização. Porém, sentir que a sexualidade é um direito que se tem sobre alguém é : ele é parte fundamental da opressão das mulheres, e se manifesta claramente na cultura do estupro. Dentro da concepção queer não há espaço dedicado para discussões sobre a misoginia que possibilita o se sentir no direito de ter acesso sexual aos corpos de mulheres. Simplesmente reconhecer que o assunto existe é considerado inaceitável, e como resultado, temos a misoginia protegida por camadas e camadas de silêncio.

Esta não é uma época radiante para se ser uma lésbica. A falta de vontade das políticas queer para simplesmente aceitar a sexualidade lésbica como válida por direito é profundamente desamparadora, ao ponto de se privilegiar o desejo de ter sexo sobre o direito de recusa ao sexo. E mesmo assim a conexão lésbica persiste, como sempre persistiu. Os relacionamentos lésbicos seguem florescendo enquanto oferecem uma alternativa radical ao heteropatriarcado – só porque não é particularmente visível agora, apenas por não ter o apelo dominante (isto é, patriarcal) que tem a cultura queer, não significa que não esteja acontecendo. As lésbicas estão em toda a parte – isso não vai mudar.

Nolite te bastardes carborundorum.


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Seamos Honestas Sobre Cómo Las Políticas Queer Excluyen a las Mujeres Lesbianas

Lezbehonest about Queer Politics Erasing Lesbian Women is now available in Spanish! Many thanks to SOMOS LA MITAD for the translation.


Este post es el segundo de una serie de ensayos sobre sexo, género y sexualidad. El primero está disponible aquí. Escribo sobre la exclusión de las lesbianas porque me niego a que se me invisibilice. Alzando mi voz en disidencia, pretendo ofrecer tanto un reconocimiento a otras mujeres lesbianas como una resistencia activa a cualquier marco político —hetero o queer— que insista en que las lesbianas son una especie en peligro de extinción. Si que una serie de mujeres ame y de prioridad a otras mujeres es una amenaza para tus políticas, te puedo garantizar que eres parte del problema y no de la solución. Dedico estas letras a SJ, que me hace estar orgullosa de ser lesbiana. Tu amabilidad ilumina mi mundo.


El lesbianismo es, una vez más, una categoría disputada. La definición más literal de lesbian_feminist_liberation‘lesbiana’ —mujer homosexual— es sujeto de reciente controversia. Esta lesbofobia no nace del conservadurismo social sino que se manifiesta en el seno de la comunidad LGTB+, en la que las mujeres lesbianas somos frecuentemente demonizadas como intolerantes y retrógradas o rechazadas por ser consideradas un chiste anticuado, todo a consecuencia de nuestra sexualidad.

En el contexto postmoderno de las políticas queer, las mujeres que nos sentimos atraídas de manera exclusiva por personas de nuestro mismo sexo, somos consideradas arcaicas. No sorprende que los deseos de los hombres gays no sean analizados con el mismo rigor: en el marco queer, se anima a los hombres a que den prioridad a su propio placer, mientras se sigue esperando de las mujeres que consideremos el de los demás. Lejos de subvertir las expectativas patriarcales, las políticas queer reproducen esos estándares mediante la perpetuación de los roles  normativos de género. No es ninguna coincidencia que las mujeres lesbianas sean el blanco sobre el que recae toda la hostilidad queer.

Además de la proliferación del fascismo y de la normalización de la supremacía blanca, los últimos años han visto surgir una avalancha de anti-lesbianismo. El contenido en los medios, hipotéticamente dirigido a/y escrito por mujeres lesbianas, nos dice que somos una especie en peligro de extinción: Fuentes feministas que cuestionan si necesitamos siquiera la palabra lesbiana, páginas de opinión que afirman que la cultura lésbica está extinta, artículos arrogantes que aseguran que ‘lesbiana’ “suena como a enfermedad rara”, e incluso comentarios que afirman que la sexualidad lésbica es una reliquia del pasado en este nuevo mundo tan valiente y sexualmente fluido. Estos textos definen deliberadamente la sexualidad de las mujeres lesbianas como anticuada y pasada de moda. Incitan activamente al rechazo de la identidad lésbica mediante el convencimiento de la lectora de que será una mujer moderna y progresista sólo si está preparada para deshacerse de la etiqueta de lesbiana. Exactamente de la misma manera que el patriarcado premia a la ‘chica guay’ que se distancia de los ideales feministas, las políticas queer premian a las lesbianas que adoptan cualquier otra etiqueta.

Desanimar a las lesbianas para que no nos identifiquemos como tales y para que no reclamemos la cultura y las políticas de oposición que se nos han legado es una estrategia efectiva. Heather Hogan, editora de la publicación Autostraddle, supuestamente dirigida a las mujeres lesbianas; recientemente comparó en Twitter la resistencia de las lesbianas a la lesbofobia con los neo-nazis. La misma Hogan se define como lesbiana y sin embargo afirma que las posturas del feminismo lésbico son inherentemente intolerantes y retrógradas.

Guerreros queer, armados con sus teclados, lideraron y promovieron una campaña contra la Biblioteca del Movimiento de la Clase Trabajadora (Working Class Movement Library), en Salford, Inglaterra; por invitar a la feminista lesbiana Julie Bindel para que diera una charla durante el Mes de la Historia LGBT, y llenaron el evento de Facebook de mensajes abusivos, llegando el acoso a las amenazas de muerte. El hecho de que Bindel considere el género como una jerarquía en su análisis feminista es suficiente para tildarla de “peligrosa”. A su vez, la recién abierta Biblioteca de Mujeres de Vancouver (VWL) fue sometida a una campaña de intimidación por parte de activistas queer. VWL fue presionada para sacar algunos textos feministas de sus estanterías alegando que “eran dañinos” —la mayoría de los libros considerados objetables habían sido escritos por lesbianas feministas como Adrienne Rich, Ti-Grace Atkinson y Sheila Jeffreys.

Una no tiene que estar de acuerdo con todos los argumentos de las teóricas feministas lesbianas, para darse cuenta de que la eliminación deliberada de las perspectivas teóricas del feminismo lésbico, es un acto de cobardía intelectual con raíces misóginas.

La sexualidad, la cultura y el feminismo lésbicos están sometidos a la oposición concentrada de las políticas queer. La invisibilización de las lesbianas —una táctica típica del patriarcado— es justificada por los activistas queer bajo el alegato de que la sexualidad y la práctica lésbica son excluyentes, y de que esta exclusión es retrógrada (particularmente con las mujeres y los hombres transgénero).

¿Es el lesbianismo excluyente?

Sí. Toda sexualidad es, por definición, excluyente —está formada por una serie de características que establecen los parámetros que capacitan a cada individuo para experimentar atracción física y mental. Esto no es en sí mismo inherentemente intolerante ni retrógrado. La atracción es física y se basa en una realidad material. El deseo se manifiesta o no. La sexualidad lésbica es y siempre ha sido una fuente de polémica porque las mujeres que viven vidas lésbicas no le proporcionan a los hombres ninguna labor emocional, sexual o reproductiva; todas ellas exigidas por las normas patriarcales.

Una lesbiana es una mujer a la que le interesan y le atraen otras mujeres, lo que implica la exclusión de los hombres. El hecho de que los límites sexuales de las lesbianas sean lesbiancuestionados con tal fiereza es el resultado de una misoginia concentrada y reforzada por la homofobia. Mujeres que deseamos a otras mujeres, excluyendo a los hombres; mujeres que dedicamos nuestro tiempo y energía a otras mujeres, excluyendo a los hombres; mujeres que construimos nuestras vidas en torno a otras mujeres, excluyendo a los hombres; así es como el amor lésbico presenta un desafío al status quo. Nuestra misma existencia contradice el esencialismo tradicional usado para justificar la jerarquía de género: “es natural”, el propósito en la vida de toda mujer es servir al hombre. La vida lésbica se opone a esto de forma inherente. Crea espacios para posibilidades radicales, a las que se resisten tanto conservadores como liberales.

La sexualidad lésbica es disputada desde el discurso queer porque supone un reconocimiento directo y positivo de la biología de la mujer. Arielle Scarcella, una importante vlogger, se vio envuelta en una gran polémica por afirmar que, como mujer lesbiana, a ella le gustan “las tetas y las vaginas y no los penes”. La atracción de Scarcella por el cuerpo de la mujer fue tildada de transfobia. El hecho de que el deseo lésbico nazca de la atracción al cuerpo de la mujer (hembra) es criticado como esencialista porque sólo se produce ante la existencia de características sexuales femeninas (de hembra) primarias y secundarias. Como el deseo lésbico no incluye a las mujeres trans (transmujeres), es ‘problemático’ para el entendimiento queer de la relación entre sexo, género y sexualidad.

En lugar de aceptar las fronteras sexuales de las mujeres lesbianas, la ideología queer entiende esas fronteras como un problema que debe ser subsanado. La editora LGBT de Buzzfeed, Shannon Keating, aboga por la deconstrucción de la sexualidad lésbica como una posible ‘solución’:

“… tal vez podamos simplemente seguir desafiando la definición tradicional del lesbianismo, que asume que hay sólo dos géneros binarios, y que las lesbianas sólo deberían ser mujeres cis atraídas por mujeres cis. Algunas lesbianas que no se reconocen como TERFs, aún así dicen abiertamente que nunca saldrían con personas trans debido a ‘preferencias genitales’, lo que significa que tienen ideas increíblemente rígidas sobre el género y los cuerpos.”

La sexualidad lésbica no puede ser deconstruida hasta el punto de eliminarla por completo. Además, problematizar la sexualidad lésbica es en sí mismo problemático: una forma de lesbofobia. El lesbianismo ha sido ‘desafiado’ por el patriarcado desde tiempos inmemoriales. A lo largo de la historia los hombres han encarcelado, matado e institucionalizado a las mujeres lesbianas, las han sometido a violaciones correctivas —todo como vía para forzarlas a la heterosexualidad. La lesbofobia más clásica opera con políticas “no preguntar ni decir” (don’t ask, don’t tell). El precio de la aceptación social (léase: mera tolerancia) que asumimos, es permitir que se nos considere heterosexuales hasta que se demuestre lo contrario. Pero esto no supone ninguna amenaza.

La lesbofobia ‘progresista’, sin embargo, es mucho más insidiosa porque se da en los espacios LGBT+ de los que en teoría formamos parte. Pretende que tiremos por la borda la palabra lesbiana para sustituirla por algo más suave y dulce, como ‘Mujeres que Aman Mujeres’, o algo lo suficientemente vago como para eludir el ceñirse a una serie de fronteras sexuales estrictas, como queer. Pretende que abandonemos las especificidades de nuestra sexualidad para pacificar a otros.

El Techo de Algodón 

El debate del Techo de Algodón es zanjado muy a menudo como “retórica TERF”, y sin embargo el término fue creado originalmente por la activista trans Drew DeVeaux. De acuerdo con la blogger feminista queer Avory Faucette, “la teoría del Techo de Algodón trata de desafiar la tendencia de las lesbianas cis de… dibujar la línea en acostarse con mujeres trans o en incluir a las lesbianas trans en sus comunidades sexuales”.

Planned Parenthood ofreció un ahora notorio workshop sobre este tema: Traspasando el Techo de Cristal: Desmontando Barreras Sexuales para Mujeres Trans Queer.

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Las fronteras sexuales de las mujeres lesbianas se presentan como “barreras” que “traspasar”. Esto legitima la formulación de estrategias para animar a las mujeres a involucrarse en determinados actos sexuales, o lo que es lo mismo, la coacción sexual blanqueada por el lenguaje de la inclusión. Esta narrativa se sustenta en la objetificación de las mujeres lesbianas, colocándonos en la posición de sujetos de conquista sexual. La teoría del Techo de Algodón se basa en una mentalidad que defiende los derechos sexuales de terceros sobre los cuerpos de las mujeres, y es incentivada por un clima de clara misoginia.

La sexualidad lésbica no existe para validar ni ser validada. Los límites sexuales de las mujeres no son negociables. Muchos de los argumentos del discurso queer recrean la cultura de la violación creada por el heteropatriarcado. La obtención de acceso sexual a los cuerpos de las mujeres lesbianas es una suerte de ‘test’ para la validación de las mujeres transgénero (transmujeres) y es deshumanizador para las mujeres lesbianas. Asegurar que la sexualidad lésbica es motivada por la intolerancia retrógrada crea un contexto de coacción o chantaje en el que las mujeres se ven presionadas para reconsiderar sus límites sexuales por miedo a ser etiquetadas como TERFs.

Negar el acceso sexual al propio cuerpo no es lo mismo que discriminar a la parte rechazada. No considerar a alguien como un potencial compañero sexual no es una forma de ejercer opresión. Como clase demográfica, las mujeres lesbianas no tienen más poder estructural que las mujeres transexuales (transmujeres) —apropiarse del lenguaje de la opresión en el debate del Techo de Algodón es, en el mejor de los casos, hipócrita.

Sin rodeos: ninguna mujer está obligada a follarse a nadie, jamás.

Conclusión

La sexualidad lésbica se ha convertido en el lugar en el que explotan las tensiones que rodean al sexo y al género. Esto se debe a que, bajo el patriarcado, recae sobre las mujeres la firme obligación de proporcionar validación al prójimo. Los hombres gays no son llamados retrógrados e intolerantes por rehuir el sexo vaginal como consecuencia de su homosexualidad. Amar a los hombres y desear el cuerpo masculino, resulta en cierta manera lógico, en un marco queer, en un contexto cultural construido alrededor de la centralidad de la masculinidad. Por el contrario, como el cuerpo femenino es constantemente degradado bajo el patriarcado, que las mujeres deseen a otras mujeres resulta sospechoso.

“Si yo no me definiera por y para mí misma, acabaría siendo triturada y devorada viva en las fantasías de otras personas.” – Audre Lorde

Las lesbianas hemos encarado la misma vieja combinación de misoginia y homofobia desde la derecha y ahora estamos siendo incansablemente escrutadas por la izquierda queer liberal: que seamos mujeres que no tienen ningún interés en el pene es aparentemente polémico a lo largo de todo el espectro político. Los conservadores nos dicen que tenemos taras, que somos anormales. La familia LGBT+, a la que se supone que pertenecemos, nos dice que somos irremediablemente anticuadas en nuestros deseos. Ambos intentan de manera activa deconstruir el lesbianismo hasta el punto de la desaparición. Ambos intentan invisibilizar a las mujeres lesbianas. Ambos sugieren que simplemente no hemos probado una buena polla todavía. Los paralelismos entre las políticas queer y el patriarcado no pueden seguir siendo ignorados.


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El Problema que No Tiene Nombre porque “Mujer” es Demasiado Esencialista

Este es el tercero de una serie de ensayos sobre sexo y género (ver partes 1 & 2). Inspirada por los comentarios de Chimamanda Ngozi Adichie sobre identidad de género y por la consiguiente respuesta social, he escrito sobre el lenguaje en el discurso feminista y el significado de la palabra mujer.


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“¿Alguien me puede decir alguna manera más corta y no esencialista para referirse a las ‘personas que tienen útero y esas cosas’?” – Laurie Penny

La pregunta de Laurie Penny, que trata de encontrar un término que describa a las mujeres biológicamente hembras sin usar la palabra mujer, ejemplifica muy bien el mayor reto que tiene el discurso feminista en estos momentos. La tensión entre las mujeres que reconocen y las que borran el papel de la biología en el análisis estructural de nuestra opresión, ha abierto una gran brecha (MacKay, 2015) en el seno del movimiento feminista. Las contradicciones surgen cuando las feministas tratan de defender cómo la biología de las mujeres conforma nuestra opresión en una sociedad patriarcal, a la vez que deniegan que nuestra opresión sea fundamentalmente material. En algunos puntos, el análisis estructural riguroso y la inclusividad no son buenos compañeros de cama.

Esa misma semana, Dame Jeni Murray, que ha conducido durante cuarenta años el programa de la BBC Woman’s Hour (La Hora de la Mujer), fue criticada por preguntarse “¿Puede alguien que ha vivido como hombre, con todo el privilegio que ello conlleva, reclamar su condición de mujer?”. En su artículo para el Sunday Times, Murray reflexionaba sobre el papel de la socialización de género recibida durante los años formativos en la configuración de nuestro comportamiento, desafiando la idea de que es posible divorciar el Yo físico del contexto sociopolítico. De la misma manera, la novelista Chimamanda Ngozi Adichie casi fue llevada a la hoguera por sus comentarios acerca de la identidad de género.

Cuando le preguntaron “¿Importa de alguna manera la forma en la que se llega a ser mujer?” Adichie hizo lo que muy pocas feministas se atreven a hacer en estos momentos, debido a lo extremo del debate en torno al género, y dio una respuesta pública sincera:

“Cuando la gente habla sobre si las mujeres trans* son mujeres, lo que yo pienso es que las mujeres trans* son mujeres trans*. Creo que si has vivido en el mundo como hombre, con los privilegios que el mundo concede a los hombres, y después cambias de género —es difícil para mí aceptar que se puedan entonces equiparar tus experiencias con las de una mujer que ha vivido desde que nació como mujer, a la que no se le han otorgado esos privilegios que se les otorga a los hombres. No creo que sea algo bueno combinar las dos cosas en una sola. No creo que sea bueno hablar de los problemas de las mujeres como si fueran los mismos problemas que tienen las mujeres trans*. Lo que quiero decir es que el género no es biología, el género es sociología”. – Chimamanda Ngozi Adichie

Para el tribunal de la opinión queer, el crimen que cometió Adichie fue diferenciar entre aquellas que son biológicamente hembras y criadas como mujeres, y aquellas que transitan de hombre a mujer (y que fueron, a todos los efectos, tratadas como hombres antes de empezar su transición), en su descripción de la condición de mujer. En el discurso queer, los prefijos ‘cis’ y ‘trans’ han sido diseñados para señalar precisamente esa distinción, y sin embargo es sólo cuando las feministas intentan expresar y explorar esas diferencias, que esta diferenciación resulta una fuente de ira.

Las declaraciones de Adichie son perfectamente lógicas: es absurdo imaginar que aquellas socializadas como mujeres durante sus años formativos tienen las mismas Chimamanda-Ngozi-Adichie_photo1experiencias vitales que aquellas socializadas y leídas como hombres. La sociedad patriarcal depende de la imposición de género como vía para subordinar a las mujeres y garantizar el dominio de los hombres. Combinar las experiencias de las mujeres y de las mujeres trans*, borra el privilegio masculino que las mujeres trans* tuvieron antes de la transición, y niega el legado del comportamiento masculino aprendido. Además niega el verdadero significado del cómo se llega a ser mujer y de las implicaciones que tiene en la condición de mujer. En definitiva, niega ambas realidades.

‘Everyday Feminism’ publicó un artículo resaltando siete puntos que prueban que las mujeres trans* nunca tuvieron privilegio masculino. Un artículo que tal vez habría sido más efectivo en su propósito de abogar por la solidaridad feminista, si no hubiera dirigido semejante misoginia etarista hacia las feministas de la segunda ola en la línea que abre el texto. Con este artículo, Kai Cheng Thom sostiene que “…si [las mujeres trans*] son mujeres, eso implica que no pueden recibir ningún tipo de privilegio masculino —porque el privilegio masculino es algo que, por definición, sólo hombres y personas que se identifican como hombres pueden experimentar.”

Y aquí está el punto crucial del asunto —la tensión que existe entre la realidad material y la auto-identificación, en cómo se construye la definición de la condición de mujer. Si la condición de mujer trans* es sinónimo de la condición de mujer, las caraterísticas distintivas de la opresión de la mujer dejan de ser reconocibles como experiencias propias de las mujeres. El género no puede ser categorizado como un instrumento de opresión socialmente construido, si además tiene que ser considerado como una identidad innata. La conexión entre el sexo biológico y la función primaria del género —oprimir a las mujeres en beneficio de los hombres— queda borrada. Como declaró Adichie, esta combinación, en el mejor de los casos, no ayuda nada. Si no podemos reconocer los privilegios que reciben aquellos que son reconocidos y tratados como hombres, en detrimento de sus homólogas femeninas, no podemos reconocer la existencia del patriarcado.

La biología no es el destino. Sin embargo, en la sociedad patriarcal, determina los roles asignados a las niñas y los niños al nacer. Y hay una diferencia fundamental en la posición en la que las estructuras de poder colocan a aquellos biológicamente varones y a aquellas biológicamente mujeres, independientemente de su identidad de género.

“Las niñas son socializadas de maneras que son dañinas para su sentido del Yo —para que se reduzcan a sí mismas para satisfacer los egos de los hombres, para concebir sus cuerpos como contenedores de culpa y vergüenza. Muchas mujeres adultas tienen dificultades para superar y desaprender la mayoría de ese condicionamiento social. Una mujer trans* es una persona que ha nacido varón y una persona a la que, antes de su transición, el mundo trataba como varón. Esto significa que experimentó los privilegios que el mundo otorga a los hombres. Esto no niega el dolor de la confusión de género o las difíciles complejidades de cómo se siente al vivir en un cuerpo que no es el suyo. Porque la verdad sobre el privilegio social es que no tiene nada que ver con cómo te sientas. Tiene que ver con cómo te trata el mundo, con las sutiles y no tan sutiles cosas que internalizas y absorbes.” –Chimamanda Ngozi Adichie

Si las mujeres no pueden seguir siendo identificadas con fines políticos como miembros de su casta social, la opresión de las mujeres no puede ser abordada o combatida. Por consiguiente, los objetivos feministas se ven socavados por las políticas queer.

La lingüista Deborah Cameron ha identificado esta tendencia como la de “la increíble mujer que desaparece”, resaltando el patrón de las realidades vividas por las mujeres y de la opresión invisivilizada por el lenguaje de género neutro. Mientras la condición de mujer es despiadadamente deconstruida en el discurso queer, la categoría de condición de hombre sigue pendiente de ser discutida.

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No es un accidente que la masculinidad permanezca incontestable incluso cuando la palabra mujer es considerada ofensiva y excluyente. ‘Hombre’ es el estándar normativo de humanidad, ‘mujer’ es el otrodel hombre. Al reducir a las mujeres a “no-hombres”, como trató de hacer el Green Party en Reino Unido; al reducir a las mujeres a “personas embarazadas”, como aconseja la Asociación Médica Británica (British Medical Association); el discurso queer perpetúa la clasificación de las mujeres como otro.

La ideología queer usa las convenciones patriarcales en su propia conclusión lógica, mediante la completa eliminación de las mujeres.

Definir a la clase oprimida en relación con el opresor, denegando a los oprimidos el uso del lenguaje para que hablen de cómo se les margina, sólo sirve para ratificar la jerarquía de género. Aunque estos cambios lingüísticos parecen inclusivos al principio, tienen la consecuencia imprevista de perpetuar la misoginia.

“Eliminar la palabra mujer y el lenguaje biológico de las discusiones relativas a la realidad corpórea de las mujeres nacidas hembras, es peligroso. Negarse a reconocer la anatomía femenina, las capacidades reproductivas y la sexualidad ha sido, desde hace mucho, trabajo del patriarcado. Parece como si hubiéramos tenido unas cuantas décadas doradas de reconocimiento,en las que hemos podido llevar nuestra experiencia vivida en nuestra condición corpórea de mujer —pero ahora tenemos que abandonar este lenguaje en favor del grupo. Incluso con la lógica en el asiento del conductor, es difícil no sentir que este aspecto de la condición de mujer está siendo borrado con incómodos ecos del patriarcado que dejamos atrás.” – Vonny Moyes

Hablar de los asuntos relativos al sexo biológico y de la socialización de género se ha vuelto cada vez más controvertido, con algunos sectores de la ideología queer clasificando automáticamente ambos temas en el ‘mito’ TERF. Sería muy fácil desear que la conexión entre la biología de las mujeres y nuestra opresión, así como las consecuencias de la socialización de género, fueran sólo mitos. En un escenario así, aquellas personas en posesión de un cuerpo femenino —mujeres— podríamos simplemente identificarnos de otra manera para evitar la opresión estructural, podríamos escoger ser de cualquier grupo que no fuera el de la casta oprimida. Sin embargo, la explotación de la biología femenina y la socialización de género, juegan ambas un papel central en el establecimiento y mantenimiento de la opresión de las mujeres por parte de los hombres.

Las políticas queer cambian el envoltorio de la opresión de la mujer para venderlo como una posición de inherente privilegio, mientras, simultáneamente, nos priva del lenguaje necesario para abordar y oponer esa misma opresión. El asunto de la identidad de género nos deja a las feministas en un dilema a dos bandas: o aceptamos que ser marginadas como consecuencia de nuestro sexo, es privilegio cis; o alzamos la voz para después ser etiquetadas como TERFs. No hay espacio para voces disidentes en esta conversación —no si esas voces pertenecen a mujeres. En este sentido, hay muy poca diferencia entre los estándares establecidos por el discurso queer y aquellos que gobiernan las normas patriarcales.

La palabra mujer es importante. Con el nombre viene el poder. Como Patricia Hill Collins observó (2000), la auto-definición es un componente clave de la resistencia política. Si la condición de mujer no puede ser descrita positivamente, si la condición de mujer se entiende sólo como el negativo de la condición de hombre, las mujeres quedan relegadas a la condición de objeto. Es sólo mediante la consideración de las mujeres como el sujeto —como seres humanos auto-realizados y con derecho a la auto-determinación— que la liberación se vuelve posible.

“La fuerza de la palabra ‘mujer’ es que puede ser usada para afirmar nuestra humanidad, dignigad y valía, sin negar nuestra feminidad corpórea y sin tratarla como una fuente de culpa y vergüenza. No nos reduce a úteros andantes ni nos desexualiza ni nos descorporiza. Por eso es tan importante que las feministas sigan usándola. Un movimiento cuyo propósito es liberar a la mujer no debería tratar la palabra ‘mujer’ como algo sucio.” – Deborah Cameron

F-31Si no usamos la palabra ‘mujer’ abiertamente y con orgullo, las políticas feministas carecerán del alcance necesario para organizar una resistencia real a la subordinación de la mujer. No se puede liberar una casta de gente que no debe ni siquiera ser nombrada. La condición de mujer es devaluada por estos traicioneros intentos de invisibilizarla. Si las mujeres no nos consideramos a nosotras mismas dignas de los inconvenientes que causa el nombrarnos directamente, específicamente; difícilmente podremos argumentar que valemos las dificultades que traerá la liberación.

Cualquier ofensa potencial, causada por referirse inequívocamente al cuerpo femenino, es menor comparada con el abuso y la explotación de nuestros cuerpos femeninos bajo el patriarcado. Como Chimamanda Ngozi Adichie dice, “‘Porque eres una chica’ nunca es una razón para nada. Jamás.”


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Sexo, Género y el Nuevo Esencialismo

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Breve prefacio: Este es el primero de una serie de ensayos sobre sexo, género y sexualidad. Si estás de acuerdo con lo escrito, fenomenal. Si no estás de acuerdo con nada de lo que leerás a continuación, también está perfectamente bien. De cualquier manera, tu vida no se verá afectada por nada de esto una vez que cierres esta pestaña independientemente de lo que pienses sobre este post.

Me niego a seguir callada por miedo a que se me etiquete como mala feminista. Me niego a seguir callada mientras otras mujeres son sometidas al acoso y derribo por sus opiniones en torno al género. En nombre de la sororidad, este texto está dedicado a Julie Bindel. Puede que nuestros puntos de vista no siempre coincidan, pero agradezco mucho su trabajo para acabar con la violencia machista contra las mujeres. En palabras de la gran Audre Lorde: “Soy intencionada y no le tengo miedo a nada”.

Cuando me matriculé para formarme en Estudios de Género, mi abuelo me apoyó —contento de que por fin hubiera encontrado la dirección para encaminar mi vida y de que hubiera desarrollado una ética de trabajo que nunca se llegó a materializar durante mis años de colegio— aunque le sorprendía el tema. “¿Para qué tienes que estudiar eso?” Me preguntó. “Yo te lo puedo enseñar gratis: si tienes partes masculinas*, eres un hombre. Si tienes partes femeninas*, eres una mujer. No tiene más misterio, no necesitas una carrera para saber eso”. (*Las convenciones sociales nos impedían a mi abuelo y a mí usar las palabras pene o vagina/vulva en esta conversación o en cualquier otra que mantuviéramos.)

Mi reacción inicial fue el shock: después de haber pasado demasiado tiempo en Twitter y habiendo sido testigo de la extrema polaridad del discurso en torno al género, era consciente de que expresar una opinión como esa en las redes sociales conllevaría el riesgo de convertirte en el sujeto de una campaña de abuso continuado. Sin embargo, siendo blanco y varón, deduje que —si mi septuagenario abuelo decidiera aventurarse a usar Twitter— probablemente estaría a salvo de tal abuso, que normalmente y casi en su totalidad se dirige a las mujeres.

Y además, el escuchar ese punto de vista expresado con esa naturalidad, el estar juntos, sentados en el jardín de casa; nos situaba a un mundo de distancia de las tensiones del espacio digital, del miedo de las mujeres a ser etiquetadas como ‘malas feministas’ y a convertirse en blanco del acoso público. Esta conversación con mi abuelo me llevó a considerar no sólo la realidad del género, sino también el contexto del discurso de género. La intimidación es una táctica silenciadora muy poderosa —un ambiente gobernado por el miedo no conduce al pensamiento crítico, al discurso público o al desarrollo de ideas.

Hasta el final de su vida, mi abuelo permaneció completamente ignorante ante el cisma que el género había creado en el movimiento feminista, una división conocida como la guerra de las TERF. Para las no iniciadas, TERF son las siglas en inglés de Feminista Radical Trans-Excluyente (Trans-Exclusionary Radical Feminist) —un acrónimo que se usa para describir a las mujeres cuyo feminismo es crítico con el género y que abogan por la abolición de la jerarquía. Lo que cada una entiende por género es sin duda la principal fuente de tensión entre las políticas feministas y las políticas queer.

La Jerarquía de Género 

El patriarcado depende de la jerarquía de género. Para desmantelar el patriarcado —objetivo central del movimiento feminista— el género debe ser abolido. En la sociedad patriarcal, el género es lo que hace que el hombre sea el estándar normativo de humanidad, y que la mujer sea lo Otro. El género es el causante de que la sexualidad femenina esté tan estrictamente controlada —las mujeres somos putas si permitimos a los hombres el acceso sexual a nuestros cuerpos y somos unas estrechas si no lo hacemos— y de que no se juzgue de la misma manera la sexualidad masculina. El género es la razón por la que las mujeres que son abusadas por hombres sean culpabilizadas y públicamente avergonzadas —’lo estaba pidiendo a gritos’ o ‘iba provocando’— mientras el comportamiento de los hombres abusadores se suele justificar con un “ya sabes cómo son los hombres” o “en realidad es un buen hombre”. El género es la razón por la que se premia a las niñas que son cuidadosas, pasivas y modestas, cualidades que no se fomentan en los niños. El género es la razón por la que los niños son premiados por ser competitivos, agresivos y ambiciosos, cualidades que no se fomentan en las niñas. El género es la razón por la que se considera a las mujeres como una propiedad, pasando de pertenecer a sus padres a pertenecer a sus maridos a través del matrimonio. El género es la razón por la que se espera de las mujeres que hagan el trabajo doméstico y emocional a la vez que la gran mayoría de los cuidados, y de que estos trabajos sean devaluados e invisibilizados por considerarse femeninos.

El género no es un problema abstracto. En Reino Unido, cada tres días hay una mujer asesinada por un hombre. Se estima que, cada año, 85.000 mujeres son violadas por hombres en Gales e Inglaterra. Una de cada cuatro mujeres británicas sufre violencia a manos de su pareja masculina, cifra que aumenta a una de cada tres a escala global. Más de 200 millones de mujeres y niñas, en vida a día de hoy, han visto mutilados sus genitales. La liberación de las mujeres y las niñas de la violencia de los hombres y de la violencia usada para mantener esta diferencia de poder, es un objetivo fundamental del feminismo —objetivo que es del todo incompatible con la aceptación de las limitaciones que impone el género como frontera de lo que es posible en nuestras vidas.

“El problema con el género es que prescribe cómo debemos ser en lugar de reconocer cómo somos. Imagina lo felices que seriamos todos, lo libres que seríamos de ser nosotros mismos, si no tuviéramos la carga de las expectativas de género… los niños y las niñas son innegablemente diferentes biológicamente, pero la socialización exagera las diferencias y da paso a un círculo vicioso.” – Chimamanda Ngozi Adichie, We Should All be Feminists

Los roles de género son una prisión. El género es una trampa construida socialmente y diseñada para oprimir a las mujeres como casta sexual en beneficio de los hombres como casta sexual. Y la importancia del sexo biológico en esta dinámica no puede ser ignorada, pese a los recientes esfuerzos por redefinir el género como una identidad en lugar de una jerarquía. La explotación sexual y reproductiva de los cuerpos femeninos son bases materiales de la opresión de las mujeres —nuestra biología es usada por nuestros opresores, los hombres, para dominarnos. Y aunque hay una pequeña minoría de personas que no encajan en el binarismo del sexo biológico —las personas intersexuales—, esto no altera la naturaleza estructural y sistemática de la opresión de las mujeres.

Las feministas han criticado la jerarquía de género durante cientos de años y por buenas razones. Cuando Sojourner Truth trató de deconstruir la feminidad, criticó cómo la misoginia y el racismo anti-negros conformaban la definición de la categoría de mujer. Usando su propia fuerza física como evidencia empírica, Truth demostró que ser mujer no dependía de las características asociadas a la feminidad y cuestionó la marginación de los cuerpos femeninos negros, tan necesaria para elevar la fragilidad de la feminidad blanca al ideal femenino. ‘¿No soy yo una mujer?’ (Ain’t I a Woman) es una de las primeras críticas feministas al esencialismo de género; el discurso de Truth era un reconocimiento de la interacción de las jerarquías de raza y género en el contexto de la sociedad patriarcal de la supremacia blanca (Hooks, 1981).

Simone de Beauvoir también deconstruyó la feminidad diciendo que ‘no se nace mujer, se llega a serlo’. En su ‘Segundo Sexo’, afirmaba que el género no es innato, sino que impone una serie de roles y que se nos socializa para adoptar unos u otros en función de nuestro sexo biológico. Resaltó las limitaciones de estos roles, particularmente las impuestas sobre las mujeres como consecuencia del esencialismo de género, de la idea de que el género es innato.

Como de Beauvoir defendió, el esencialismo de género ha sido usado contra las mujeres durante siglos con el objetivo de negarnos la entrada en la esfera pública, en la vida independiente de la dominación masculina. Afirmaciones como que la mujer tenía una capacidad intelectual inferior, una pasividad inherente y una irracionalidad innata, eran excusas que se utilizaban para relegar la vida de las mujeres al contexto doméstico, basándose en la idea de que ese es el estado natural de la mujer.

La Historia demuestra que la insistencia en que existe un “cerebro femenino” es una táctica del patriarcado que ha servido para que el sufragio, los derechos de propiedad, la autonomía del cuerpo propio y el acceso a la educación formal, fueran dominio exclusivo de los hombres.  Si miramos la larga historia de la misoginia, que se apoya en la idea de un cerebro femenino, no solamente comprobamos que es científicamente falso sino que además este neurosexismo (Fine, 2010) o neuromachismo es contradictorio con la perspectiva feminista.

Y aún así el concepto de cerebro femenino está siendo reivindicado no sólo por los conservadores sino también en el contexto de las políticas queer y de izquierdas, que generalmente se consideran progresistas. Explorar el género como una identidad en contraposición con una jerarquía, a menudo se basa en la presunción de que el género es innato —”en el cerebro”— y no construido socialmente. Así, el desarrollo de las políticas trans y los consecuentes desacuerdos acerca de la naturaleza de la opresión de la mujer —sus raíces y lo que define a la mujer— han abierto una gran grieta (MacKay, 2014) en el seno del movimiento feminista.

Feminismo e Identidad de Género

La palabra transgénero se usa para describir el estado de un individuo cuya concepción de su propio género no está alineada con su sexo biológico. Por ejemplo, a alguien que nace con cuerpo de mujer y se identifica como hombre se le denomina hombre trans (transhombre) y a alguien que nace con cuerpo de hombre y se identifica como mujer se le llama mujer trans (transmujer). Ser transgénero puede implicar cierto grado de intervención médica, que puede incluir terapias de reemplazo hormonal y cirugía de reasignación de sexo, un proceso de transición que se lleva a cabo para alinear el Yo material con la identidad interna de las personas transgénero. Sin embargo, de los 650.000 británicos que entran en el paraguas transgénero, se estima que sólo 30.000 han llevado a cabo algún tipo de transición médica o quirúrgica.

El término trans describía inicialmente a aquellos que nacen hombres y se identifican como mujeres, o viceversa, pero ahora se usa para denominar una gran variedad de identidades basadas en la no conformidad de género. Trans incluye identidades no binarias (cuando una persona no se identifica ni como hombre ni como mujer), la fluidez de género (cuando la identidad de un individuo va cambiando de hombre a mujer y viceversa), y el género queer (cuando un individuo se identifica con la masculinidad y la feminidad a la vez o con ninguna de las dos), por nombrar algunos ejemplos.

Lo contrario de transgénero es cisgénero, una palabra que se usa para aceptar la alineación del sexo biológico con el rol de género que le corresponde. Ser cisgénero se ha establecido como privilegio en el discurso queer, con las personas cis en la posición de clase opresora y las personas trans en la de oprimida. Aunque las personas trans son innegablemente un grupo marginado, no se hace ninguna distinción entre los hombres y las mujeres cis en relación a cómo se manifiesta esa marginación. La violencia machista es responsable de los asesinatos constantes de mujeres trans (transmujeres), un patrón trágico que Judith Butler achaca a “la necesidad de los hombres de cumplir con los estándares socialmente establecidos de masculinidad y poder”.

Desde una perspectiva queer, lo que dictamina si la sociedad patriarcal te margina o te beneficia, es el género con el que te identificas y no la casta sexual a la que perteneces. En este sentido, las políticas queer están fundamentalmente en desacuerdo con el análisis feminista.

El marco queer posiciona el género en la mente, donde existe como una identidad autodefinida positivamente, no como una jerarquía. Desde una perspectiva feminista, el género se entiende cómo el vehículo para perpetuar el desequilibrio de poder estructural que el patriarcado ha establecido entre las castas sexuales.

“Si no se reconoce la realidad material del sexo biólogico o su significado como eje de la opresión, la teoría política no puede no puede incorporar ningún análisis del patriarcado. La subordinación continua e histórica de las mujeres no ha surgido porque algunos miembros de nuestra especie decidieran identificarse con un rol social inferior [y sería un acto de atroz culpabilización de la víctima (victim blaming) sugerir que así ha sido]. La opresión ha surgido como método por el cual los varones pueden dominar a esa mitad de la especie que puede gestar descendencia, y explotar su labor sexual y reproductiva. No podemos entender el desarrollo histórico del patriarcado, ni la continua discriminación machista, ni la misoginia cultural, si no reconocemos la realidad de la biología de la mujer ni la existencia de una casta de personas biológicamente hembras.” – Rebecca Reilly-Cooper, What I believe about sex and gender

Como la teoría queer se basa en pensamientos post-estructuralistas, por definición es incapaz de aportar un análisis estructural coherente de ninguna opresión sistemática. Después de todo, si el Yo material es arbitrario en la manera en que cada uno experimenta el mundo, no puede ser un factor en el entendimiento de ninguna casta política. Lo que la teoría queer no advierte es que la opresión estructural no tiene nada que ver con cómo se identifica cada individuo. El género como identidad no es un vector en la matriz de la dominación (Hill Collins, 2000) –si alguien se identifica o no con uno o varios roles de género determinados, no tiene ningún efecto en la posición que el patriarcado le otorga.

El Problema con la Etiqueta ‘Cis’

Ser cis significa “identificarse con el género asignado al nacer”. Pero la asignación de roles de género basada en las características sexuales es una herramienta del patriarcado que se usa para subordinar a las mujeres. La imposición de una serie de limitaciones en función del género asignado con el objetivo de definir la trayectoria de su desarrollo, es la más temprana manifestación del patriarcado en la vida de una persona, lo cual es especialmente dañino en el caso de las niñas.
El esencialismo que se esconde tras la asunción de que las mujeres se identifican con el vehículo de su opresión, se basa en la creencia de que las mujeres estamos inherente e idóneamente preparadas para que se ejerza poder sobre nosotras. En otras palabras, categorizar a las mujeres como ‘cis’ es misoginia.

A través de la lente postmoderna de la teoría queer, la opresión como casta sexual se ve como un privilegio. La violencia masculina, a nivel global, es una de las primeras causas de muerte prematura de las mujeres. En un mundo en el que el feminicidio es endémico, en el que una de cada tres mujeres sufren violencia machista… nacer mujer no es un privilegio. Que una mujer nacida hembra se identifique con un rol de género determinado o no, no influye en si se verá sometida a la mutilación genital femenina, o en si tendrá dificultades para acceder al cuidado médico de su salud reproductiva, o en si será discriminada por menstruar.

Es imposible escapar a la opresión material de base mediante la identificación personal como individuo del género opuesto. Por tanto, la etiqueta cisgénero tiene poca o ninguna influencia sobre la posición en la que el patriarcado coloca a las mujeres. Considerar que habitar un cuerpo de mujer es un privilegio, implica rechazar el contexto sociopolítico de la sociedad patriarcal.

La lucha por los derechos de las mujeres ha sido larga y difícil, cada avance conseguido a un muy alto precio por aquellas que resistieron al patriarcado. Y la lucha no ha terminado. Los significativos avances en el reconocimiento de los derechos de las mujeres conseguidos por la segunda ola de feministas, fueron deliberadamente rechazados con una reacción sociopolítica muy violenta (Faludi, 1991), un patrón que se está repitiendo en la actualidad hasta tal punto que el acceso de las mujeres al aborto legal y a otras formas de cuidado de su salud reproductiva está siendo puesta en riesgo por el fascismo conservador que prolifera en Europa y Estados Unidos. Intersecciones de raza, clase, capacidades y sexualidad, también juegan un papel importante en la definición de la manera en la que las estructuras de poder actúan sobre las mujeres.

Y aún así, en nombre de la inclusión, las mujeres estamos siendo despojadas del lenguaje requerido para identificar y posteriormente combatir nuestra propia opresión. Las mujeres embarazadas pasan a ser personas embarazadas. Amamantar pasa a ser dar el ‘pecho/torso’ (chestfeeding en lugar de breastfeeding). Citar la biología de las mujeres se convierte en una forma de intolerancia retrógrada que hace imposible el hablar de las políticas reproductivas, de parto y de maternidad sin transgredir la ‘norma’. Además, hacer que el lenguaje en referencia al sexo sea neutral, no previene o combate el que las mujeres sean oprimidas como casta sexual. Borrar el cuerpo de las mujeres no altera en manera alguna la forma que tiene el género de oprimir a las mujeres.

Desde el punto de vista queer, el discurso de género pertenece exclusivamente a aquellos que se identifican como trans. El resultado es que muchas feministas tratan de evitar el tema del género, a pesar de ser la jerarquía que desempeña el papel principal en la opresión de la mujer. Las invitaciones a beber lejía o a morir en un incendio son, nada sorprendentemente, una táctica silenciadora muy efectiva. Los chistes y las amenazas —muchas veces imposibles de distinguir unos de otros— en referencia a la violencia contra las mujeres se usan de manera habitual para callar voces disidentes. Este abuso no puede ser considerado como defensivo, como la frustración de los oprimidos volcada sobre el opresor. Es, en el mejor de los casos, hostilidad horizontal (Kennedy, 1970), y en el peor, la legitimación de la violencia masculina contra las mujeres.

Las políticas de identidad queer yerran al obviar, y a veces ignorar, las formas en las que las mujeres son oprimidas como casta sexual. Este abordaje selectivo de las políticas de liberación es defectuoso en su fundamento. Despolitizar el género y abordar de manera acrítica los desequilibrios de poder que crea, no beneficia a nadie y mucho menos a las mujeres. Sólo la abolición del género traerá consigo la liberación de las restricciones que el género impone. Los grilletes del género no pueden ser rediseñados como objetivo en la búsqueda de la libertad.


 

Translation originally posted here.

Original text initially posted here.

Prendre les problèmes à la racine : à propos des jeunes femmes et du féminisme radical

Grasping Things at the Root: On Young Women & Radical Feminism is now available in French! Many thanks to TradFem for the translation.


 

Brève présentation : un certain nombre de jeunes femmes ont communiqué avec moi depuis un an en me demandant ce à quoi ressemblait le fait d’être ouvertement radicale au sujet de mon féminisme. Voir des jeunes femmes se rallier au féminisme radical me rend optimiste pour l’avenir. Mais que celles-ci aient peur de manifester publiquement un féminisme radical est tout à fait inquiétant. Voilà pourquoi cet article est dédié à l’ensemble des jeunes femmes assez audacieuses pour poser des questions et contester les réponses reçues.


 

Pourquoi le féminisme radical est-il attaqué à ce point ?

Holy Cow! Too Funny!!!!!!

Le féminisme radical n’a pas bonne presse. Ce n’est pas exactement un secret : l’affirmation ignoble de l’idéologue de droite Pat Robertson selon laquelle l’agenda féministe « …encourage les femmes à quitter leur mari, assassiner leurs enfants, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir lesbiennes » a donné le ton aux échanges généraux à propos du féminisme radical. Si le point de vue de Robertson sur notre féminisme frôle la parodie, sa misogynie, agrémentée d’une lesbophobie flagrante, a également servi à discréditer le féminisme radical comme suspect.

En effet, si le féminisme radical peut être rejeté comme un complot sinistre ou ciblé comme une simple blague, cela évite à la société de répondre à une foule de questions difficiles à propos de sa structure patriarcale. Il en résulte que le pouvoir n’a pas à être redistribué, ce qui permet de bloquer toute remise en question ennuyeuse pour les membres des classes oppresseures. La diabolisation du féminisme radical est un moyen très efficace d’entraver tout changement politique important, de maintenir le statu quo. Il est donc prévisible que la droite conservatrice s’oppose au féminisme radical.

Ce qui est souvent plus difficile à prévoir, ce sont les propos venimeux adressés au féminisme radical par la gauche progressiste, dont on s’attend à ce qu’elle soutienne une politique de justice sociale. L’atteinte de cette justice par les femmes appelle notre libération du patriarcat, y compris celle des contraintes du genre, qui est à la fois une cause et une conséquence de la domination masculine. Mais quand on se penche sur les raisons de l’hostilité de la gauche, elle devient tristement prévisible.

Deux facteurs ont permis à cette gauche de légitimer son opposition au féminisme radical. C’est d’abord la manière dont la politique de libération a été fragmentée par le néolibéralisme et remplacée par ce que Natasha Walter a appelé la politique du libre choix. Le choix personnel, et non le contexte politique, est devenu l’unité d’analyse préférée du discours féministe. Par conséquent, toute analyse critique des choix personnels, comme le préconise le féminisme radical, est devenue un facteur de discorde, malgré sa nécessité pour impulser tout changement social d’importance. Le deuxième facteur est la généralisation progressive d’une interprétation queer du genre. Au lieu de considérer celui-ci comme une hiérarchie qu’il faut contrer et abolir, la politique queer positionne le genre comme une forme d’identité, un simple rôle à performer ou à subvertir. Cette approche a pour effet ultime de dépolitiser le genre (ce qui est loin d’être subversif) en fermant les yeux sur son rôle dans le maintien de l’oppression des femmes par les hommes. Ce sont alors les féministes critiques du genre qui sont traitées comme l’ennemi, plutôt que le genre lui-même.

Conséquemment, nous nous retrouvons aujourd’hui dans un contexte où le féminisme radical est attaqué d’une extrémité à l’autre du spectre politique. Dans les médias sociaux, on a l’impression que les féministes radicales sont tout aussi susceptibles d’être prises à partie par des féministes s’autoproclamant queer que par des militants masculinistes – la principale différence entre les deux groupes étant que les masculinistes ne cachent pas, eux, leur détestation des femmes.

Les jeunes femmes sont particulièrement dissuadées de se rallier au féminisme radical. On nous a nourries de mots-clés sans substance comme « choix » et « empowerment », et on nous a incitées à poursuivre l’égalité au lieu de la libération. À partir des années 90, le féminisme a été présenté comme un label et diffusé par le monde du commerce et au moyen de slogans, plutôt qu’un mouvement social ayant pour but de démanteler le patriarcat capitaliste de la suprématie blanche (bell hooks).

guerilla girlaLa troisième vague du féminisme a été commercialisée comme une solution de rechange marrante au caractère sérieux de la deuxième vague, systématiquement calomniée comme sévère et sans joie. Certaines manifestations de l’oppression des femmes, comme l’industrie du sexe, ont été relookées comme autant de choix triviaux offrant un potentiel d’autonomisation (Meghan Murphy). Si les jeunes femmes ne sont pas disposées à accepter la danse-poteau et la prostitution comme autant de divertissements inoffensifs, nous risquons d’être dénoncées comme tout aussi rabat-joie que les femmes de la deuxième vague ; on nous refuse l’étiquette honorifique de « fille cool » et tous les avantages qui accompagnent le fait de ne pas contester le patriarcat. Ce n’est pas une coïncidence si des accusations lancées de façon routinière aux féministes radicales, comme celle de « puritaine » ou « bourgeoise à collier », sont lourdes de misogynie et d’âgisme : si les féministes radicales sont présumées être des femmes plus âgées, la logique du patriarcat exige que le féminisme radical soit ennuyeux et dépassé. Le désir de l’approbation masculine, inculqué de force aux jeunes filles dès la naissance, et la menace tacite d’être associée à des femmes plus âgées servent à empêcher les jeunes femmes de s’identifier au féminisme radical.

Si le féminisme libéral a séduit un vaste auditoire, c’est précisément parce qu’il ne menace pas le statu quo. Si les puissants sont à l’aise avec une forme particulière de féminisme – le féminisme libéral, le féminisme corporatif de l’adage « lean in », le féminisme qui se dit prosexe – c’est parce que ces formes de féminisme ne présentent aucun défi pour les hiérarchies où s’ancre leur pouvoir. Pareil féminisme ne peut permettre aucun changement social important et est donc incapable d’aider une classe opprimée, quelle qu’elle soit.

Quelles conséquences négatives a le fait de manifester un féminisme radical ?

Les réactions que suscite le fait de se manifester comme radicale sont particulièrement désagréables. Sans mentir, cela peut s’avérer intimidant au début. Mais avec le temps, cette peur reculera, voire se dissipera complètement. Vous allez arrêter de penser « Je ne pourrais jamais dire cela » et commencer à vous demander : « Pourquoi ne l’ai-je pas dit plus tôt ? » La vérité exige d’être dite, qu’elle soit ou non rassurante. Les réactions et les violences adressées aux féministes radicales sont de pures et simples tactiques de censure. Qu’elle provienne de la droite conservatrice ou de la gauche féministe queer, cette réaction de backlash (Susan Faludi) est une façon de supprimer des voix de femmes dissidentes. Constater cette dynamique a un effet libérateur, tant sur le plan personnel que politique. Sur le plan personnel, on reconnaît que la bonne opinion qu’auraient de vous des misogynes a bien peu de valeur. Sur le plan politique, il devient manifeste que prendre la parole est un acte de résistance. Vous allez simplement cesser graduellement de vous en faire.

Par contre, assumer la haine que des gens vous portent est un processus énergivore. À un certain moment, vous vous rendrez compte que vous n’êtes pas obligée de supporter ce fardeau et vous vous donnerez la permission de le déposer. Consacrez plutôt cette énergie à votre bien-être. Lisez un livre. Jouez d’un instrument. Parlez avec votre mère. Faites vos ongles. Écoutez en rafale une série télévisée comme The Walking Dead. Le temps que vous passez à vous inquiéter de ce que les gens disent de vous est une ressource précieuse qui ne peut être récupérée. Ne leur faites pas le cadeau de votre inquiétude, c’est exactement ce qu’ils veulent. Chassez les gens hostiles de votre espace mental.

Vous avez peur d’être qualifiée de TERF (féministe radicale trans-exclusive). Soyons réalistes : cette peur d’être stigmatisée comme TERF est ce pour quoi tant de féministes craignent de se montrer ouvertement radicales et sont de moins en moins disposées à reconnaître le genre comme une hiérarchie. Et il est normal de ressentir cette peur, dans une dynamique qui a pour but de vous effrayer. Cependant, la peur doit être mise en perspective. La toute première fois où l’on m’a traitée de « TERF » était pour avoir partagé une pétition d’opposition aux mutilations génitales féminines sur le réseau Twitter. Et quand j’ai souligné que les filles à risque de MGF l’étaient précisément du fait d’être nées femmes dans le patriarcat, et que les filles mutilées étaient souvent de couleur, vivant souvent dans le Sud global (Gayatri Spivak) – et donc peu avantagées par le « privilège cis » – les accusations se sont poursuivies, se répandant comme une traînée de poudre. Comme je ne me suis pas repentie pour avoir diffusé cette pétition, comme je n’ai pas condamné d’autres femmes pour sauver ma peau au tribunal de l’opinion publique, cela a continué. Le fait d’être lesbienne (une femme qui éprouve une attraction homosexuelle, c’est-à-dire désintéressée par les rapports sexuels impliquant un pénis) n’a fait qu’attiser les flammes. On peut aujourd’hui trouver mon nom sur diverses listes de personnes blackboulées ou bloquées aux quatre coins d’Internet, ce qui est assez drôle. Parfois, il faut vraiment en rire, c’est la seule façon de conserver son équilibre.

Ce qui est moins amusant, c’est de se faire dire que l’on est dangereuse. Il existe une notion insidieuse voulant que toute féministe qui interroge ou critique une perspective queer sur le genre constitue une sorte de menace pour la société. Des femmes ayant consacré toute leur vie adulte à mettre fin à la violence masculine contre les femmes sont maintenant décrites, sans aucune trace d’ironie, comme étant « violentes ». Au plan politique, il est inquiétant que tout désaccord sur la nature du genre soit défini comme une violence au sein du discours féministe. Il y a quelque chose d’indéniablement orwellien à qualifier de violentes les personnes qui s’opposent à des violences, dans la novlangue pratiquée par la politique queer. Présenter comme violentes les féministes critiques du genre occulte la réalité que ce sont des hommes qui exercent l’écrasante majorité des exactions infligées aux personnes trans ; ce faisant, on supprime toute possibilité pour les hommes d’être tenus responsables de cette violence. Les hommes ne sont pas blâmés pour leurs actes, quels que soient les dommages qu’ils causent, alors que les femmes sont souvent brutalement ciblées pour nos idées. À cet égard, le discours queer reflète fidèlement les normes établies par le patriarcat.

Le féminisme radical est généralement traité comme synonyme ou indicatif d’une transphobie, une accusation profondément trompeuse. Le mot transphobie implique une répulsion ou un dégoût qui n’existent tout simplement pas dans le féminisme radical. Je veux que toutes les personnes qui s’identifient comme trans soient à l’abri de tout tort, persécution ou discrimination. Je veux que toutes les personnes s’identifiant comme trans soient traitées avec respect et dignité. Et je ne connais pas une seule féministe radicale qui défendrait quoi que ce soit de moins. Malgré le désaccord entre les perspectives radicales et queer en matière de genre, cela ne résulte d’aucun fanatisme au sein des premières. L’abolition de la hiérarchie du genre a toujours été un objectif clé du féminisme radical, une étape nécessaire pour libérer les femmes de notre oppression par les hommes.

Comme c’est souvent le cas avec l’analyse structurelle, il faut penser en termes de classe d’oppresseurs et de classe d’opprimé.e.s. Dans le patriarcat, le sexe masculin est l’oppresseur et le sexe féminin l’opprimé – cette oppression a une base matérielle, ancrée dans l’exploitation de la biologie féminine. Il est impossible de détailler les formes d’oppression des femmes sans reconnaître le rôle joué par la biologie et sans considérer le genre comme une hiérarchie. Si les femmes sont privées des mots servant à définir notre oppression, un langage que la politique queer considère comme violent ou intolérant, il est impossible pour les femmes de résister à notre oppression. C’est là que réside la tension.

joan jettEn fin de compte, se faire insulter sur Internet est un coût que je suis plus que disposée à payer si c’est le prix nécessaire pour faire obstacle à la violence infligée aux femmes et aux jeunes filles. Si ce n’était pas le cas, je ne pourrais pas me qualifier de féministe.

Ai-je choisi de me manifester publiquement comme radicale ?

À aucun moment n’ai-je pris la décision de me manifester publiquement comme radicale. Même dans sa forme la plus basique, mon féminisme comprenait que la « positivité sexuelle » et la culture porno étaient en train de reconditionner l’exploitation des femmes comme « autonomisantes », et que les discussions sans fin sur le libre choix ne servaient qu’à occulter le contexte où ces choix étaient effectués. Je me souviens également de ma perplexité à voir les mots sexe et genre utilisés indifféremment dans le discours contemporain, alors que le premier désigne une catégorie biologique et le deuxième, une construction sociale fabriquée pour permettre l’oppression des femmes par les hommes. Je trouvais profondément déconcertant le fait de voir le genre traité comme une provocation amusante ou, pire, comme quelque chose d’inné dans nos esprits ; après tout, si le genre était naturel ou inhérent, il en irait de même du patriarcat. J’étais consciente que l’on traitait mes points de vue comme démodés, mais, même si cela tendait à m’isoler, je n’étais pas troublée par la tension entre mes opinions et ce que je reconnais aujourd’hui comme l’idéologie féministe libérale.

International-Feminism-01Ce n’est qu’en retrouvant des féministes radicales sur le réseau Twitter que j’ai compris que beaucoup de féministes contemporaines réfléchissaient selon le même cadre, bref, que ces idées n’existaient pas uniquement dans des livres écrits quelque vingt ans avant ma naissance. Je ne dis pas cela pour décrier le féminisme des années 1970, mais plutôt pour souligner une nostalgie presque attendrie dans ma conceptualisation de cette époque et de la politique qu’elle a mise au monde. La deuxième vague me donnait l’impression d’avoir eu lieu incroyablement loin – y réfléchir me faisait penser à une fête à laquelle vous êtes déjà quelques décennies en retard… C’était à mes yeux comme si le féminisme des idées et des actions radicales avait disparu. Aujourd’hui, je me rends compte que c’est exactement ce que les jeunes femmes sont amenées à penser, dans l’espoir que nous allons nous faire une raison et accepter notre oppression au lieu de la défier à la racine.

Ayant grandi et affiné mes idées, il semble maintenant peu probable que j’aurais trouvé une place si j’avais été dans ce contexte : en comparaison d’autres féministes lesbiennes, je suis assez apolitique en ce qui concerne la sexualité : je ne suis toujours pas convaincue qu’il est possible de choisir d’être lesbienne, je ne sais pas si je choisirais de l’être si cette option existait (il y a un attrait indéniable au fait d’être un peu plus « intégrée » qu’Autre), et je m’oppose à l’idée que les femmes bisexuelles manquent de courage dans leur praxis féministe, du fait de ne pas « devenir » lesbiennes. Pourtant, je n’aurais pas trouvé ma voie vers de telles conversations sans le féminisme radical exprimé sur Twitter.

Comme ma conscience politique a été catalysée par le féminisme radical de Twitter, une communauté où je continue à trouver stimulation et enchantement, il m’a semblé naturel de participer publiquement à ce discours. J’étais plus soucieuse du développement de mes idées – apprendre auprès d’autres femmes et plus tard, leur communiquer mes réflexions – que d’éventuelles réactions hostiles. De façon peut-être naïve, je n’avais pas pleinement envisagé l’avantage de dissimuler ma conviction politique. Me relier au discours féministe radical, participer à ses idées et communiquer avec leurs adeptes ont toujours été mes priorités. Je n’ai pas envisagé au début la possibilité d’acquérir un profil public, et je considère aujourd’hui le mien comme une séquelle généralement agaçante de ma participation au discours féministe, plutôt qu’un avantage qui vaille la peine d’être entretenu en soi, ce qui est peut-être pourquoi je ne pratique pas d’autocensure en vue de soigner ma popularité.

Y a-t-il des conséquences professionnelles au fait d’être une féministe radicale ?

Cela dépend de ce que vous faites comme métier. D’innombrables féministes radicales ont été signalées à leurs employeurs pour avoir souligné la différence entre les concepts de sexe et de genre. Quand vous travaillez dans le domaine des femmes, être ouvertement radicale présente un risque particulier. De même, les femmes qui sont universitaires ou possèdent une forme ou l’autre de pouvoir institutionnel sont dans une position délicate, face au dilemme de mettre en danger une carrière ou de s’exprimer franchement. Je connais des dizaines de féministes radicales qui réalisent plus d’avancées sociales pour les autres femmes en ne disant rien d’explicitement radical – tout en faisant le travail le plus extraordinaire et le plus nécessaire. Aucun de ces travaux ne serait possible si ces femmes choisissaient de mourir au champ d’honneur de la politique de genre. Un résultat direct d’une telle politique serait des pertes pour d’autres femmes ; qu’il s’agisse de cours d’alphabétisation ou de l’adoption de politiques pour contrer la violence masculine, il y aurait des conséquences très réelles si des femmes secrètement radicales perdaient leurs postes. Il y a des moments où garder le silence est l’option la plus intelligente, en particulier dans les conversations sur la politique de genre, et je ne condamnerai jamais les femmes qui prennent cette décision tactique.

Ma carrière en est une de travailleuse autonome : à cet égard, je trouve utile de n’être redevable qu’envers moi-même. Cela étant dit, une carrière autonome dépend des organisations qui sont disposées à commander mes écrits ou mes ateliers. Le rôle de paria est plutôt contre-productif à cet égard. Il est arrivé que des gens contactent (ou du moins menacent de contacter) des endroits où j’étudie, fais du bénévolat ou écris. Rien n’en est advenu. Pourquoi ? Parce que leurs accusations sont fausses. Je n’ai rien à cacher au sujet du féminisme : il n’y a pas de squelettes dans le placard de ma politique sexuelle. Je ne dirai jamais rien d’autre que ce que je crois, ce que je peux étayer avec des preuves, ce que soutient un corpus important de théorie féministe.

Il est crucial de pouvoir parler avec conviction et de documenter ses dires quand ils sont remis en question. Ces qualités sont aussi celles auxquelles font appel les personnes et les organisations qui m’engagent. Un thème récurrent de ces commissions est qu’au moins une personne au sein de chaque organisation a discrètement exprimé son soutien de mon féminisme radical. Bref, le féminisme radical est moins ostracisant qu’on veut nous le faire croire.

Je suis chargée de produire du travail en lequel je crois. Rien de ce que mes détracteurs disent ou font ne change cette réalité. Pour citer Beyoncé, la meilleure revanche est le papier dont vous disposez.

Comment réagissent les féministes non radicales ?

Assez mal. Pas toujours, mais souvent. Certaines de mes discussions les plus enrichissantes et les plus stimulantes sur le plan de la réflexion ont été avec des femmes qui ne sont pas des féministes radicales, mais qui engagent la discussion de bonne foi. Malheureusement, ces interactions sont la minorité.

Les menaces venues d’inconnu.e.s, tout en étant parfois effrayantes, sont une chose à laquelle je me suis habituée. Je les signale aux autorités compétentes et je poursuis ma route. À la suite de la période d’attaques la plus concentrée que j’aie subie, ce ne sont pas les menaces qui m’ont le plus pesé, mais les réactions des féministes queer et libérales. Certaines d’entre elles se sont publiquement réjouies de ces violences et de leurs conséquences. Leur féminisme est du type qui s’oppose au racisme, à la misogynie, à l’homophobie, etc. jusqu’à ce que ces préjugés nuisent à quelqu’un dont la politique ne s’harmonise pas à la leur. J’ai trouvé cela déconcertant. Préparez-vous à ces moments. Soyez également prêtes à perdre de faux amis.

C’est une position étrange dans laquelle se retrouver. Si l’étiquette TERF vous a déjà été appliquée, elle enlève quelque chose à votre humanité aux yeux du grand public. Vous n’êtes plus considérée comme méritoire d’empathie ou même de décence humaine fondamentale. Cela n’a rien de surprenant, car l’épithète de TERF est souvent accompagnée de menaces et de descriptions explicites de violences. Elle a pour effet de légitimer la violence à l’égard des femmes.

L’insulte TERF fonctionne comme l’accusation de « sorcière » dans la pièce Les Sorcières de Salem. Ce n’est qu’en condamnant d’autres femmes que vous pouvez éviter d’être vous-même condamnée. La panique répandue rend certaines personnes frénétiques. Beaucoup de féministes seront prêtes à vous qualifier de monstre pour sauver leur propre réputation. Elles ne méritent pas votre respect, sans parler du temps qu’il faudrait pour comprendre leurs motifs.

Cela vaut également la peine de se pencher sur les réactions de féministes qui ne sont pas publiquement radicales. Des femmes me confient régulièrement que j’exprime leurs convictions intimes, elles me remercient de prendre la parole, me disent que mes écrits résonnent auprès d’elles. Cela a un côté gratifiant, oui, mais aussi un effet d’isolement. Un courage presque surnaturel est projeté sur les femmes ouvertement radicales, en une forme d’exceptionnalisme souvent utilisée par d’autres femmes pour justifier leur silence. La chroniqueuse Glosswitch parle souvent de ce phénomène et elle a raison : il serait beaucoup plus gratifiant que les femmes qui nous expriment un soutien en privé revendiquent publiquement leur propre politique radicale, si elles sont en mesure de le faire.


Bibliographie

bell hooks. (2004). The Will to Change: Men, Masculinity, and Love

Susan Faludi. (1991). Backlash: The Undeclared War Against American Women

Feminist Current

Miranda Kiraly  & Meagan Tyler (eds.). (2015). Freedom Fallacy: The Limits of Liberal Feminism

Gayatri Spivak. (1987). In Other Worlds: Essays in Cultural Politics

Natasha Walter. (2010). Living Dolls: The Return of Sexism

Hibo Wardere. (2016). Cut: One Woman’s Fight Against FGM in Britain Today


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Le problème qui n’a pas de nom… parce que le mot « femme » est qualifié d’essentialiste

The Problem That Has No Name because ‘Woman’ is too Essentialist is now available in French! Many thanks to TradFem for the translation.


Voici le troisième de ma série d’essais sur le sexe et le genre. Les deux premiers : 1 (Le sexe, le genre et le nouvel essentialisme) et 2 (Lezbehonest (Parlons franchement) à propos de l’effacement des femmes lesbiennes par la polique queer) sont également affichés sur TRADFEM.

Inspirée par la prise de position de l’autrice Chimamanda Ngozi Adichie sur l’identité de genre et par la réaction qu’elle a suscitée, je parle ici du langage dans le discours féministe et de l’importance du mot femme.


 « Y a-t-il une façon plus courte et non essentialiste de parler de « personnes qui ont un utérus et tous ces trucs »? », a demandé sur le réseau Twitter la journaliste Laurie Penny. À plusieurs égards, la quête de Penny pour trouver un terme décrivant les personnes biologiquement femmes sans jamais utiliser le mot femme décrit le principal défi posé au langage féministe actuel. La tension entre les femmes qui reconnaissent et celles qui effacent le rôle que joue la biologie dans l’analyse structurelle de notre oppression s’est transformée en ligne de faille (MacKay, 2015) au sein du mouvement féministe. Des contradictions surviennent lorsque des féministes tentent simultanément de voir comment la biologie des femmes façonne notre oppression en régime patriarcal et de nier que notre oppression possède une base matérielle. Il existe des points où l’analyse structurelle rigoureuse et le principe de l’inclusivité absolue coexistent difficilement.

Au cours de la même semaine, Dame Jeni Murray, qui anime depuis 40 ans l’émission radio de la BBC « Woman’s Hour », a été prise à parti par des trans pour avoir posé la question suivante : « Est-ce que quelqu’un qui a vécu en tant qu’homme, avec tous les privilèges que cela implique, peut réellement revendiquer la condition féminine? » Dans un article rédigé pour le Sunday Times, Murray a réfléchi au rôle de la socialisation genrée reçue au cours des années de formation dans le façonnement des comportements ultérieurs, en contestant l’idée qu’il est possible de divorcer le moi physique du contexte sociopolitique. De façon semblable, la romancière Chimamanda Ngozi Adichie est présentement mise au pilori pour ses propres commentaires sur l’identité de genre.

Lorsqu’on lui a demandé « La façon dont vous en êtes venue à la condition féminine a-t-elle de l’importance? », Adichie a fait ce que peu de féministes sont actuellement disposées à faire en raison du caractère extrême du débat entourant le genre. Elle a répondu sans détour et publiquement :

« Alors, quand des gens soulèvent la question « est-ce que les transfemmes sont des femmes? », mon sentiment est que les transfemmes sont des transfemmes. Je pense que si vous avez vécu dans le monde en tant qu’homme, avec les privilèges que le monde accorde aux hommes, et que vous changez ensuite de sexe, il est difficile pour moi d’accepter que nous puissions alors comparer vos expériences avec les expériences d’une femme qui a toujours vécu dans le monde en tant que femme, qui ne s’est pas vu accorder ces privilèges dont disposent les hommes. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose d’amalgamer tout cela. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose de parler des enjeux des femmes comme étant exactement identiques aux enjeux des transfemmes. Ce que je dis, c’est que le genre ne relève pas de la biologie, le genre relève de la sociologie. »

Au tribunal de l’opinion queer, le crime d’Adichie a été de différencier, dans sa description de la condition féminine, les personnes qui sont biologiquement des femmes, et élevées en tant que telles, de celles qui passent du statut masculin au statut féminin (et qui étaient, à toutes fins utiles, traitées comme des hommes avant leur transition). Dans le discours queer, les préfixes de « cis » et de « trans » sont conçus pour tracer précisément cette distinction, mais ce n’est que lorsque des femmes féministes précisent et explorent ces différences que leur reconnaissance suscite la colère.

La déclaration d’Adichie est parfaitement logique: il est ridicule d’imaginer que les personnes socialisées et perçues comme femmes au cours de leurs années de formation ont vécu les mêmes expériences que les personnes socialisées et perçues comme hommes. La société patriarcale dépend de l’imposition du genre comme façon de subordonner les femmes et d’accorder la domination aux hommes. Amalgamer les expériences des femmes avec celle des transfemmes a pour effet d’effacer le privilège masculin que détenaient les transfemmes avant leur transition et de nier l’héritage des comportements masculins appris. Cela nie la signification réelle du moyen d’accès à la condition féminine pour façonner cette expérience. Cela nie ces deux ensembles de vérités.

Le site web Everyday Feminism a publié une liste de sept arguments visant à prouver que les transfemmes n’ont jamais détenu de privilège masculin. Cet essai aurait peut-être été plus efficace pour préconiser la solidarité féministe s’il n’avait pas, dès la première phrase, adressé une attaque misogyne et âgiste envers les féministes de la deuxième vague. Dans cet article, Kai Cheng Thom soutient que «[…] si les transfemmes sont des femmes, cela signifie que nous ne pouvons pas bénéficier du privilège masculin – parce que le privilège masculin est par définition une chose que seuls peuvent vivre les hommes et les personnes qui s’identifient comme hommes. »

Voici le nœud de la question – la tension qui existe entre la réalité matérielle et l’auto-identification comme facteurs de définition de la condition féminine. Si la transféminité est synonyme de la condition féminine, les caractéristiques de l’oppression des femmes cessent d’être reconnaissables comme expériences de femmes. Le genre ne peut pas être catégorisé comme un mode d’oppression socialement construit s’il doit aussi être considéré comme une identité innée. Cette lecture efface le lien entre le sexe biologique et la fonction première du genre : l’oppression des femmes au profit des hommes. Comme l’a dit Adichie, cet amalgame est au mieux inutile. Si nous ne pouvons pas reconnaître les privilèges dont disposent les êtres reconnus et traités comme masculins sur leurs homologues féminins, nous cessons de pouvoir reconnaître l’existence du patriarcat.

La biologie n’est pas le destin. Cependant, au sein de la société patriarcale, elle détermine les rôles assignés aux filles et aux garçons à la naissance. Et il existe une différence cruciale dans la façon dont les êtres biologiquement masculins et biologiquement féminins sont positionnés par les structures dominantes de pouvoir, indépendamment de l’identité de genre.

« Les filles sont socialisées de façons nuisibles à leur sentiment de soi, socialisées à s’enlever de l’importance, à se plier aux égos masculins, à penser à leurs corps comme des sites de honte. Arrivées à l’âge adulte, beaucoup de femmes luttent pour surmonter, pour désapprendre une bonne part de ce conditionnement social. Les transfemmes sont des personnes nées hommes et des personnes qui, avant leur transition, ont été traitées en tant qu’hommes par le monde. Ce qui signifie qu’elles ont vécu les privilèges que le monde accorde aux hommes. Cela n’élude pas la douleur de la confusion de genre ou les aspects complexes et pénibles de leur sentiment d’avoir vécu dans des corps qui n’étaient pas les leurs. En effet, la vérité sur le privilège sociétal est qu’il ne concerne pas la façon dont vous vous sentez. Il concerne la façon dont le monde vous traite, les influences subtiles et pas si subtiles que vous intériorisez et absorbez. » –Chimamanda Ngozi Adichie

Si les femmes ne peuvent plus être identifiées comme membres d’une classe de sexe à des fins politiques, l’oppression des femmes ne peut plus être directement abordée ou contestée. En conséquence, les objectifs féministes se trouvent sapés par la politique queer.

La linguiste Deborah Cameron a identifié une nouvelle tendance actuelle, celle de l’« étonnante femme en voie d’invisibilisation ». Elle met en évidence le modèle d’effacement des réalités vécues par les femmes, y compris leur oppression, par un langage neutre à l’égard du genre. Mais alors que la féminité est sans cesse déconstruite dans le discours queer, la catégorie de la virilité demeure, elle, à l’abri de toute contestation.

Ce n’est pas un hasard si la masculinité reste incontestée, même au moment où le mot femme est traité comme offensant et « excluant ». L’homme est présenté comme norme de l’humanité, et la femme comme autre-que-l’homme. En réduisant les femmes à des « non-hommes », comme a tenté de le faire le Parti Vert britannique, en réduisant les femmes à des « personnes enceintes », comme conseille de le faire la British Medical Association, le discours queer perpétue la définition de la femme comme autre. L’idéologie queer pousse les conventions patriarcales à leur conclusion logique en repoussant littéralement les femmes hors du vocabulaire et donc de l’existence.

Définir la classe opprimée en fonction de l’oppresseur, nier aux opprimées le vocabulaire pour parler de la façon dont elles sont marginalisées, ne contribue qu’à ratifier la hiérarchie du genre. Bien que ces changements linguistiques semblent à première vue inclusifs, ils ont pour conséquence imprévue de perpétuer la misogynie.

« Supprimer le mot femme et les termes biologiques de tout échange concernant la condition féminine corporelle semble dangereux, écrit la chroniqueuse Vonny Moyes. Refuser de reconnaître l’anatomie des femmes, leurs capacités reproductives et leur sexualité a longtemps été le fait du patriarcat. Il semble que nous ayons bénéficié de quelques décennies dorées de reconnaissance, et que nous avons pu afficher fièrement notre expérience vécue de la condition féminine corporelle, mais nous devons maintenant abdiquer ce vocabulaire au nom du reste du groupe. Même si la logique semble être aux commandes, il est difficile de ne pas ressentir l’effacement de cet aspect de la condition féminine, avec de troublants échos du patriarcat traditionnel. »

Aborder les questions du sexe biologique et de la socialisation genrée est devenu de plus en plus controversé; les adeptes les plus extrêmes de l’idéologie queer qualifient ces deux thèmes de mythes TERF (un qualificatif péjoratif signifiant « féministe radicale excluant les trans ». On souhaiterait bien un caractère mythique au lien entre la biologie des femmes et notre oppression, ou aux conséquences de la socialisation genrée. Dans un tel scénario, celles qui possèdent un corps féminin, les femmes, pourraient simplement échapper par auto-identification à l’oppression structurelle, et choisir de faire partie de n’importe quel autre groupe qu’une classe opprimée. Mais il est manifeste que l’exploitation de la biologie féminine et la socialisation genrée jouent toutes deux un rôle central dans la création et le maintien de l’oppression des femmes par les hommes.

La politique queer reconfigure l’oppression des femmes comme une position de privilège inhérent, tout en nous privant simultanément du langage requis pour analyser cette même oppression et y résister. Le thème de l’identité de genre laisse les féministes déchirées par une sorte de dilemme : soit accepter que d’être marginalisées en raison de notre sexe constitue un privilège « cis », soit protester et risquer d’être stigmatisée comme TERF. Il n’y a pas de place pour les voix dissidentes dans cette conversation – pas si ces voix sont celles de femmes. À cet égard, il y a très peu de différence entre les normes établies par le discours queer et celles qui régissent les règles patriarcales.

Le mot femme est important. Avoir un nom confère du pouvoir. Comme l’observe Patricia Hill Collins (2000), l’autodéfinition est un élément clé de la résistance politique. Si la condition féminine ne peut être articulée positivement, si elle n’est comprise que comme l’envers négatif de la virilité, les femmes sont maintenues dans la position d’objet. Ce n’est qu’en considérant les femmes comme le sujet – en tant qu’êtres humains auto-actualisés ayant droit à l’autodétermination – que la libération devient possible.

« La force du mot « femme » est qu’il peut être utilisé pour affirmer notre humanité, notre dignité et notre valeur, sans nier notre féminité incarnée ou la traiter comme une source de honte. Ce mot ne nous réduit pas à des ventres ambulants, ni ne nous dé-genre ou dématérialise. C’est pourquoi il est important pour les féministes de continuer à l’utiliser. Un mouvement dont le but est de libérer les femmes ne devrait pas traiter le mot « femme » comme obscène. » (Deborah Cameron)

Sans une utilisation fière et explicite du mot femme, la politique féministe manque de l’ampleur nécessaire pour organiser toute résistance réelle à la subordination des femmes. On ne peut pas libérer une classe de personnes qui ne peuvent même pas être nommées. La condition féminine est dévaluée par ces insidieuses tentatives de la rendre invisible. Si les femmes ne se jugent pas à la hauteur du malaise créé par le fait de nous nommer directement, précisément, nous ne pouvons guère prétendre valoir la peine des difficultés que la libération doit susciter.

Toute éventuelle infraction causée par une référence sans équivoque au corps féminin est peu de chose en comparaison des violences et de l’exploitation de nos corps féminins en régime patriarcal. Comme le dit Chimamanda Ngozi Adichie: « « Parce que tu es une fille » ne constitue jamais une justification de quoi que ce soit. Jamais. »


Bibliographie 

Chimamanda Ngozi Adichie. (2014). We Should All Be Feminists

Chimamanda Ngozi Adichie. (2017). Dear Ijeawele, or A Feminist Manifesto in Fifteen Suggestions

Kat Banyard. (2010). The Equality Illusion: The Truth about Women and Men Today

Deborah Cameron. (2007). The Myth of Mars and Venus: Do Men and Women Really Speak Different Languages?

Patricia Hill Collins. (2000). Black Feminist Thought: Knowledge, Consciousness and the Politics of Empowerment (Second Edition)

Finn MacKay. (2015). Radical Feminism: Feminist Activism in Movement

Natasha Walter. (2010). Living Dolls: The Return of Sexism


 

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Le sexe, le genre, et le nouvel essentialisme

Sex, Gender, and the New Essentialism is now available in French! Many thanks to TradFem for the translation.


Un bref avant-propos : Ce texte est le premier d’une série d’essais sur le sexe, le genre et la sexualité. Si vous êtes d’accord avec ce que j’ai écrit, très bien. Si vous n’êtes pas d’accord avec quoi que ce soit dans ce texte, c’est aussi très bien. Quoi qu’il en soit, votre vie restera intacte après avoir fermé cet onglet, indépendamment de ce que vous pensez de ce billet.

Je refuse de me taire de peur d’être associée au mauvais type de féministe. Je refuse de rester silencieuse au moment où d’autres femmes sont harcelées et maltraitées pour leurs opinions sur le genre. Dans l’esprit de la sororité, ce billet est dédié à Julie Bindel. Il se peut que nous ayons parfois certaines divergences d’opinion, mais je suis très heureuse de son travail pour mettre fin à la violence masculine infligée aux femmes. Pour citer feue la grande Audre Lorde : « Je suis décidée et je n’ai peur de rien. »

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Quand je me suis inscrite pour la première fois en Études de genre, mon grand-père m’a appuyée; il était ravi que j’aie trouvé une orientation dans la vie et acquis une éthique de travail qui ne s’était jamais matérialisée au cours de mes études de premier cycle. Par contre, il s’est dit stupéfait par le sujet. « Pourquoi avez-vous besoin d’étudier ça? », demanda-t-il. « Je peux te dire ceci gratuitement : si tu as des *parties masculines, tu es un homme. Si tu as des *parties féminines, tu es une femme. Il n’y a pas beaucoup plus à en dire. Tu n’as pas besoin d’un diplôme pour savoir cela. »(* Les conventions sociales empêchaient mon grand-père et moi d’utiliser les mots pénis ou vagin / vulve dans cette conversation, ou dans tout autre échange que nous eûmes.)

Ma réaction initiale en a été une de choc: après avoir passé un peu trop de temps sur Twitter, et avoir été témoin de l’extrême polarité du discours entourant le genre, j’étais consciente qu’exprimer pareilles opinions dans les médias sociaux risquait d’exposer son auteur à une campagne de harcèlement soutenue. Puis, comme il était blanc et mâle, je me suis dit que si ‘ai mon grand-père septuagénaire devait s’aventurer sur Twitter, il resterait sans doute à l’abri de ce genre d’agressions, qui sont presque exclusivement adressées à des femmes.

Par ailleurs, le fait d’entendre ce point de vue exprimé avec une telle désinvolture dans le jardin où nous étions ensemble, constituait une échappée des tensions caractérisant le monde numérique, la peur qu’éprouvent les femmes d’être stigmatisées comme étant du « mauvais genre » de féministe et lapidées publiquement en conséquence . Cet échange m’a poussée à considérer non seulement la réalité du genre, mais le contexte du discours entourant le genre. L’intimidation est une puissante tactique de censure : un environnement régi par la peur ne se prête ni à la pensée critique ni à la parole publique ni au développement des idées.

Jusqu’à la fin de sa vie, mon grand-père est demeuré béatement ignorant du schisme que l’idée de genre a créée dans le mouvement féministe, un fossé qui a été surnommé les guerres de TERF. Pour les non-initiées, le mot TERF signifie Radical Feminist Trans-Exclusionary – un acronyme utilisé pour décrire les femmes dont le féminisme critique le genre et préconise l’abolition de sa hiérarchie. La façon dont on devrait aborder le genre est sans doute la principale source de tension entre les politiques féministe et queer.

LA HIERARCHIE DU GENRE

Le patriarcat dépend de la hiérarchie du genre. Pour démanteler le patriarcat – l’objectif de base du mouvement féministe – il faut aussi abolir le genre. Dans la société patriarcale, le genre est ce qui fait du masculin la norme de l’humanité et du féminin, l’Autre. Le genre est ce pourquoi la sexualité féminine est strictement contrôlée – les femmes sont qualifiées de salopes si nous accordons aux hommes l’accès sexuel à nos corps, et de prudes si nous ne le faisons pas – alors qu’aucun jugement de ce type ne pèse sur la sexualité masculine. Le genre est la raison pour laquelle les femmes qui sont agressées par des hommes sont blâmés et culpabilisées – elle « a couru après » ou « elle l’a provoqué » – alors que le comportement des hommes agresseurs est couramment justifié avec des arguments comme « un homme, c’est un homme » ou « c’est fondamentalement quelqu’un de bien ». Le genre est la raison pour laquelle les filles sont récompensées de penser d’abord aux autres et de rester passives et modestes, des traits qui ne sont pas encouragés chez les garçons. Le genre est la raison pour laquelle les garçons sont récompensés de se montrer compétitifs, agressifs et ambitieux, des traits qui ne sont pas encouragés chez les filles. Le genre est la raison pour laquelle les femmes sont considérées comme des biens, passant de la propriété du père à celle du mari par le mariage. Le genre est la raison pour laquelle les femmes sont censées effectuer le travail domestique et émotionnel ainsi que la vaste majorité des soins, bien que ce travail soit dévalué comme « féminisé » et par la suite rendu invisible.

Le genre n’est pas un problème abstraite. Une femme est tuée par un homme tous les trois jours au Royaume-Uni. On estime que 85 000 femmes sont violées chaque année en Angleterre et au pays de Galles. Une femme britannique sur quatre éprouve de la violence aux mains d’un partenaire masculin, chiffre qui s’élève à une sur trois à l’échelle mondiale. Plus de 200 millions de femmes et de filles vivant aujourd’hui ont subi des mutilations génitales. La libération des femmes et des filles de la domination masculine et de la violence utilisée pour maintenir cette disparité de pouvoir est un objectif féministe fondamental – un objectif qui est incompatible avec l’acceptation des limites imposées par le genre comme frontières de ce qui est possible dans nos vies.

« Le problème du genre est qu’il prescrit comment nous devrions être plutôt que de reconnaître comment nous sommes. Imaginez combien nous aurions plus de bonheur, combien plus de liberté pour exprimer notre véritable personnalité si nous ne subissions pas le poids des attentes de genre … Les garçons et les filles sont indéniablement différents au plan biologique, mais la socialisation exagère les différences, puis amorce un processus d’autoréalisation. » Chimamanda Ngozi Adichie, We Should All be Feminists

Les rôles de genre sont une prison. Le genre est un piège construit socialement en vue d’opprimer les femmes comme classe de sexe pour le bénéfice des hommes comme classe de sexe. Et l’importance du sexe biologique ne peut pas être négligée, en dépit des efforts récents pour recadrer le genre comme identité plutôt que comme hiérarchie. L’exploitation sexuelle et l’exploitation reproductive du corps féminin sont la base matérielle de l’oppression des femmes – notre biologie est utilisée comme moyen de domination par nos oppresseurs, les hommes. Même s’il existe un très faible nombre de personnes qui ne s’inscrivent pas parfaitement dans la structure binaire du sexe biologique – les personnes qui sont intersexuées – cela ne modifie pas la nature structurelle et systématique de l’oppression des femmes.

Les féministes critiquent la hiérarchie du genre depuis des centaines d’années, et avec raison. Lorsque Sojourner Truth a déconstruit la féminité, elle a critiqué la misogynie et le racisme anti-Noirs qui façonnaient la définition de la catégorie de femme. Se basant sur ses prouesses physiques et sa force d’âme comme preuve empirique, Truth a observé que la condition de femme ne dépendait aucunement des traits associés à la féminité et a contesté l’altérisation des corps féminins noirs qui était requise pour élever la fragilité perçue de la féminité blanche au statut d’idéal féminin. Son discours « Ain’t I A Woman? » (Ne suis-je pas une femme?) est l’une des premières critiques féministes connues de l’essentialisme de genre; Le discours de Truth était une reconnaissance de l’interaction entre les hiérarchies de race et de genre dans le contexte de la société patriarcale raciste (bell hooks, 1981). Simone de Beauvoir a elle aussi déconstruit la féminité en affirmant que « l’on ne naît pas femme, on le devient ». Avec Le Deuxième sexe, elle a soutenu que le genre n’était pas inné, mais qu’il créait des rôles que nous sommes socialisé-e-s à adopter conformément à notre sexe biologique. Elle a souligné les limites de ces rôles, en particulier celles imposées aux femmes en raison de l’essentialisme de genre, l’idée que le genre est inné.

Comme l’a fait remarquer Beauvoir, l’essentialisme de genre a été utilisé contre les femmes pendant des siècles dans une tentative d’entraver notre entrée dans la sphère publique, de nous refuser une vie indépendante de la domination masculine. Les prétentions d’un manque de capacité intellectuelle des femmes, de leur passivité inhérente et de leur irrationalité innée étaient toutes utilisées pour restreindre la vie des femmes à un contexte domestique au nom du principe que c’était l’état naturel de la femme. L’histoire démontre que l’insistance sur l’hypothèse d’un « cerveau féminin » est une tactique patriarcale utilisée pour maintenir entre les mains des hommes le suffrage, les droits de propriété, l’autonomie corporelle et l’accès aux études. Vu la longue histoire de misogynie basée sur des a priori concernant un cerveau féminin, le neurosexisme (Fine, 2010), en plus d’être scientifiquement faux, est contradictoire à une perspective féministe.

Pourtant, le concept d’un cerveau féminin est une fois de plus mis de l’avant – non seulement par des idéologues conservateurs, mais dans le contexte des idées politiques queer et de gauche, que l’on présume généralement être progressistes. Les explorations du genre en tant qu’identité, par opposition à une hiérarchie, reposent souvent sur la présomption que le genre est inné – « dans le cerveau » – plutôt que socialement construit. Par conséquent, le développement de la politique transgenre et les désaccords subséquents sur la nature de l’oppression des femmes – ce qui en est la racine et comment la femme est définie – sont devenus une ligne de faille (MacKay, 2015) au sein du mouvement féministe.

FÉMINISME ET IDENTITÉ DE GENRE

Le mot transgenre est utilisé pour décrire l’état d’un individu dont la perception personnelle de son sexe diffère de son sexe biologique. Par exemple, une personne née avec un corps de femme qui s’identifie comme un homme est qualifiée de « transhomme ». Une personne née avec un corps d’homme qui s’identifie comme femme est qualifiée de « transfemme ». Être transgenre peut impliquer un certain degré d’intervention médicale, pouvant inclure une thérapie de remplacement d’hormones et une chirurgie de réaffectation de sexe. Ce processus de transition est alors entrepris pour aligner le moi matériel avec l’identité interne d’une personne transgenre. Toutefois, parmi les 650 000 Britanniques qui entrent dans la catégorie transgenre, on estime à seulement 30 000 le nombre de personnes ayant effectué une transition chirurgicale ou médicale.

Le terme trans a d’abord décrit les personnes nées hommes qui s’identifient comme femmes, ou vice versa, mais il est maintenant utilisé pour désigner une variété d’identités ancrées dans une non-conformité de genre. À ce titre, l’étiquette de trans comprend aussi bien l’identité non binaire (quand une personne ne s’identifie ni comme homme ni comme femme), la fluidité de genre (quand l’identité d’un individu est susceptible de passer du masculin au féminin ou vice versa), et le statut de « genderqueer » (quand un individu identifie à la fois au masculin et au féminin ou à aucun de ces deux pôles), pour ne citer que quelques exemples.

L’antonyme du concept de transgenre est celui de cisgenre, un mot utilisé pour désigner l’alignement du sexe biologique et du rôle de genre assigné. Le statut de cisgenre a été qualifié de privilège par le discours queer, en désignant les personnes cis comme une classe d’oppresseurs et les trans comme les opprimés. Bien que les personnes trans soient indéniablement un groupe marginalisé, aucune distinction n’est faite entre les hommes et les femmes cis en considération des manifestations de cette marginalisation. Pourtant, la violence masculine est systématiquement responsable des meurtres de transfemmes, un motif tragique que Judith Butler identifie comme étant le produit du « … besoin des hommes de satisfaire aux normes culturelles du pouvoir masculin et de la masculinité ».

Dans l’optique queer, c’est le genre auquel on s’identifie et non l classe de sexe à laquelle on appartient qui dicte si on est marginalisé par l’oppression patriarcale ou si on en bénéficie. À cet égard, la politique queer est fondamentalement en contradiction avec l’analyse féministe. Le point de vue queer situe le genre dans l’esprit, où il existe comme identité auto-définie de façon positive – et non comme hiérarchie. Du point de vue féministe, le genre est compris comme un moyen de perpétuer le déséquilibre de pouvoir structurel que le patriarcat a établi entre les classes de sexe.

« Si vous ne reconnaissez pas la réalité matérielle du sexe biologique ou son importance comme axe d’oppression, votre théorie politique ne peut incorporer aucune analyse du patriarcat. La subordination historique et pérenne des femmes n’est pas apparue parce que certains membres de notre espèce choisissent de s’identifier à un rôle social inférieur (et le suggérer serait un acte flagrant de blâme des victimes). Elle a émergé comme moyen permettant aux hommes de dominer la moitié de l’espèce qui est capable de porter des enfants et d’exploiter leur travail sexuel et reproducteur. Nous ne pouvons pas comprendre le développement historique du patriarcat et la persistance de la discrimination sexiste et de la misogynie culturelle sans reconnaître la réalité de la biologie féminine et l’existence d’une classe de personnes biologiquement féminines. » (Rebecca Reilly-Cooper, What I believe about sex and gender)

Comme la théorie queer s’articule sur la pensée poststructuraliste, , elle est par définition incapable de fournir une analyse structurelle cohésive d’une oppression systématique. Après tout, si le moi matériel est arbitraire dans la définition de la manière dont on ressent le monde, il ne peut alors être pris en compte dans la compréhension d’une classe politique quelle qu’elle soit. Ce que la théorie queer n’arrive pas à saisir, c’est que l’oppression structurelle n’est pas liée à la façon dont un individu s’identifie. Le genre en tant qu’identité n’est pas un vecteur dans la matrice de domination (Hill Collins, 2000); que l’on s’identifie ou non à un rôle de genre donné n’a aucun rapport avec la position que nous assigne le patriarcat.

LE PROBLÈME AVEC LE CONCEPT DE « CIS »

Être cis signifie « s’identifier au genre qui vous a été assigné à la naissance ». Mais l’assignation des rôles de genre basés sur les caractéristiques sexuelles est un outil dont se sert le patriarcat pour subordonner les femmes. L’utilisation des limites imposées par le genre pour définir la trajectoire du développement d’un-e enfant est la première manifestation du patriarcat dans sa vie, et c’est particulièrement préjudiciable aux filles. L’essentialisme qui sous-tend l’a priori que les femmes s’identifient aux moyens de notre oppression repose sur la conviction que les femmes sont intrinsèquement adaptées à cette oppression, que les hommes sont intrinsèquement adaptés à nous imposer leur pouvoir. En d’autres termes, classer les femmes comme « cis » équivaut à de la misogynie.

Dans l’optique postmoderne de la théorie queer, l’oppression des femmes en tant que classe de sexe est reconfigurée comme un privilège. Mais, pour les femmes, être « cis » n’est pas un privilège. À l’échelle mondiale, la violence masculine est une des principales causes de décès prématurés des femmes. Dans un monde où le féminicide est endémique, où un tiers des femmes et des filles peuvent s’attendre à subir la violence masculine, être née de sexe féminin n’est pas un privilège. La question de savoir si une personne née femme s’identifie à un rôle de genre particulier n’a aucune incidence sur si elle sera soumise à des mutilations génitales, si elle aura du mal à accéder à des soins de santé génésique, ou si elle sera ostracisée quand elle aura ses règles.

L’on ne peut se désengager par identification personnelle de d’une oppression qui est matérielle à la base. Par conséquent, l’étiquette de « cisgenre » n’a peu ou rien à voir avec le lieu qu’impose le patriarcat aux femmes. Présenter le fait d’habiter un corps féminin comme un privilège exige une méconnaissance totale du contexte sociopolitique de la société patriarcale.

La lutte pour les droits des femmes s’est avérée longue et difficile, avec des avancées réalisées à grand prix pour celles qui ont résisté au patriarcat. Et ce combat n’est pas terminé. L’évolution significative de la reconnaissance des droits des femmes, provoquée par la deuxième vague du féminisme, a entraîné un mouvement délibéré de ressac sociopolitique (Faludi, 1991), qui se répète aujourd’hui dans la mesure où la capacité des femmes à accéder légalement à l’avortement et à d’autres formes de soins de santé génésique sont mis en péril par la généralisation d’un fascisme conservateur partout en Europe et aux États-Unis. Les intersections des enjeux de race, de classe, de handicap et de sexualité jouent aussi leur rôle dans la définition des façons dont les structures de pouvoir agissent sur les femmes.

Pourtant on voit aujourd’hui, au nom de l’inclusivité, les femmes être dépouillées des mots nécessaires pour identifier et ensuite défier notre propre oppression. Les femmes enceintes deviennent des « personnes enceintes ». L’allaitement devient le « chest-feeding ». Les références à la biologie féminine sont traitées comme une forme d’intolérance, ce qui interdit, sous peine de transgression, d’aborder directement les politiques entourant la procréation, la naissance et la maternité. En outre, neutraliser le langage en en supprimant toute référence au sexe n’empêche ni ne conteste pas l’oppression des femmes en tant que classe de sexe. Effacer le corps féminin ne modifie pas les moyens par lesquels le genre opprime les femmes.

L’optique queer place attribue fermement aux gens s’identifiant comme trans la propriété du discours sur le genre. En conséquence, le genre est maintenant un sujet que beaucoup de féministes tentent d’éviter, malgré le rôle fondamental joué par la hiérarchie dans l’oppression des femmes. Les invitations à boire de l’eau de Javel ou à mourir dans un incendie s’avèrent, sans surprise, une tactique de bâillon efficace. Les blagues et les menaces – souvent indiscernables les unes des autres – au sujet des violences contre les femmes sont couramment utilisées comme façon de supprimer les voix dissidentes. De telles agressions ne peuvent être considérées comme une violence à l’endroit de dominants par des dominés. C’est au mieux une forme d’hostilité horizontale (Kennedy, 1970), au pire une légitimation de la violence masculine contre les femmes.

La politique identitaire queer ne tient pas compte des façons dont les femmes sont opprimées en tant que classe de sexe; elle fait parfois l’impasse à leur sujet de façon délibérée. Cette approche sélective de la politique de libération est fondamentalement déficiente. Dépolitiser le genre, en adoptant une approche acritique des déséquilibres de pouvoir qu’il crée, ne profite à personne – et surtout pas aux femmes. Seule l’abolition du genre permettra de se libérer des restrictions qu’il impose. Les chaînes du genre ne peuvent être recyclées en poursuite de la liberté.


BIBLIOGRAPHIE

Simone de Beauvoir. (1949). Le Deuxième sexe

Susan Faludi. (1991). Backlash: La guerre froide contre les femmes

Cordelia Fine. (2010). Delusions of Gender

bell hooks. (1981). Ne suis-je pas une femme? Femmes noires et féminisme

Florynce Kennedy. (1970). Institutionalized Oppression vs. the Female

Finn MacKay. (2015). Radical Feminism

Chimamanda Ngozi Adichie. (2014). We Should All be Feminists

Rebecca Reilly-Cooper. (2015). Sex and Gender: A Beginner’s Guide

Sojourner Truth. (1851). Ain’t I a Woman?


 

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Original text initially posted here.