Prendre les problèmes à la racine : à propos des jeunes femmes et du féminisme radical

Grasping Things at the Root: On Young Women & Radical Feminism is now available in French! Many thanks to TradFem for the translation.


 

Brève présentation : un certain nombre de jeunes femmes ont communiqué avec moi depuis un an en me demandant ce à quoi ressemblait le fait d’être ouvertement radicale au sujet de mon féminisme. Voir des jeunes femmes se rallier au féminisme radical me rend optimiste pour l’avenir. Mais que celles-ci aient peur de manifester publiquement un féminisme radical est tout à fait inquiétant. Voilà pourquoi cet article est dédié à l’ensemble des jeunes femmes assez audacieuses pour poser des questions et contester les réponses reçues.


 

Pourquoi le féminisme radical est-il attaqué à ce point ?

Holy Cow! Too Funny!!!!!!

Le féminisme radical n’a pas bonne presse. Ce n’est pas exactement un secret : l’affirmation ignoble de l’idéologue de droite Pat Robertson selon laquelle l’agenda féministe « …encourage les femmes à quitter leur mari, assassiner leurs enfants, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir lesbiennes » a donné le ton aux échanges généraux à propos du féminisme radical. Si le point de vue de Robertson sur notre féminisme frôle la parodie, sa misogynie, agrémentée d’une lesbophobie flagrante, a également servi à discréditer le féminisme radical comme suspect.

En effet, si le féminisme radical peut être rejeté comme un complot sinistre ou ciblé comme une simple blague, cela évite à la société de répondre à une foule de questions difficiles à propos de sa structure patriarcale. Il en résulte que le pouvoir n’a pas à être redistribué, ce qui permet de bloquer toute remise en question ennuyeuse pour les membres des classes oppresseures. La diabolisation du féminisme radical est un moyen très efficace d’entraver tout changement politique important, de maintenir le statu quo. Il est donc prévisible que la droite conservatrice s’oppose au féminisme radical.

Ce qui est souvent plus difficile à prévoir, ce sont les propos venimeux adressés au féminisme radical par la gauche progressiste, dont on s’attend à ce qu’elle soutienne une politique de justice sociale. L’atteinte de cette justice par les femmes appelle notre libération du patriarcat, y compris celle des contraintes du genre, qui est à la fois une cause et une conséquence de la domination masculine. Mais quand on se penche sur les raisons de l’hostilité de la gauche, elle devient tristement prévisible.

Deux facteurs ont permis à cette gauche de légitimer son opposition au féminisme radical. C’est d’abord la manière dont la politique de libération a été fragmentée par le néolibéralisme et remplacée par ce que Natasha Walter a appelé la politique du libre choix. Le choix personnel, et non le contexte politique, est devenu l’unité d’analyse préférée du discours féministe. Par conséquent, toute analyse critique des choix personnels, comme le préconise le féminisme radical, est devenue un facteur de discorde, malgré sa nécessité pour impulser tout changement social d’importance. Le deuxième facteur est la généralisation progressive d’une interprétation queer du genre. Au lieu de considérer celui-ci comme une hiérarchie qu’il faut contrer et abolir, la politique queer positionne le genre comme une forme d’identité, un simple rôle à performer ou à subvertir. Cette approche a pour effet ultime de dépolitiser le genre (ce qui est loin d’être subversif) en fermant les yeux sur son rôle dans le maintien de l’oppression des femmes par les hommes. Ce sont alors les féministes critiques du genre qui sont traitées comme l’ennemi, plutôt que le genre lui-même.

Conséquemment, nous nous retrouvons aujourd’hui dans un contexte où le féminisme radical est attaqué d’une extrémité à l’autre du spectre politique. Dans les médias sociaux, on a l’impression que les féministes radicales sont tout aussi susceptibles d’être prises à partie par des féministes s’autoproclamant queer que par des militants masculinistes – la principale différence entre les deux groupes étant que les masculinistes ne cachent pas, eux, leur détestation des femmes.

Les jeunes femmes sont particulièrement dissuadées de se rallier au féminisme radical. On nous a nourries de mots-clés sans substance comme « choix » et « empowerment », et on nous a incitées à poursuivre l’égalité au lieu de la libération. À partir des années 90, le féminisme a été présenté comme un label et diffusé par le monde du commerce et au moyen de slogans, plutôt qu’un mouvement social ayant pour but de démanteler le patriarcat capitaliste de la suprématie blanche (bell hooks).

guerilla girlaLa troisième vague du féminisme a été commercialisée comme une solution de rechange marrante au caractère sérieux de la deuxième vague, systématiquement calomniée comme sévère et sans joie. Certaines manifestations de l’oppression des femmes, comme l’industrie du sexe, ont été relookées comme autant de choix triviaux offrant un potentiel d’autonomisation (Meghan Murphy). Si les jeunes femmes ne sont pas disposées à accepter la danse-poteau et la prostitution comme autant de divertissements inoffensifs, nous risquons d’être dénoncées comme tout aussi rabat-joie que les femmes de la deuxième vague ; on nous refuse l’étiquette honorifique de « fille cool » et tous les avantages qui accompagnent le fait de ne pas contester le patriarcat. Ce n’est pas une coïncidence si des accusations lancées de façon routinière aux féministes radicales, comme celle de « puritaine » ou « bourgeoise à collier », sont lourdes de misogynie et d’âgisme : si les féministes radicales sont présumées être des femmes plus âgées, la logique du patriarcat exige que le féminisme radical soit ennuyeux et dépassé. Le désir de l’approbation masculine, inculqué de force aux jeunes filles dès la naissance, et la menace tacite d’être associée à des femmes plus âgées servent à empêcher les jeunes femmes de s’identifier au féminisme radical.

Si le féminisme libéral a séduit un vaste auditoire, c’est précisément parce qu’il ne menace pas le statu quo. Si les puissants sont à l’aise avec une forme particulière de féminisme – le féminisme libéral, le féminisme corporatif de l’adage « lean in », le féminisme qui se dit prosexe – c’est parce que ces formes de féminisme ne présentent aucun défi pour les hiérarchies où s’ancre leur pouvoir. Pareil féminisme ne peut permettre aucun changement social important et est donc incapable d’aider une classe opprimée, quelle qu’elle soit.

Quelles conséquences négatives a le fait de manifester un féminisme radical ?

Les réactions que suscite le fait de se manifester comme radicale sont particulièrement désagréables. Sans mentir, cela peut s’avérer intimidant au début. Mais avec le temps, cette peur reculera, voire se dissipera complètement. Vous allez arrêter de penser « Je ne pourrais jamais dire cela » et commencer à vous demander : « Pourquoi ne l’ai-je pas dit plus tôt ? » La vérité exige d’être dite, qu’elle soit ou non rassurante. Les réactions et les violences adressées aux féministes radicales sont de pures et simples tactiques de censure. Qu’elle provienne de la droite conservatrice ou de la gauche féministe queer, cette réaction de backlash (Susan Faludi) est une façon de supprimer des voix de femmes dissidentes. Constater cette dynamique a un effet libérateur, tant sur le plan personnel que politique. Sur le plan personnel, on reconnaît que la bonne opinion qu’auraient de vous des misogynes a bien peu de valeur. Sur le plan politique, il devient manifeste que prendre la parole est un acte de résistance. Vous allez simplement cesser graduellement de vous en faire.

Par contre, assumer la haine que des gens vous portent est un processus énergivore. À un certain moment, vous vous rendrez compte que vous n’êtes pas obligée de supporter ce fardeau et vous vous donnerez la permission de le déposer. Consacrez plutôt cette énergie à votre bien-être. Lisez un livre. Jouez d’un instrument. Parlez avec votre mère. Faites vos ongles. Écoutez en rafale une série télévisée comme The Walking Dead. Le temps que vous passez à vous inquiéter de ce que les gens disent de vous est une ressource précieuse qui ne peut être récupérée. Ne leur faites pas le cadeau de votre inquiétude, c’est exactement ce qu’ils veulent. Chassez les gens hostiles de votre espace mental.

Vous avez peur d’être qualifiée de TERF (féministe radicale trans-exclusive). Soyons réalistes : cette peur d’être stigmatisée comme TERF est ce pour quoi tant de féministes craignent de se montrer ouvertement radicales et sont de moins en moins disposées à reconnaître le genre comme une hiérarchie. Et il est normal de ressentir cette peur, dans une dynamique qui a pour but de vous effrayer. Cependant, la peur doit être mise en perspective. La toute première fois où l’on m’a traitée de « TERF » était pour avoir partagé une pétition d’opposition aux mutilations génitales féminines sur le réseau Twitter. Et quand j’ai souligné que les filles à risque de MGF l’étaient précisément du fait d’être nées femmes dans le patriarcat, et que les filles mutilées étaient souvent de couleur, vivant souvent dans le Sud global (Gayatri Spivak) – et donc peu avantagées par le « privilège cis » – les accusations se sont poursuivies, se répandant comme une traînée de poudre. Comme je ne me suis pas repentie pour avoir diffusé cette pétition, comme je n’ai pas condamné d’autres femmes pour sauver ma peau au tribunal de l’opinion publique, cela a continué. Le fait d’être lesbienne (une femme qui éprouve une attraction homosexuelle, c’est-à-dire désintéressée par les rapports sexuels impliquant un pénis) n’a fait qu’attiser les flammes. On peut aujourd’hui trouver mon nom sur diverses listes de personnes blackboulées ou bloquées aux quatre coins d’Internet, ce qui est assez drôle. Parfois, il faut vraiment en rire, c’est la seule façon de conserver son équilibre.

Ce qui est moins amusant, c’est de se faire dire que l’on est dangereuse. Il existe une notion insidieuse voulant que toute féministe qui interroge ou critique une perspective queer sur le genre constitue une sorte de menace pour la société. Des femmes ayant consacré toute leur vie adulte à mettre fin à la violence masculine contre les femmes sont maintenant décrites, sans aucune trace d’ironie, comme étant « violentes ». Au plan politique, il est inquiétant que tout désaccord sur la nature du genre soit défini comme une violence au sein du discours féministe. Il y a quelque chose d’indéniablement orwellien à qualifier de violentes les personnes qui s’opposent à des violences, dans la novlangue pratiquée par la politique queer. Présenter comme violentes les féministes critiques du genre occulte la réalité que ce sont des hommes qui exercent l’écrasante majorité des exactions infligées aux personnes trans ; ce faisant, on supprime toute possibilité pour les hommes d’être tenus responsables de cette violence. Les hommes ne sont pas blâmés pour leurs actes, quels que soient les dommages qu’ils causent, alors que les femmes sont souvent brutalement ciblées pour nos idées. À cet égard, le discours queer reflète fidèlement les normes établies par le patriarcat.

Le féminisme radical est généralement traité comme synonyme ou indicatif d’une transphobie, une accusation profondément trompeuse. Le mot transphobie implique une répulsion ou un dégoût qui n’existent tout simplement pas dans le féminisme radical. Je veux que toutes les personnes qui s’identifient comme trans soient à l’abri de tout tort, persécution ou discrimination. Je veux que toutes les personnes s’identifiant comme trans soient traitées avec respect et dignité. Et je ne connais pas une seule féministe radicale qui défendrait quoi que ce soit de moins. Malgré le désaccord entre les perspectives radicales et queer en matière de genre, cela ne résulte d’aucun fanatisme au sein des premières. L’abolition de la hiérarchie du genre a toujours été un objectif clé du féminisme radical, une étape nécessaire pour libérer les femmes de notre oppression par les hommes.

Comme c’est souvent le cas avec l’analyse structurelle, il faut penser en termes de classe d’oppresseurs et de classe d’opprimé.e.s. Dans le patriarcat, le sexe masculin est l’oppresseur et le sexe féminin l’opprimé – cette oppression a une base matérielle, ancrée dans l’exploitation de la biologie féminine. Il est impossible de détailler les formes d’oppression des femmes sans reconnaître le rôle joué par la biologie et sans considérer le genre comme une hiérarchie. Si les femmes sont privées des mots servant à définir notre oppression, un langage que la politique queer considère comme violent ou intolérant, il est impossible pour les femmes de résister à notre oppression. C’est là que réside la tension.

joan jettEn fin de compte, se faire insulter sur Internet est un coût que je suis plus que disposée à payer si c’est le prix nécessaire pour faire obstacle à la violence infligée aux femmes et aux jeunes filles. Si ce n’était pas le cas, je ne pourrais pas me qualifier de féministe.

Ai-je choisi de me manifester publiquement comme radicale ?

À aucun moment n’ai-je pris la décision de me manifester publiquement comme radicale. Même dans sa forme la plus basique, mon féminisme comprenait que la « positivité sexuelle » et la culture porno étaient en train de reconditionner l’exploitation des femmes comme « autonomisantes », et que les discussions sans fin sur le libre choix ne servaient qu’à occulter le contexte où ces choix étaient effectués. Je me souviens également de ma perplexité à voir les mots sexe et genre utilisés indifféremment dans le discours contemporain, alors que le premier désigne une catégorie biologique et le deuxième, une construction sociale fabriquée pour permettre l’oppression des femmes par les hommes. Je trouvais profondément déconcertant le fait de voir le genre traité comme une provocation amusante ou, pire, comme quelque chose d’inné dans nos esprits ; après tout, si le genre était naturel ou inhérent, il en irait de même du patriarcat. J’étais consciente que l’on traitait mes points de vue comme démodés, mais, même si cela tendait à m’isoler, je n’étais pas troublée par la tension entre mes opinions et ce que je reconnais aujourd’hui comme l’idéologie féministe libérale.

International-Feminism-01Ce n’est qu’en retrouvant des féministes radicales sur le réseau Twitter que j’ai compris que beaucoup de féministes contemporaines réfléchissaient selon le même cadre, bref, que ces idées n’existaient pas uniquement dans des livres écrits quelque vingt ans avant ma naissance. Je ne dis pas cela pour décrier le féminisme des années 1970, mais plutôt pour souligner une nostalgie presque attendrie dans ma conceptualisation de cette époque et de la politique qu’elle a mise au monde. La deuxième vague me donnait l’impression d’avoir eu lieu incroyablement loin – y réfléchir me faisait penser à une fête à laquelle vous êtes déjà quelques décennies en retard… C’était à mes yeux comme si le féminisme des idées et des actions radicales avait disparu. Aujourd’hui, je me rends compte que c’est exactement ce que les jeunes femmes sont amenées à penser, dans l’espoir que nous allons nous faire une raison et accepter notre oppression au lieu de la défier à la racine.

Ayant grandi et affiné mes idées, il semble maintenant peu probable que j’aurais trouvé une place si j’avais été dans ce contexte : en comparaison d’autres féministes lesbiennes, je suis assez apolitique en ce qui concerne la sexualité : je ne suis toujours pas convaincue qu’il est possible de choisir d’être lesbienne, je ne sais pas si je choisirais de l’être si cette option existait (il y a un attrait indéniable au fait d’être un peu plus « intégrée » qu’Autre), et je m’oppose à l’idée que les femmes bisexuelles manquent de courage dans leur praxis féministe, du fait de ne pas « devenir » lesbiennes. Pourtant, je n’aurais pas trouvé ma voie vers de telles conversations sans le féminisme radical exprimé sur Twitter.

Comme ma conscience politique a été catalysée par le féminisme radical de Twitter, une communauté où je continue à trouver stimulation et enchantement, il m’a semblé naturel de participer publiquement à ce discours. J’étais plus soucieuse du développement de mes idées – apprendre auprès d’autres femmes et plus tard, leur communiquer mes réflexions – que d’éventuelles réactions hostiles. De façon peut-être naïve, je n’avais pas pleinement envisagé l’avantage de dissimuler ma conviction politique. Me relier au discours féministe radical, participer à ses idées et communiquer avec leurs adeptes ont toujours été mes priorités. Je n’ai pas envisagé au début la possibilité d’acquérir un profil public, et je considère aujourd’hui le mien comme une séquelle généralement agaçante de ma participation au discours féministe, plutôt qu’un avantage qui vaille la peine d’être entretenu en soi, ce qui est peut-être pourquoi je ne pratique pas d’autocensure en vue de soigner ma popularité.

Y a-t-il des conséquences professionnelles au fait d’être une féministe radicale ?

Cela dépend de ce que vous faites comme métier. D’innombrables féministes radicales ont été signalées à leurs employeurs pour avoir souligné la différence entre les concepts de sexe et de genre. Quand vous travaillez dans le domaine des femmes, être ouvertement radicale présente un risque particulier. De même, les femmes qui sont universitaires ou possèdent une forme ou l’autre de pouvoir institutionnel sont dans une position délicate, face au dilemme de mettre en danger une carrière ou de s’exprimer franchement. Je connais des dizaines de féministes radicales qui réalisent plus d’avancées sociales pour les autres femmes en ne disant rien d’explicitement radical – tout en faisant le travail le plus extraordinaire et le plus nécessaire. Aucun de ces travaux ne serait possible si ces femmes choisissaient de mourir au champ d’honneur de la politique de genre. Un résultat direct d’une telle politique serait des pertes pour d’autres femmes ; qu’il s’agisse de cours d’alphabétisation ou de l’adoption de politiques pour contrer la violence masculine, il y aurait des conséquences très réelles si des femmes secrètement radicales perdaient leurs postes. Il y a des moments où garder le silence est l’option la plus intelligente, en particulier dans les conversations sur la politique de genre, et je ne condamnerai jamais les femmes qui prennent cette décision tactique.

Ma carrière en est une de travailleuse autonome : à cet égard, je trouve utile de n’être redevable qu’envers moi-même. Cela étant dit, une carrière autonome dépend des organisations qui sont disposées à commander mes écrits ou mes ateliers. Le rôle de paria est plutôt contre-productif à cet égard. Il est arrivé que des gens contactent (ou du moins menacent de contacter) des endroits où j’étudie, fais du bénévolat ou écris. Rien n’en est advenu. Pourquoi ? Parce que leurs accusations sont fausses. Je n’ai rien à cacher au sujet du féminisme : il n’y a pas de squelettes dans le placard de ma politique sexuelle. Je ne dirai jamais rien d’autre que ce que je crois, ce que je peux étayer avec des preuves, ce que soutient un corpus important de théorie féministe.

Il est crucial de pouvoir parler avec conviction et de documenter ses dires quand ils sont remis en question. Ces qualités sont aussi celles auxquelles font appel les personnes et les organisations qui m’engagent. Un thème récurrent de ces commissions est qu’au moins une personne au sein de chaque organisation a discrètement exprimé son soutien de mon féminisme radical. Bref, le féminisme radical est moins ostracisant qu’on veut nous le faire croire.

Je suis chargée de produire du travail en lequel je crois. Rien de ce que mes détracteurs disent ou font ne change cette réalité. Pour citer Beyoncé, la meilleure revanche est le papier dont vous disposez.

Comment réagissent les féministes non radicales ?

Assez mal. Pas toujours, mais souvent. Certaines de mes discussions les plus enrichissantes et les plus stimulantes sur le plan de la réflexion ont été avec des femmes qui ne sont pas des féministes radicales, mais qui engagent la discussion de bonne foi. Malheureusement, ces interactions sont la minorité.

Les menaces venues d’inconnu.e.s, tout en étant parfois effrayantes, sont une chose à laquelle je me suis habituée. Je les signale aux autorités compétentes et je poursuis ma route. À la suite de la période d’attaques la plus concentrée que j’aie subie, ce ne sont pas les menaces qui m’ont le plus pesé, mais les réactions des féministes queer et libérales. Certaines d’entre elles se sont publiquement réjouies de ces violences et de leurs conséquences. Leur féminisme est du type qui s’oppose au racisme, à la misogynie, à l’homophobie, etc. jusqu’à ce que ces préjugés nuisent à quelqu’un dont la politique ne s’harmonise pas à la leur. J’ai trouvé cela déconcertant. Préparez-vous à ces moments. Soyez également prêtes à perdre de faux amis.

C’est une position étrange dans laquelle se retrouver. Si l’étiquette TERF vous a déjà été appliquée, elle enlève quelque chose à votre humanité aux yeux du grand public. Vous n’êtes plus considérée comme méritoire d’empathie ou même de décence humaine fondamentale. Cela n’a rien de surprenant, car l’épithète de TERF est souvent accompagnée de menaces et de descriptions explicites de violences. Elle a pour effet de légitimer la violence à l’égard des femmes.

L’insulte TERF fonctionne comme l’accusation de « sorcière » dans la pièce Les Sorcières de Salem. Ce n’est qu’en condamnant d’autres femmes que vous pouvez éviter d’être vous-même condamnée. La panique répandue rend certaines personnes frénétiques. Beaucoup de féministes seront prêtes à vous qualifier de monstre pour sauver leur propre réputation. Elles ne méritent pas votre respect, sans parler du temps qu’il faudrait pour comprendre leurs motifs.

Cela vaut également la peine de se pencher sur les réactions de féministes qui ne sont pas publiquement radicales. Des femmes me confient régulièrement que j’exprime leurs convictions intimes, elles me remercient de prendre la parole, me disent que mes écrits résonnent auprès d’elles. Cela a un côté gratifiant, oui, mais aussi un effet d’isolement. Un courage presque surnaturel est projeté sur les femmes ouvertement radicales, en une forme d’exceptionnalisme souvent utilisée par d’autres femmes pour justifier leur silence. La chroniqueuse Glosswitch parle souvent de ce phénomène et elle a raison : il serait beaucoup plus gratifiant que les femmes qui nous expriment un soutien en privé revendiquent publiquement leur propre politique radicale, si elles sont en mesure de le faire.


Bibliographie

bell hooks. (2004). The Will to Change: Men, Masculinity, and Love

Susan Faludi. (1991). Backlash: The Undeclared War Against American Women

Feminist Current

Miranda Kiraly  & Meagan Tyler (eds.). (2015). Freedom Fallacy: The Limits of Liberal Feminism

Gayatri Spivak. (1987). In Other Worlds: Essays in Cultural Politics

Natasha Walter. (2010). Living Dolls: The Return of Sexism

Hibo Wardere. (2016). Cut: One Woman’s Fight Against FGM in Britain Today


Translation originally posted here.

Original text initially posted here.

Grasping Things at the Root: On Young Women & Radical Feminism

A brief foreword: a number of young women have contacted me in the last year, writing to ask about what it is like to be publicly radical in my feminism. That young women embrace radical feminism makes me optimistic for the future. That young women are too scared to be open about their radical feminism is utterly grim. And so this post is dedicated to every young woman bold enough to ask questions and challenge answers.

Update: this post has since been translated into French.


 

Why does radical feminism get so much bad press?

Radical feminism isn’t popular. That’s not exactly a secret – Pat Robertson’s infamous Holy Cow! Too Funny!!!!!!claim that the feminist agenda “…encourages women to leave their husbands, kill their children, practice witchcraft, destroy capitalism, and become lesbians” has set the tone for mainstream discussions of radical feminism. While Robertson’s perspective on radical feminism verges upon parody, his misogyny served with a side of blatant lesbophobia, it has also served to frame radical feminism as suspect.

If radical feminism can be written off as something sinister or dismissed as the butt of a joke, none of the difficult questions about the patriarchal structuring of society need to be answered – subsequently, power need not be redistributed, and members of the oppressor classes are saved from any challenging self-reflection. Rendering radical feminism monstrous is a highly effective way of shutting down meaningful political change, of maintaining the status quo. It is, therefore, predictable that the socially conservative right are opposed to radical feminism.

What’s often more difficult to anticipate is the venom directed towards radical feminism thought by the progressive left, which is assumed to support the politics of social justice. For women to achieve that justice, we must be liberated from patriarchy – including the constraints of gender, which is both a cause and consequence of male dominance. Yet, when one considers why that hostility emerged, it becomes sadly predictable.

Two factors enabled the left to legitimise its opposition to radical feminism. Firstly, the way in which liberation politics have been atomised by neoliberalism and replaced by the politics of choice (Walter). Personal choice, not political context, has become the preferred unit of feminist analysis. Therefore, critical analysis of personal choice – as advocated by radical feminism – has become a matter of contention despite its necessity in driving meaningful social change. The second factor is the gradual mainstreaming of a queer approach to gender. Instead of considering gender as a hierarchy to be opposed and abolished, queer politics position it as a form of identity, a part to be performed or subverted. This approach ultimately depoliticises gender, which is far from subversive, disregarding its role in maintaining women’s oppression by men. Feminists who are critical of gender are treated as the enemy, not gender in itself.

As a result, we find ourselves in a context where radical feminism is reviled across the political spectrum. On social media it feels as though radical feminists are just as likely to be abused by self-proclaimed queer feminists as we are men’s rights activists – the main difference between the two groups is that MRAs are honest about the fact they hate women.

Young women in particular are discouraged from taking up the mantle of radical feminism. We have been raised on a diet of hollow buzzwords like ‘choice’ and ‘empowerment’, taught to pursue equality instead of liberation. From the ‘90s onwards, feminism has been presented as a brand accessed through commercialism and slogans instead of a social movement with the objective of dismantling white supremacist capitalist patriarchy (hooks).

guerilla girlaThe third wave of feminism was marketed as a playful alternative to the seriousness of the second wave, which is routinely misrepresented as joyless and dour. Manifestations of women’s oppression, such as the sex industry, were repackaged as harmless choices with the potential to empower (Murphy). If young women are not prepared to accept pole dancing and prostitution as a harmless bit of fun, we risk being tarred by the same boring brush as the second wave; we are denied the label of “cool girl” and all the perks that come with remaining unchallenging to patriarchy. It is no coincidence that “pearl-clutching” and “prude”, accusations commonly directed towards radical feminists, are loaded with ageist misogyny – if radical feminists are presumed to be older women, the logic of patriarchy dictates that radical feminism must be boring and irrelevant. Both the desire for male approval that is drilled into girls from birth and the tacit threat of being associated with older women are used to keep young women from identifying with radical feminism.

Liberal feminism has gained mainstream appeal precisely because it doesn’t threaten the status quo. If the powerful are comfortable with a particular form of feminism – liberal feminism, corporate “lean in” feminism, sex-positive feminism – it is because that feminism presents no challenge to the hierarchies from which their power stems. Such feminism can offer no meaningful social change and is therefore incapable of benefiting any oppressed class.

What are the negative consequences of being openly radical?

The backlash to being openly radical is the least fortunate element of it. I won’t lie: in the beginning, that can be intimidating. With time that fear will fade, if not dissipate. You will stop thinking “I couldn’t possibly say that” and start wondering “why didn’t I say that sooner?” The truth demands to be told, regardless of whether or not it happens to be convenient. Backlash and abuse directed towards radical feminists is a silencing tactic, plain and simple. Whether it comes from the conservative right or queer feminist left, that backlash (Faludi) is a means of silencing dissenting women’s voices. This realisation is freeing, both on a personal and political level. Personally, the good opinion of misogynists is of little value. Politically, it becomes clear that speaking out is an act of resistance. You will simply stop caring.

It takes energy, carrying the hatred people direct towards you – at some point you will realise that you’re not obliged to shoulder that burden and give yourself permission to set it down. Spend that energy on yourself instead. Read a book. Play an instrument. Talk with your mum. Do your nails. Binge-watch The Walking Dead. The time you spend worrying what people say about you, worrying if people like you, is a precious resource that cannot be recovered. Do not give them the gift of your worry – it is exactly what they want. Evict haters from your headspace.

You’re scared of being called a TERF. Let’s be real. That fear of being branded a TERF (trans-exclusionary radical feminist) is why so many feminists are afraid to be openly radical, are increasingly unwilling to acknowledge gender as a hierarchy. And that’s alright to feel that fear – it’s meant to be scary. However, the fear needs to be put into perspective. The first time I was ever called “TERF” was for sharing a petition opposing female genital mutilation on Twitter. And when I pointed out that girls were at risk of FGM precisely because they were born female in patriarchy, that the girls who are cut are often of colour, often living within the global south (Spivak) – not exactly enjoying a wealth of cis privilege – the accusations only continued.

It spreads like wildfire. Because I did not repent for sharing that petition, because I did not condemn other women to save myself in the court of public opinion, it went on. That I am a lesbian (a woman who experiences same-sex attraction, i.e. disinterested in sex involving a penis) has only fanned the flames. My name can now be found on various shit lists and auto-block tools across the internet, which is pretty funny. Sometimes you do just have to laugh – it’s the only way to stay sane.

What’s less amusing is being told that I am dangerous. There is an insidious idea that any feminist who queries or critiques a queer perspective on gender is some sort of menace to society. Women who have devoted their adult lives to ending male violence against women are now described, without a trace of irony, as being violent. On a political level, it’s disturbing that disagreement over the nature of gender is positioned as violence within feminist discourse. There is an undeniably Orwellian quality to those opposing violence being described as violent, a double-speak perfected by queer politics. Framing gender-critical feminists as violent erases the reality that men perpetrate the overwhelming majority of violence against trans people and, in doing so, removes any possibility for men to be held accountable for that violence. Men are not blamed for their deeds, no matter how much harm they cause, whereas women are often brutally targeted for our ideas – in this respect, queer discourse mirrors the standards set by patriarchy.

Radical feminism is commonly treated as being synonymous with or indicative of transphobia, which is deeply misleading. The word transphobia implies a revulsion or disgust that simply is not there in radical feminism. I want all people identifying as trans to be safe from harm, persecution, and discrimination. I want all people identifying as trans to be treated with respect and dignity. And I do not know another radical feminist who would argue for anything less. Although radical and queer perspectives on gender are conflicting, this does not stem from bigotry on the part of the former. Abolishing the hierarchy of gender has always been a key aim of radical feminism, a necessary step in liberating women from our oppression by men.

As is often the case with structural analysis, it is necessary to think in terms of the oppressor class and the oppressed class. Under patriarchy, the male sex is the oppressor and the female sex the oppressed – that oppression is material in basis, reliant on the exploitation of female biology. It is impossible to articulate the means of women’s oppression without acknowledging the role played by biology and considering gender as a hierarchy – deprived of the language to articulate our oppression, language which queer politics deems violent or bigoted, it is impossible for women to resist our oppression. Therein sits the tension.

joan jettUltimately, getting called names on the internet is a cost I am more than willing to pay if it is the price required to oppose violence against women and girls. Were it otherwise, I would be unable to call myself a feminist.

Did I choose to be ‘out’ as radical?

At no point did I make a decision to be publicly radical. Even in its most basic form, my feminism understood that ‘sex positivity’ and porn culture were repackaging women’s exploitation as ‘empowering’, that endless talk about choice only served to obscure the context in which those choices are made. I also recall being puzzled by the words sex and gender being used interchangeably in contemporary discourse – the former is a biological category, the latter is a social construction fabricated to enable the oppression of women by men. Seeing gender treated as an amusing provocation or, worse, something innate in our minds, was deeply disconcerting – after all, if gender is natural or inherent, so too is patriarchy. I was conscious that my views were considered old-fashioned but, although it was slightly isolating, not troubled by the tension between me and what I now know to be liberal feminism.

It was only through finding radical feminist Twitter that I realised plenty of International-Feminism-01contemporary feminists thought with the same framework, that these ideas did not exist solely in books that had been written some twenty years before I was born. I do not say this to disparage the feminism of the 1970s, but rather to point out that there was an almost wishful nostalgia to my conceptualisation of that era and the politics it embodied. The second wave felt impossibly far away – thinking about it was like thinking of a party for which you are already decades too late. It felt like that feminism, of radical ideas and action, was gone. Now I realise that is exactly what young women are conditioned to think in the hope that we will grow complacent and accept our oppression instead of challenging it at the root.

Having grown up and developed my ideas, it now seems unlikely I would have found a place had I been of that context – as lesbian feminists go, I am fairly apolitical with regard to sexuality: I’m still not convinced it is possible to choose to be a lesbian, do not know that I would choose to be a lesbian even if the option had been there (there is an undeniable appeal to being slightly more ‘of’ than Other), and oppose the notion that bisexual women are being half-hearted in their feminist praxis because they will not ‘become’ lesbians. Yet, I would not have found my way into those conversations without radical feminist Twitter.

As my political consciousness was catalysed by radical feminist Twitter, a community that continues to challenge and delight me, it seemed natural to participate in that discourse publicly. I was more concerned about developing my ideas – learning from and, later on, teaching other women – than any potential reaction. Perhaps naïvely, I had not fully considered the convenience of closeting my politics. Being connected to radical feminist discourse, engaging with its ideas and the women behind them, was always the priority. I did not initially consider the possibility of acquiring public profile, and now consider it as a largely unfortunate by-product of my participation in feminist discourse as opposed to something worth maintaining in its own right – perhaps why I do not self-censor for the sake of popularity.

Are there professional consequences for being a radical feminist?

It depends on what you do. Countless radical feminists have been reported to their employers for differentiating between sex and gender. Being openly radical when you work in the women’s sector carries a particular risk. Similarly, women who are academics or hold some form of institutional power are in a delicate position, faced with the dilemma of jeopardising a career or speaking out. I know dozens of radical feminists who achieve more social good for other women by saying nothing explicitly radical whilst doing the most extraordinary, necessary work. None of that work would be possible if those women chose to die on the hill of gender politics. A direct result of that would be other women losing out – from literacy classes to policy on male violence, there would be very real consequences if covertly radical women lost their positions. There are times when staying quiet is the smarter option, particularly in conversations about gender politics, and I will not condemn women who make that tactical decision.

My career is freelance – in this respect, being directly accountable only to myself is useful. That being said, a freelance career is dependent on organisations being willing to commission my writing or workshops. Becoming a pariah is fairly counterproductive in that respect. At points people have contacted (or at least threatened to contact) places where I study, volunteer, and write. Nothing has ever come of it. Why? Their accusations are false. I have nothing to hide about feminism – there is no shameful secret at the heart of my sexual politics. I will only ever say what I believe in, what I can back up with evidence, what a substantial body of feminist theory supports.

Being able to speak with conviction and follow through when questioned is crucial. Those qualities are also what appeal to the people and organisations who hire me. A recurring theme with commissions: at least one person within the organisation has covertly voiced support for my radical feminism. Radical feminism is less of an anathema than we are made to believe.

I am commissioned to produce work that I believe in. Nothing my detractors have said or done changes that fact. To quote Beyoncé, the best revenge is your paper.

How do non-radical feminists react?

Badly. Not always, but often. Some of the most rewarding and thought-provoking engagements are with women who are not radical feminists yet engage in good faith. Unfortunately, those interactions are in the minority.

Abuse from strangers, while it can be frightening, is something to which I have grown habituated. I report it to the relevant authorities and move on. Following the most concentrated period of abuse I have endured, it was not the threats that weighed on my mind, but the responses of queer and liberal feminists. A number openly celebrated my abuse and its consequences. Theirs is the type of feminism that is opposed to racism, misogyny, homophobia, etc. up until the point those prejudices damage someone whose politics do not align with their own. That was disconcerting. Be prepared for those moments. Be prepared to lose false friends, too.

It’s a strange position to be in. If the label TERF has ever been applied to you, it strips away something of your humanity in the eyes of the wider public. You are no longer viewed as a worthy recipient of empathy or even basic human decency. This isn’t surprising, because TERF is often used in conjunction with violent threats and graphic descriptions of abuse. It legitimises violence against women.

TERF functions something like “witch” in The Crucible. Only by condemning other women can you avoid that condemnation yourself. There is a frantic edge behind the panic it spreads. There are plenty of feminists who will be prepared to monster you to save their own reputations. They are not worth your respect, let alone the time it would take to puzzle out their motives.

It is also worth considering the responses of feminists who are not publicly radical. Women routinely tell me that I am saying what they believe, express gratitude that I speak out, tell me that my words resonate. And this is gratifying, yes, but it is also isolating. An almost supernatural courage is projected onto openly radical women, an exceptionalism that is often used by other women to justify their silence. Glosswitch often speaks about this phenomenon, and she is right – it would be far more rewarding if the women who offer private support would publicly claim their own radical politics instead, provided they are in a position to do so.


 

Bibliography

bell hooks. (2004). The Will to Change: Men, Masculinity, and Love

Susan Faludi. (1991). Backlash: The Undeclared War Against American Women

Feminist Current

Miranda Kiraly  & Meagan Tyler (eds.). (2015). Freedom Fallacy: The Limits of Liberal Feminism

Gayatri Spivak. (1987). In Other Worlds: Essays in Cultural Politics

Natasha Walter. (2010). Living Dolls: The Return of Sexism

Hibo Wardere. (2016). Cut: One Woman’s Fight Against FGM in Britain Today

 

 

 

Le problème qui n’a pas de nom… parce que le mot « femme » est qualifié d’essentialiste

The Problem That Has No Name because ‘Woman’ is too Essentialist is now available in French! Many thanks to TradFem for the translation.


Voici le troisième de ma série d’essais sur le sexe et le genre. Les deux premiers : 1 (Le sexe, le genre et le nouvel essentialisme) et 2 (Lezbehonest (Parlons franchement) à propos de l’effacement des femmes lesbiennes par la polique queer) sont également affichés sur TRADFEM.

Inspirée par la prise de position de l’autrice Chimamanda Ngozi Adichie sur l’identité de genre et par la réaction qu’elle a suscitée, je parle ici du langage dans le discours féministe et de l’importance du mot femme.


 « Y a-t-il une façon plus courte et non essentialiste de parler de « personnes qui ont un utérus et tous ces trucs »? », a demandé sur le réseau Twitter la journaliste Laurie Penny. À plusieurs égards, la quête de Penny pour trouver un terme décrivant les personnes biologiquement femmes sans jamais utiliser le mot femme décrit le principal défi posé au langage féministe actuel. La tension entre les femmes qui reconnaissent et celles qui effacent le rôle que joue la biologie dans l’analyse structurelle de notre oppression s’est transformée en ligne de faille (MacKay, 2015) au sein du mouvement féministe. Des contradictions surviennent lorsque des féministes tentent simultanément de voir comment la biologie des femmes façonne notre oppression en régime patriarcal et de nier que notre oppression possède une base matérielle. Il existe des points où l’analyse structurelle rigoureuse et le principe de l’inclusivité absolue coexistent difficilement.

Au cours de la même semaine, Dame Jeni Murray, qui anime depuis 40 ans l’émission radio de la BBC « Woman’s Hour », a été prise à parti par des trans pour avoir posé la question suivante : « Est-ce que quelqu’un qui a vécu en tant qu’homme, avec tous les privilèges que cela implique, peut réellement revendiquer la condition féminine? » Dans un article rédigé pour le Sunday Times, Murray a réfléchi au rôle de la socialisation genrée reçue au cours des années de formation dans le façonnement des comportements ultérieurs, en contestant l’idée qu’il est possible de divorcer le moi physique du contexte sociopolitique. De façon semblable, la romancière Chimamanda Ngozi Adichie est présentement mise au pilori pour ses propres commentaires sur l’identité de genre.

Lorsqu’on lui a demandé « La façon dont vous en êtes venue à la condition féminine a-t-elle de l’importance? », Adichie a fait ce que peu de féministes sont actuellement disposées à faire en raison du caractère extrême du débat entourant le genre. Elle a répondu sans détour et publiquement :

« Alors, quand des gens soulèvent la question « est-ce que les transfemmes sont des femmes? », mon sentiment est que les transfemmes sont des transfemmes. Je pense que si vous avez vécu dans le monde en tant qu’homme, avec les privilèges que le monde accorde aux hommes, et que vous changez ensuite de sexe, il est difficile pour moi d’accepter que nous puissions alors comparer vos expériences avec les expériences d’une femme qui a toujours vécu dans le monde en tant que femme, qui ne s’est pas vu accorder ces privilèges dont disposent les hommes. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose d’amalgamer tout cela. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose de parler des enjeux des femmes comme étant exactement identiques aux enjeux des transfemmes. Ce que je dis, c’est que le genre ne relève pas de la biologie, le genre relève de la sociologie. »

Au tribunal de l’opinion queer, le crime d’Adichie a été de différencier, dans sa description de la condition féminine, les personnes qui sont biologiquement des femmes, et élevées en tant que telles, de celles qui passent du statut masculin au statut féminin (et qui étaient, à toutes fins utiles, traitées comme des hommes avant leur transition). Dans le discours queer, les préfixes de « cis » et de « trans » sont conçus pour tracer précisément cette distinction, mais ce n’est que lorsque des femmes féministes précisent et explorent ces différences que leur reconnaissance suscite la colère.

La déclaration d’Adichie est parfaitement logique: il est ridicule d’imaginer que les personnes socialisées et perçues comme femmes au cours de leurs années de formation ont vécu les mêmes expériences que les personnes socialisées et perçues comme hommes. La société patriarcale dépend de l’imposition du genre comme façon de subordonner les femmes et d’accorder la domination aux hommes. Amalgamer les expériences des femmes avec celle des transfemmes a pour effet d’effacer le privilège masculin que détenaient les transfemmes avant leur transition et de nier l’héritage des comportements masculins appris. Cela nie la signification réelle du moyen d’accès à la condition féminine pour façonner cette expérience. Cela nie ces deux ensembles de vérités.

Le site web Everyday Feminism a publié une liste de sept arguments visant à prouver que les transfemmes n’ont jamais détenu de privilège masculin. Cet essai aurait peut-être été plus efficace pour préconiser la solidarité féministe s’il n’avait pas, dès la première phrase, adressé une attaque misogyne et âgiste envers les féministes de la deuxième vague. Dans cet article, Kai Cheng Thom soutient que «[…] si les transfemmes sont des femmes, cela signifie que nous ne pouvons pas bénéficier du privilège masculin – parce que le privilège masculin est par définition une chose que seuls peuvent vivre les hommes et les personnes qui s’identifient comme hommes. »

Voici le nœud de la question – la tension qui existe entre la réalité matérielle et l’auto-identification comme facteurs de définition de la condition féminine. Si la transféminité est synonyme de la condition féminine, les caractéristiques de l’oppression des femmes cessent d’être reconnaissables comme expériences de femmes. Le genre ne peut pas être catégorisé comme un mode d’oppression socialement construit s’il doit aussi être considéré comme une identité innée. Cette lecture efface le lien entre le sexe biologique et la fonction première du genre : l’oppression des femmes au profit des hommes. Comme l’a dit Adichie, cet amalgame est au mieux inutile. Si nous ne pouvons pas reconnaître les privilèges dont disposent les êtres reconnus et traités comme masculins sur leurs homologues féminins, nous cessons de pouvoir reconnaître l’existence du patriarcat.

La biologie n’est pas le destin. Cependant, au sein de la société patriarcale, elle détermine les rôles assignés aux filles et aux garçons à la naissance. Et il existe une différence cruciale dans la façon dont les êtres biologiquement masculins et biologiquement féminins sont positionnés par les structures dominantes de pouvoir, indépendamment de l’identité de genre.

« Les filles sont socialisées de façons nuisibles à leur sentiment de soi, socialisées à s’enlever de l’importance, à se plier aux égos masculins, à penser à leurs corps comme des sites de honte. Arrivées à l’âge adulte, beaucoup de femmes luttent pour surmonter, pour désapprendre une bonne part de ce conditionnement social. Les transfemmes sont des personnes nées hommes et des personnes qui, avant leur transition, ont été traitées en tant qu’hommes par le monde. Ce qui signifie qu’elles ont vécu les privilèges que le monde accorde aux hommes. Cela n’élude pas la douleur de la confusion de genre ou les aspects complexes et pénibles de leur sentiment d’avoir vécu dans des corps qui n’étaient pas les leurs. En effet, la vérité sur le privilège sociétal est qu’il ne concerne pas la façon dont vous vous sentez. Il concerne la façon dont le monde vous traite, les influences subtiles et pas si subtiles que vous intériorisez et absorbez. » –Chimamanda Ngozi Adichie

Si les femmes ne peuvent plus être identifiées comme membres d’une classe de sexe à des fins politiques, l’oppression des femmes ne peut plus être directement abordée ou contestée. En conséquence, les objectifs féministes se trouvent sapés par la politique queer.

La linguiste Deborah Cameron a identifié une nouvelle tendance actuelle, celle de l’« étonnante femme en voie d’invisibilisation ». Elle met en évidence le modèle d’effacement des réalités vécues par les femmes, y compris leur oppression, par un langage neutre à l’égard du genre. Mais alors que la féminité est sans cesse déconstruite dans le discours queer, la catégorie de la virilité demeure, elle, à l’abri de toute contestation.

Ce n’est pas un hasard si la masculinité reste incontestée, même au moment où le mot femme est traité comme offensant et « excluant ». L’homme est présenté comme norme de l’humanité, et la femme comme autre-que-l’homme. En réduisant les femmes à des « non-hommes », comme a tenté de le faire le Parti Vert britannique, en réduisant les femmes à des « personnes enceintes », comme conseille de le faire la British Medical Association, le discours queer perpétue la définition de la femme comme autre. L’idéologie queer pousse les conventions patriarcales à leur conclusion logique en repoussant littéralement les femmes hors du vocabulaire et donc de l’existence.

Définir la classe opprimée en fonction de l’oppresseur, nier aux opprimées le vocabulaire pour parler de la façon dont elles sont marginalisées, ne contribue qu’à ratifier la hiérarchie du genre. Bien que ces changements linguistiques semblent à première vue inclusifs, ils ont pour conséquence imprévue de perpétuer la misogynie.

« Supprimer le mot femme et les termes biologiques de tout échange concernant la condition féminine corporelle semble dangereux, écrit la chroniqueuse Vonny Moyes. Refuser de reconnaître l’anatomie des femmes, leurs capacités reproductives et leur sexualité a longtemps été le fait du patriarcat. Il semble que nous ayons bénéficié de quelques décennies dorées de reconnaissance, et que nous avons pu afficher fièrement notre expérience vécue de la condition féminine corporelle, mais nous devons maintenant abdiquer ce vocabulaire au nom du reste du groupe. Même si la logique semble être aux commandes, il est difficile de ne pas ressentir l’effacement de cet aspect de la condition féminine, avec de troublants échos du patriarcat traditionnel. »

Aborder les questions du sexe biologique et de la socialisation genrée est devenu de plus en plus controversé; les adeptes les plus extrêmes de l’idéologie queer qualifient ces deux thèmes de mythes TERF (un qualificatif péjoratif signifiant « féministe radicale excluant les trans ». On souhaiterait bien un caractère mythique au lien entre la biologie des femmes et notre oppression, ou aux conséquences de la socialisation genrée. Dans un tel scénario, celles qui possèdent un corps féminin, les femmes, pourraient simplement échapper par auto-identification à l’oppression structurelle, et choisir de faire partie de n’importe quel autre groupe qu’une classe opprimée. Mais il est manifeste que l’exploitation de la biologie féminine et la socialisation genrée jouent toutes deux un rôle central dans la création et le maintien de l’oppression des femmes par les hommes.

La politique queer reconfigure l’oppression des femmes comme une position de privilège inhérent, tout en nous privant simultanément du langage requis pour analyser cette même oppression et y résister. Le thème de l’identité de genre laisse les féministes déchirées par une sorte de dilemme : soit accepter que d’être marginalisées en raison de notre sexe constitue un privilège « cis », soit protester et risquer d’être stigmatisée comme TERF. Il n’y a pas de place pour les voix dissidentes dans cette conversation – pas si ces voix sont celles de femmes. À cet égard, il y a très peu de différence entre les normes établies par le discours queer et celles qui régissent les règles patriarcales.

Le mot femme est important. Avoir un nom confère du pouvoir. Comme l’observe Patricia Hill Collins (2000), l’autodéfinition est un élément clé de la résistance politique. Si la condition féminine ne peut être articulée positivement, si elle n’est comprise que comme l’envers négatif de la virilité, les femmes sont maintenues dans la position d’objet. Ce n’est qu’en considérant les femmes comme le sujet – en tant qu’êtres humains auto-actualisés ayant droit à l’autodétermination – que la libération devient possible.

« La force du mot « femme » est qu’il peut être utilisé pour affirmer notre humanité, notre dignité et notre valeur, sans nier notre féminité incarnée ou la traiter comme une source de honte. Ce mot ne nous réduit pas à des ventres ambulants, ni ne nous dé-genre ou dématérialise. C’est pourquoi il est important pour les féministes de continuer à l’utiliser. Un mouvement dont le but est de libérer les femmes ne devrait pas traiter le mot « femme » comme obscène. » (Deborah Cameron)

Sans une utilisation fière et explicite du mot femme, la politique féministe manque de l’ampleur nécessaire pour organiser toute résistance réelle à la subordination des femmes. On ne peut pas libérer une classe de personnes qui ne peuvent même pas être nommées. La condition féminine est dévaluée par ces insidieuses tentatives de la rendre invisible. Si les femmes ne se jugent pas à la hauteur du malaise créé par le fait de nous nommer directement, précisément, nous ne pouvons guère prétendre valoir la peine des difficultés que la libération doit susciter.

Toute éventuelle infraction causée par une référence sans équivoque au corps féminin est peu de chose en comparaison des violences et de l’exploitation de nos corps féminins en régime patriarcal. Comme le dit Chimamanda Ngozi Adichie: « « Parce que tu es une fille » ne constitue jamais une justification de quoi que ce soit. Jamais. »


Bibliographie 

Chimamanda Ngozi Adichie. (2014). We Should All Be Feminists

Chimamanda Ngozi Adichie. (2017). Dear Ijeawele, or A Feminist Manifesto in Fifteen Suggestions

Kat Banyard. (2010). The Equality Illusion: The Truth about Women and Men Today

Deborah Cameron. (2007). The Myth of Mars and Venus: Do Men and Women Really Speak Different Languages?

Patricia Hill Collins. (2000). Black Feminist Thought: Knowledge, Consciousness and the Politics of Empowerment (Second Edition)

Finn MacKay. (2015). Radical Feminism: Feminist Activism in Movement

Natasha Walter. (2010). Living Dolls: The Return of Sexism


 

Translation originally posted here.

Original text initially posted here.

The Problem That Has No Name because “Woman” is too Essentialist

This is the third in my series of essays on sex and gender (see parts 1 & 2). Inspired by Chimamanda Ngozi Adichie’s comments on gender identity and the subsequent response, I have written about language within feminist discourse and the significance of the word woman.

Update (17/03.17): this essay is now available in French.


 

Screenshot_20170315-144208“…what’s a shorter non-essentialist way to refer to ‘people who have a uterus and all that stuff’?” In many ways, Laurie Penny’s quest to find a term describing biologically female people without ever actually using the word woman typifies the greatest challenge within ongoing feminist discourse. The tension between women acknowledging and erasing the role of biology in structural analysis of our oppression has developed into a fault line (MacKay, 2015) within the feminist movement. Contradictions arise when feminists simultaneously attempt to address how women’s biology shapes our oppression under patriarchal society whilst denying that our oppression is material in basis. At points, rigorous structural analysis and inclusivity make uneasy bedfellows.

That same week Dame Jeni Murray, who has hosted BBC Woman’s Hour for forty years, faced criticism for asking “Can someone who has lived as a man, with all the privilege that entails, really lay claim to womanhood?” Writing for the Sunday Times, Murray reflected upon the role of gendered socialisation received during formative years in shaping subsequent behaviour, challenging the notion that it is possible to divorce the physical self from socio-political context. Similarly, the novelist Chimamanda Ngozi Adichie came under fire for her comments on gender identity.

When asked “does it matter how you arrived at being a woman?” Adichie did what few feminists are presently prepared to do because of the extremity within debate surrounding gender. She gave a candid public response:

“So when people talk about ‘are transwomen women?’, my feeling is transwomen are transwomen. I think if you’ve lived in the world as a man, with the privileges the world accords to men, and then switch gender – it’s difficult for me to accept that then we can equate your experiences with the experiences of a woman who has lived from the beginning in the world as a woman, who has not been accorded those privileges that men are. I don’t think it’s a good thing to conflate everything into one. I don’t think it’s a good thing to talk about women’s issues being exactly the same as the issues of transwomen. What I’m saying is that gender is not biology, gender is sociology.”

In the court of queer opinion, Adichie’s crime was to differentiate between those who are biologically female and raised as such, and those who transition from male to female (and were, for all intents and purposes, treated as male before undergoing transition), in her description of womanhood.  Within queer discourse the prefixes of ‘cis’ and ‘trans’ are designed to draw precisely that distinction, yet it is only when feminist women articulate and explore those differences that their acknowledgement becomes a source of ire.

Adichie’s statement is perfectly logical: it is ludicrous to imagine that those socialised and Chimamanda-Ngozi-Adichie_photo1read as female during their formative years have the same experiences as those socialised and read as male. Patriarchal society depends upon the imposition of gender as a means of subordinating women and granting men dominance. Conflating the experiences of women and transwomen erases the male privilege that transwomen held prior to transition and negates the legacy of learned male behaviour. It denies the true significance of how one arrives at womanhood in shaping that experience of womanhood. It denies both sets of truths.

Everyday Feminism published a piece outlining seven points that prove transwomen never held male privilege, a piece which would perhaps have been more effective in advocating feminist solidarity if it didn’t direct ageist misogyny towards second wave feminists in the opening line. Within this article, Kai Cheng Thom argues that “…if [transwomen] are women, that means we cannot receive male privilege – because male privilege is by definition something that only men and masculine-identified people can experience.”

Here is crux of the matter – the tension that exists between material reality and self-identification in shaping definitions of womanhood. If transwomanhood is synonymous with womanhood, the hallmarks of women’s oppression cease to recognisable as women’s experiences. Gender cannot be categorised as a socially constructed means of oppression if it is also to be considered as an innate identity. The connection between biological sex and the primary function of gender – oppressing women for the benefit of men – is erased. As Adichie stated, this conflation is at best unhelpful. If we cannot acknowledge the privileges those recognised and treated as male hold over their female counterparts, we cannot acknowledge the existence of patriarchy.

Biology is not destiny. However, within patriarchal society, it determines the roles ascribed to girls and boys at birth. And there is a fundamental difference in how those biologically male and biologically female are positioned by dominant structures of power, irrespective of gender identity.

“Girls are socialized in ways that are harmful to their sense of self – to reduce themselves, to cater to the egos of men, to think of their bodies as repositories of shame. As adult women, many struggle to overcome, to unlearn, much of that social conditioning. A trans woman is a person born male and a person who, before transitioning, was treated as male by the world. Which means that they experienced the privileges that the world accords men. This does not dismiss the pain of gender confusion or the difficult complexities of how they felt living in bodies not their own. Because the truth about societal privilege is that it isn’t about how you feel. It is about how the world treats you, about the subtle and not so subtle things that you internalize and absorb.”Chimamanda Ngozi Adichie

If women can no longer be identified as members of a sex class for political purposes, women’s oppression cannot be directly addressed or challenged. Subsequently, feminist objectives are undermined by queer politics.

Linguist Deborah Cameron has identified the trend of “the amazing disappearing woman”, highlighting the pattern of women’s lived realities and oppression being rendered invisible by gender-neutral language. Whereas womanhood is relentlessly deconstructed within queer discourse, the category of manhood is yet to be disputed.

no womenIt is not an accident that masculinity remains uncontested even as the word woman is treated as offensive, exclusionary. Man is positioned as the normative standard of humanity, woman as other-to-man. In reducing women to “non-men”, as the Green Party attempted to,  in reducing women to “pregnant people”, as the British Medical Association advised, queer discourse perpetuates the framing of woman as other. Queer ideology takes patriarchal conventions to their logical conclusion by quite literally writing women out of existence.

Defining the oppressed class in relation to the oppressor, denying the oppressed the language to speak of how they are marginalised, only serves to ratify the hierarchy of gender. Though such linguistic shifts appear inclusive at first glance, they have the unforeseen consequence of perpetuating misogyny.

“Removing the word women and biological language from discussions of female bodily reality seems dangerous. Refusing to acknowledge the female anatomy, reproductive capabilities and sexuality has long been the work of the patriarchy. It seems we had a few golden decades of acknowledgement, and could wear our lived experience of bodily womanhood proudly – but now we have to drop that language in favour of the group. Even with logic in the driver’s seat, it’s hard not to feel this particular aspect of womanhood is being erased with uncomfortable echoes of patriarchy past.”Vonny Moyes

Addressing the issues of biological sex and gendered socialisation have become increasingly controversial, with more extreme elements of queer ideology positioning both subjects as TERF “myth”. It would be easy to wish the connection between women’s biology and our oppression, the consequences of gendered socialisation, were myths. In such a scenario, those in possession of a female body – women – could simply identify our way out of structural oppression, choose to be part of any group other than an oppressed class. Yet exploitation of female biology and gendered socialisation both play a pivotal role in establishing and maintaining the oppression of women by men.

Queer politics repackages women’s oppression as a position of inherent privilege whilst simultaneously depriving us of the language required to address and oppose that very oppression. The issue of gender identity leaves feminists in something of a double-bind: either accept that being marginalised on account of your sex is cis privilege or speak up and risk being branded a TERF. There is no space for dissenting voices in this conversation – not if those voices belong to women. In this respect, there is very little difference between the standards set by queer discourse and those governing patriarchal norms.

The word woman is important. With a name comes power. As Patricia Hill Collins observes (2000), self-definition is a key component of political resistance. If womanhood cannot be positively articulated, if womanhood is understood only as a negative of manhood, women are held in the position of object. It is only through considering women as the subject – as self-actualised human beings with the right to self-determination – that liberation becomes possible.

“The strength of the word ‘woman’ is that it can be used to affirm our humanity, dignity and worth, without denying our embodied femaleness or treating it as a source of shame. It neither reduces us to walking wombs, nor de-sexes and disembodies us. That’s why it’s important for feminists to go on using it. A movement whose aim is to liberate women should not treat ‘woman’ as a dirty word.”Deborah Cameron

Without proud and open use of word woman, feminist politics lack the scope to mount anyradfem-symbol real resistance to women’s subordination. You cannot liberate a class of people that may not even be named. Womanhood is devalued by these insidious attempts to render it invisible. If women do not consider ourselves worth the inconvenience caused by naming us directly, specifically, we can hardly argue that we are worth the difficulties that liberation must bring.

Any potential offence caused by referring unequivocally to the female body is minor compared to the abuse and exploitation of our female bodies under patriarchy. As Chimamanda Ngozi Adichie says, “‘Because you are a girl’ is never a reason for anything. Ever.”


Bibliography

Chimamanda Ngozi Adichie. (2014). We Should All Be Feminists

Chimamanda Ngozi Adichie. (2017). Dear Ijeawele, or A Feminist Manifesto in Fifteen Suggestions

Kat Banyard. (2010). The Equality Illusion: The Truth about Women and Men Today

Deborah Cameron. (2007). The Myth of Mars and Venus: Do Men and Women Really Speak Different Languages?

Patricia Hill Collins. (2000). Black Feminist Thought: Knowledge, Consciousness and the Politics of Empowerment (Second Edition)

Finn MacKay. (2015). Radical Feminism: Feminist Activism in Movement

Natasha Walter. (2010). Living Dolls: The Return of Sexism

Feminism is the Future: a Black Feminist’s Advice to Young Women

Happy International Women’s Day!


 

When asked if she ever intended to pass her feminist torch, Gloria Steinem responded that she would instead use it to light a thousand other torches. And that’s the most beautiful expression of what feminism, as a social movement, is all about. I cannot claim to have amassed a great deal of wisdom in twenty four years of life – perhaps at forty eight I will look back and laugh at the audacity of suggesting I have any wisdom at all at this point – but what there is I want to share. So I am writing down all the things I wish I had known when I was younger, putting together pieces of knowledge that would have been handy earlier in life, in the hope that young feminists will find them illuminating. In sharing what keeps my own feminism burning bright no matter how hard the world tries to extinguish my belief in this movement, I hope to light a few more feminist torches.

Support Other Women

The first and most important lesson worth learning: the love and support of other women is the most powerful, sustaining force on earth. Women’s bravery and compassion is an infinite source of inspiration. The women in your life will hold you together through the worst of times and lift you even higher at the best of times. Prioritising women is the most rewarding decision you will ever make. Unpick the threads of internalised misogyny that keep you from thinking other women are worth your time and attention. Loving women is a powerful act of resistance and, as Alice Walker wrote, “resistance is the secret of joy!” Support women whose struggles are different to your own, support women who hold less structural power than you do. The positive energy that you direct towards other women will be returned to you tenfold.

steinem hale

Sisterhood is powerful – there’s a lot of truth contained in those three words, truth with the magnitude to rock the entire world, which reason it gets sneered at and belittled so often. To realise the power of sisterhood is to realise that you don’t have to squash yourself inside the narrow confines of what patriarchy tells us women can be, how women should live our lives. Connecting with other women, loving other women – it creates a world of possibilities. It opens the door to a feminist future and, in the here and now, will bring you a richer and happier life.

Be Open to Learning

Never close your mind to new ideas, other perspectives. Like Audre Lorde said, “I am notaudre-lorde-2 free while any woman is unfree, even when her shackles are very different from my own.”  There are times when the boldest and most radical thing you can do it stop talking and start listening. Really listening, with focus and curiosity. Learn about women whose lives are different to your own. Try to see the world through their eyes – let that empathy inform your own views, change your behaviour. Do not project yourself onto their stories, but rather treat the parallels between your struggles as a means of connection – a way to bridge difference.

Nobody starts off perfect. Nobody ends up perfect, either – there is no such thing as a perfect feminist. But I’d trust a woman who genuinely tries to improve and grow over a woman who wants to be a perfect feminist on any day of the week. When you get it wrong, admit you are wrong and learn from it. When you get it right, try to bring other women with you to that point of understanding. Think of every woman you have ever learned from, the relief that came from being taught without judgement, and try to do the same for other women. This is how we create feminist consciousness. This is how we create social change.

Use Your Voice

Nobody else is ever going to express exactly what you are thinking in exactly the way you would say it. Your perspective is distinct. Your way of articulating that perspective is unique. Sharing ideas has always been a key element of the feminist movement.

“When a woman tells the truth she is creating the possibility for more truth around her.”Adrienne Rich

There are lots of different ways to use your voice – in fact, there have never been more – so find one that fits. Pamphleteering and public speaking both were crucial to the suffrage movement. Feminist tracts of the second wave offered blueprints for women’s liberation, with magazines and newsletters creating alternative media content and bringing women into feminist discourse. The DIY spirit of the third wave added zines to the mix, built upon the tradition of using creation as resistance with music and art. Throughout history women have found power through voice. Not the hollow, commercialised empowerment of a new lipstick, but real and lasting power. Self-expression and communication are tools of survival.

circuitfeminism_dqh8xpSome have speculated that we are now living through the fourth wave of feminism, and they might be right. Technological advancements have propelled us into a digital era, making it possible to engage with and learn from women around the world. That information grows ever more accessible, that plural perspectives become all the more visible, brings a change for the better. New media has also shifted the pattern of who gets heard, whose voice is accepted as part of public discourse. Women of colour in particular benefit from the absence of traditional gatekeeping online, using social media and digital tools to build platforms for ourselves.

Whether you vlog or blog, create zines or political art, start a podcast or a petition – or even do all of these things, if you have the energy of Wonder Woman – your message is worth sharing.

Practice Self-Care.

It doesn’t have to be elaborate or expensive. Spend an afternoon at the library. Walk beside the river or the sea. Bake a delicious cake. Make time to talk with a friend. The mainself-care thing is that you look after yourself. Prioritise what you enjoy, activities that nourish you. The more involved with feminist politics you become, the more draining it has the potential to become – after all, you are living your politics and carrying that political struggle with you every day. Making space for yourself is not only valid, but good.

Since trolling and online harassment are endemic, it is important to remember: nobody is entitled to your time or attention. Block, mute, ignore – you are in no way obliged to respond, least of all to men whose main kick in life comes from going on the internet with the objective of wasting women’s time.

Also, don’t spread yourself too thinly within the feminist movement. You don’t have to run yourself ragged for your contributions to the feminist movement to be legitimate. You can say no to a project, turn down a campaign, stay home instead of protesting. Nobody is going to revoke your feminist card, and if they try then shut down the guilt trip by pointing out that exploitative practice is not inherently feminist. No is a complete sentence. Assert your boundaries and do not spend more emotional labour or physical energy than you feel able to give.

Use Your Privilege to Help Others

Instead of gratuitous apologies for privilege, make good use of it and ustilise that power to help those without it. Holding privilege in one area, i.e. being white, does not mean that you are not marginalised in others, i.e. being working-class. Our lives are not static, but dynamic, and so there will often be ways in which we can use a position of belonging within a dominant group to assist others regardless of how little social power we actually hold overall.

posterRebecca Bunce has a wonderful way of putting it: “As a feminist, look around the room and ask yourself ‘who isn’t here?’ Then ask what would it take to get that person here?” Never accept exclusion as the product of normality. Marginalisation is not a neutral act or process. By observing and challenging it, you have the power to prevent other people and their political struggles from being neglected.

Being an ally isn’t about getting praise for helping out. It’s about bringing people whose struggles are different to your own from the side-lines and into the centre of a situation, enabling them to engage fully. It is actually the most rewarding part of being a feminist, because – when done right – it creates a powerful bond of solidarity. Those connections demonstrate the potential for a better future, ways of life radically different to dynamics shaped by patriarchy – approaching difference creatively brings us the best of what feminism has to offer.


Bibliography

Findlen, Barbara (ed). (2001). Listen Up: Voices From the Next Feminist Generation

hooks, bell. (1984). Feminist Theory: From Margin to Centre

Walker, Alice. (1992). Possessing the Secret of Joy

Zaslow, Emilie. (2009). Feminism, Inc.: Coming of Age in Girl Power Media Culture

Lezbehonest (Parlons franchement) à propos de l’effacement des femmes lesbiennes par la politique queer

Lezbehonest about Queer Politics Erasing Lesbian Women is now available in French! Many thanks to TradFem for the translation.


Ce texte est le deuxième d’une série d’essais sur le sexe, le genre et la sexualité. Le premier, intitulé « Le sexe, le genre et le nouvel essentialisme », est disponible ici. J’ai écrit au sujet de l’effacement des lesbiennes parce que je refuse d’être rendue invisible. En élevant la voix en dissidence, je cherche à offrir à la fois un certain degré de reconnaissance à d’autres femmes lesbiennes et une résistance active à tout cadre d’analyse politique, hétéro ou queer, affirmant que les lesbiennes sont une espèce en voie d’extinction. Si les femmes qui aiment les autres femmes et qui leur accordent la priorité constituent une menace pour votre politique, je peux vous garantir que vous faites partie du problème et non de la solution.

Ce texte est dédié à SJ, qui me rend fière d’être lesbienne. Ta bonté illumine mon monde.


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« Lesbienne » est à nouveau une catégorie contestée. La définition la plus littérale de la lesbienne – une femme homosexuelle – est sujette à une nouvelle controverse. Cette lesbophobie ne provient pas des conservateurs sociaux, mais se manifeste au sein de la communauté LGBT+, où les femmes lesbiennes sont de plus en plus diabolisées comme intolérantes ou rejetées comme une blague éculée en raison de notre sexualité.

Dans le contexte postmoderne de la politique queer, les femmes dont l’attraction s’adresse strictement au même sexe sont présentées comme un archaïsme. Sans surprise, les désirs des hommes gais ne sont pas policés avec une fraction de la même rigueur : dans un contexte queer, les hommes sont encouragés à prioriser leur propre plaisir, alors que les femmes continuent à subir l’attente que nous accommodions les autres. Loin de subvertir les attentes patriarcales, la politique queer répète ces normes en perpétuant les rôles normatifs du genre. Ce n’est pas une coïncidence que les femmes lesbiennes essuient la plus grande part de l’hostilité queer.

En même temps que la généralisation du fascisme et la normalisation de la suprématie blanche, ces dernières années ont donné voie à une avalanche de sentiment anti-lesbien. Des interventions médiatiques hypothétiquement adressées aux lesbiennes et écrites par elles nous informent que nous sommes une espèce en voie d’extinction. Des ressources féministes se demandent si nous avons même besoin du mot lesbiennes, des textes d’opinion affirment que la culture lesbienne est éteinte, d’autres lancent à la légère que le mot lesbienne « ressemble à une maladie rare », et certains commentaires vont jusqu’à soutenir que la sexualité lesbienne est une relique du passé dans notre meilleur des mondes sexuellement fluide : tous ces écrits positionnent délibérément la sexualité lesbienne comme démodée. Ils encouragent activement le rejet de l’identité lesbienne en confirmant l’impression que la lectrice se verra comme quelqu’un de moderne et de progressiste si elle est prête à rejeter cette identification. Tout comme le patriarcat récompense la « fille cool » pour s’écarter des idéaux féministes, la politique queer récompense la lesbienne qui s’associe à n’importe quelle autre étiquette.

Décourager les lesbiennes de s’identifier comme telles, de revendiquer la culture et la politique d’opposition qui sont notre héritage, est une stratégie efficace. Heather Hogan, rédactrice en chef de la publication prétendument lesbienne Autostraddle, a récemment pris d’assaut le réseau Twitter et comparé toute résistance anti-lesbophobie à une politique néonazie. Hogan se décrit elle-même comme lesbienne, mais qualifie les perspectives féministes lesbiennes d’intrinsèquement intolérantes.

Des internautes activistes queer ont mené, en Grande-Bretagne, une campagne d’intimidation de la Working Class Movement Library, sous prétexte que celle-ci avait invité la féministe lesbienne Julie Bindel à prendre la parole durant le mois d’Histoire du mouvement LGBT. Ils et elles ont inondé la page Facebook de cet événement de messages agressifs et harcelants qui ont été jusqu’à des menaces de mort. Le fait que l’analyse féministe de Bindel considère le genre comme un rapport hiérarchique est suffisant pour qu’on la qualifie de « dangereuse ». La nouvelle Bibliothèque des Femmes de Vancouver a également été l’objet d’une campagne d’intimidation menée par des militant-e-s queer, qui ont exigé que les responsables suppriment certains textes féministes de leurs étagères au motif que ceux-ci « préconisent le préjudice » : la majorité des livres jugés répréhensibles sont l’œuvre de féministes lesbiennes telles qu’Adrienne Rich, Ti-Grace Atkinson et Sheila Jeffreys. Il n’est pas nécessaire d’être d’accord avec tous les arguments avancés par les théoriciennes féministes lesbiennes pour constater que l’effacement délibéré des perspectives féministes lesbiennes est un acte de lâcheté intellectuelle enracinée dans de la misogynie.

La sexualité, la culture et le féminisme des lesbiennes sont tous l’objet d’une opposition nourrie issue de la politique queer. Le projet de rendre les lesbiennes invisibles – une tactique classique du patriarcat – est justifié par les queer au nom du principe que la sexualité et la praxis des lesbiennes ont un caractère exclusif, et que cette exclusion équivaut à de l’intolérance (en particulier envers les hommes et les femmes transgenres).

LE LESBIANISME A-T-IL UN CARACTÈRE EXCLUSIF?

Oui. Toute sexualité a, par définition, un caractère exclusif, étant façonnée par un ensemble particulier de caractéristiques qui définissent les paramètres de la capacité d’une personne à éprouver une attraction physique et mentale. Cela n’a en soi rien d’intrinsèquement intolérant. L’attraction est physique, ancrée dans une réalité matérielle. Le désir se manifeste ou non. Mais la sexualité des lesbiennes est et a toujours été sujette à des attaques, du fait que les femmes vivant une existence lesbienne ne consacrent pas aux hommes de travail affectif, sexuel ou reproductif, toutes choses exigées par les normes patriarcales.

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Une lesbienne est une femme qui est attirée et intéressée par d’autres femmes, à l’exclusion des hommes. Que les frontières sexuelles des lesbiennes fassent l’objet d’une régulation aussi vigoureuse résulte d’une misogynie concentrée, que vient aggraver l’homophobie. Des femmes désirant d’autres femmes, à l’exclusion des hommes; des femmes consacrant notre temps et notre énergie à d’autres femmes, à l’exclusion des hommes; des femmes construisant notre vie autour d’autres femmes, à l’exclusion des hommes; c’est de ces façons que l’amour lesbien représente un défi fondamental pour le statu quo. Notre existence même contredit l’essentialisme traditionnellement utilisé pour justifier la hiérarchie du genre – « il est naturel » que devenir subordonnée à un homme soit tout simplement le lot de la femme dans la vie. La vie lesbienne est intrinsèquement oppositionnelle. Elle crée de l’espace pour des possibilités radicales, auxquelles résistent aussi bien les éléments conservateurs que libéraux.

Ces jours-ci, la sexualité des lesbiennes est contestée par le discours queer parce qu’elle est une reconnaissance directe et positive de la condition biologique de femme. Arielle Scarcella, qui gère un blog vidéo renommé, a été attaquée pour avoir affirmé qu’en tant que femme lesbienne, elle « aimait les seins et les vulves, et non les pénis ». Son attirance pour le corps féminin a été dénoncée comme « transphobe ». Le fait que le désir lesbien provient de l’attirance pour le corps féminin est critiqué comme essentialisme, car il est seulement déclenché par la présence de caractéristiques féminines de sexe primaires et secondaires. Comme le désir des lesbiennes ne s’étend pas aux transfemmes, il est « problématique » dans le cadre d’une lecture queer de la relation entre le sexe, le genre et la sexualité.

Au lieu d’accepter les frontières sexuelles des femmes lesbiennes, l’idéologie queer situe ces frontières comme un problème à surmonter. L’éditorialiste LGBT du webmédia Buzzfeed, Shannon Keating, préconise la déconstruction de la sexualité lesbienne comme éventuelle « solution » :

«… peut-être pourrions-nous simplement continuer à contester la définition traditionnelle du lesbianisme, qui présuppose qu’il n’existe que deux sexes binaires et que les lesbiennes peuvent ou devraient n’être que des femmes cisgenre attirées par les femmes cisgenre. Certaines lesbiennes qui ne sont pas 100% TERF demeurent par trop enthousiastes de se refuser à fréquenter des personnes transgenre en raison de « préférences génitales« , ce qui signifie qu’elles ont des idées incroyablement réductrices sur le genre et les corps. »

La sexualité lesbienne ne peut être déconstruite jusqu’à disparaître. En outre, problématiser la sexualité lesbienne est en soi problématique : c’est une forme de lesbophobie. Le lesbianisme a de tout temps été « contesté » par le patriarcat. Tout au long de l’histoire, les hommes ont emprisonné, tué et institutionnalisé les femmes lesbiennes, et soumis les lesbiennes à des viols correctifs – tout cela afin de contraindre les femmes à l’hétérosexualité. La lesbophobie de la vieille école applique la règle du « don’t-ask-don’t-tell », le prix de l’acceptation sociale (c.-à-d. d’un tant soit peu de tolérance) étant notre acceptation d’être présumées hétérosexuelles, straight jusqu’à preuve du contraire. Ce qui n’était pas menaçant.

La lesbophobie « progressiste » est beaucoup plus insidieuse, car elle a lieu dans les espaces LGBT+ dont nous faisons ostensiblement partie. Elle nous demande de rejeter le mot « lesbienne » au profit d’étiquettes douces et câlines, du type Women Loving Women, ou suffisamment vagues, comme le mot « queer », pour éviter de communiquer un ensemble strict de frontières sexuelles. Elle nous demande d’abandonner le caractère spécifique de notre sexualité afin d’acheter la paix avec d’autres personnes.

LE PLAFOND DE COTON

Le débat sur le « plafond de coton » est généralement rejeté comme une « exagération des TERF*», mais en fait, cette expression a d’abord été créée par le trans-activiste Drew DeVeaux. Pour la bloggeuse féministe queer Avory Faucette, la théorie du plafond de coton vise à « contester la tendance des lesbiennes cisgenre à […] refuser de coucher avec des transfemmes ou d’inclure des transfemmes lesbiennes dans leurs communautés sexuelles ». En mars 2012, la section torontoise de l’organisation Planned Parenthood a organisé un atelier devenu notoire à ce sujet, sous le titre Abolir le plafond de coton : renverser les obstacles sexuels que rencontrent les transfemmes queer.

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Les frontières sexuelles des femmes lesbiennes sont ici présentées comme un « obstacle » à « renverser ». On légitime l’élaboration de stratégies visant à encourager des femmes à se prêter à des actes sexuels non désirés, et la coercition sexuelle est excusée au nom du langage de l’inclusivité. Ce discours s’appuie sur l’objectivation des femmes lesbiennes, nous positionnant comme les objets d’une conquête sexuelle. La théorie du plafond de coton repose sur une mentalité de droit d’accès sexuel au corps des femmes, nourrie par un climat de misogynie.

La sexualité des lesbiennes n’existe pas pour assurer la validation de qui que ce soit. Les frontières sexuelles d’une femme ne sont jamais négociables. Soutenir de telles thèses dans le discours queer recrée la culture de viol produite par le patriarcat hétéro. Que l’accès sexuel aux corps des femmes lesbiennes soit traité comme un test décisif, une validation de la transféminité, est déshumanisant pour les femmes lesbiennes. Présenter la sexualité lesbienne comme motivée par l’intolérance crée un contexte de coercition, dans lequel les femmes sont pressées de reconsidérer leurs frontières sexuelles par crainte d’être qualifiées de TERF.

Refuser l’accès sexuel à son propre corps n’équivaut pas à une discrimination à l’encontre de la partie rejetée. Ne pas considérer quelqu’un comme éventuel partenaire sexuel n’est pas une forme d’oppression. En tant que catégorie démographique, les femmes lesbiennes ne détiennent pas plus de pouvoir structurel que les transfemmes; s’approprier le langage de l’oppression pour débattre du « plafond de coton » est, au mieux, hypocrite.

Pour dire les choses carrément, aucune femme n’a jamais l’obligation de baiser avec qui que ce soit.

CONCLUSION

La sexualité lesbienne est devenue le lieu où explosent des tensions de longue date entourant le sexe et le genre. Cela tient à ce qu’en régime patriarcal, les femmes subissent le lourd fardeau de valider les autres. Les hommes gais ne sont pas qualifiés d’intolérants du fait d’éviter les relations vaginales en raison de leur homosexualité. Aimer les hommes et désirer le corps masculin relève d’une certaine logique dans un contexte culturel construit autour d’une priorité à la masculinité, dans un cadre queer. Inversement, comme le corps féminin est constamment déprécié sous le patriarcat, les femmes qui désirent des femmes sont l’objet de soupçons.

« Si je ne me définissais pas pour moi-même, je serais écrasée et réduite aux fantasmes des autres à mon sujet et je serais dévorée vive. » Audre Lorde

Les lesbiennes ont dû affronter la même vieille combinaison de misogynie et d’homophobie de la part de la Droite, et elles sont maintenant scrutées sans relâche par la gauche queer et libérale : que nous soyons des femmes désintéressées par le pénis est apparemment litigieux d’une extrémité à l’autre du spectre politique. Les conservateurs sociaux nous disent que nous sommes endommagées, anormales. La famille LGBT+ à laquelle nous sommes censées appartenir nous dit que nous sommes désespérément démodées dans nos désirs. Les deux tentent activement de déconstruire l’existence même de la lesbienne. Les deux tentent de rendre les femmes lesbiennes invisibles. Les deux suggèrent que nous n’avons tout simplement pas encore essayé la bonne bite. Ces parallèles entre la politique queer et le patriarcat ne peuvent être passés sous silence.

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*NdT : TERF = Trans-Exclusive Radical Feminists, une injure à la mode

 


BIBLIOGRAPHIE

Julie Bindel. (2014). Straight expectations.

Cordelia Fine. (2010). Delusions of gender.

Audre Lorde. (1984). « Scratching the Surface: Some Notes on Barriers to Woman and Loving », dans Sister Outsider.

Rebecca Reilly-Cooper. (2015). Sex and Gender : A Beginner’s Guide.

Adrienne Rich. (1980). La contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne


 

Translation originally posted here.

Original text initially posted here.

Lezbehonest about Queer Politics Erasing Lesbian Women

This post is the second in a series of essays on sex, gender, and sexuality. The first is available here. I have written about lesbian erasure because I refuse to be rendered invisible. By raising my voice in dissent, I seek to offer both a degree of recognition to other lesbian women and active resistance to any political framework – het or queer – that insists lesbians are a dying breed. If women loving and prioritising other women is a threat to your politics, I can guarantee you are a part of the problem and not the solution.

Dedicated to SJ, who makes me proud to be a lesbian. Your kindness brightens my world.

Update: this essay has now been translated into French.


lesbian_feminist_liberationLesbian is once more a contested category.  The most literal definition of lesbian – a homosexual woman – is subject to fresh controversy. This lesbophobia does not stem from social conservatism, but manifests within the LGBT+ community, where lesbian women are frequently demonised as bigots or dismissed as an antiquated joke as a result of our sexuality.

In the postmodern context of queer politics, women whose attraction is strictly same-sex attraction are framed as archaic. Unsurprisingly, the desires of gay men are not policed with a fraction of the same rigour: in a queer setting men are encouraged to prioritise their own pleasure, whereas women continue to carry the expectation that we accommodate others. Far from subverting patriarchal expectations, queer politics replicates those standards by perpetuating normative gender roles. It is no coincidence that lesbian women are subject to the bulk of queer hostility.

Along with the mainstreaming of fascism and the normalising of white supremacy, the last few years have brought an avalanche of anti-lesbian sentiment. Media content hypothetically geared towards and written by lesbian women informs us that we are a dying breed. Feminist resources questioning whether we even need the word lesbian, op-eds claiming that lesbian culture is extinct, puff pieces claiming lesbian “sounds like a rare disease“, and even commentaries arguing that lesbian sexuality is a relic of the past in our brave and sexually fluid new world – such writing deliberately positions lesbian sexuality as old-fashioned. It actively encourages the rejection of lesbian identity by confirming the reader’s understanding of herself as someone modern, someone progressive, if she is prepared to ditch the label. Just as patriarchy rewards the ‘cool girl’ for distancing herself from feminist ideals, queer politics rewards the lesbian for claiming any other label.

Discouraging lesbians from identifying as such, from claiming the oppositional culture and politics that are our legacy, is an effective strategy. Heather Hogan, editor of the allegedly lesbian publication Autostraddle, recently took to Twitter and compared lesbian resistance of lesbophobia to neo-nazis. Hogan herself is a self-described lesbian, yet positions lesbian feminist perspectives as inherently bigoted.

Queer keyboard warriors led a campaign against Working Class Movement Library for inviting lesbian feminist Julie Bindel to speak during LGBT History Month, filling the Facebook event with abusive messages and harassment that escalated to death threats. That Bindel considers gender as a hierarchy in her feminist analysis is enough to have her branded “dangerous.” The newly-opened Vancouver Women’s Library was subject to a campaign of intimidation by queer activists. VWL was pressured to remove feminist texts from their shelves on the grounds that they “advocate harm” – the majority of books deemed objectionable were authored by lesbian feminists such as Adrienne Rich, Ti-Grace Atkinson, and Sheila Jeffreys. One does not have to agree with every argument made by lesbian feminist theorists to observe that the deliberate erasure of lesbian feminist perspectives is an act of intellectual cowardice rooted in misogyny.

Lesbian sexuality, culture, and feminism are all subject to concentrated opposition from queer politics. Rendering lesbians invisible – a classic tactic of patriarchy – is justified by queer activists on the basis that lesbian sexuality and praxis are exclusionary, that this exclusion equates to bigotry (in particular towards transgender men and women).

Is Lesbianism Exclusionary?

Yes. Every sexuality is, by definition, exclusionary – shaped by a specific set of characteristics which set the parameters of an individual’s capacity to experience physical and mental attraction. This in itself is not inherently bigoted. Attraction is physical, grounded in material reality. Desire either manifests or it does not. Lesbian sexuality is and has always been a source of contention because women living lesbian lives do not devote emotional, sexual, or reproductive labour to men, all of which are demanded by patriarchal norms.

lesbianA lesbian is a woman who is attracted to and interested in other women, to the exclusion of men. That the sexual boundaries of lesbians are so fiercely policed is the result of a concentrated misogyny compounded by homophobia. Women desiring other women, to the exclusion of men; women directing our time and energy towards other women, as the exclusion of men; women building our lives around other women, to the exclusion of men; in these ways lesbian love presents a fundamental challenge to the status quo. Our very existence contradicts the essentialism traditionally used to justify the hierarchy of gender: “it’s natural”, that becoming subservient to a man is simply woman’s lot in life. Lesbian life is inherently oppositional. It creates the space for radical possibilities, which are resisted by conservative and liberal alike.

Lesbian sexuality is freshly disputed by queer discourse because it is a direct and positive acknowledgement of biological womanhood. Arielle Scarcella, a prominent vlogger, came under fire for asserting that as lesbian woman she “like[s] boobs and vaginas and not penises.” Scarcella’s attraction to the female body was denounced as transphobic. That lesbian desire stems from attraction to the female body is criticised as essentialism because it is only every sparked by the presence of female primary and secondary sex characteristics. As lesbian desire does not extend to transwomen, it is “problematic” to a queer understanding of the relationship between sex, gender, and sexuality.

Instead of accepting the sexual boundaries of lesbian women, queer ideology positions those boundaries as a problem to be overcome. Buzzfeed’s LGBT Editor, Shannon Keating, advocates the deconstruction of lesbian sexuality as a potential ‘solution’:

“…maybe we can simply continue to challenge the traditional definition of lesbianism, which assumes there are only two binary genders, and that lesbians can or should only be cis women attracted to cis women. Some lesbians who don’t go full-out TERF are still all too eager to write off dating trans people because of ‘genital preferences’, which means they have incredibly reductive ideas about gender and bodies.”

Lesbian sexuality cannot be deconstructed out of existence. Furthermore, problematising lesbian sexuality is in itself problematic: a form of lesbophobia. Lesbianism has been “challenged” since time immemorial by patriarchy. Throughout history men have imprisoned, killed, and institutionalised lesbian women, subjected lesbians to corrective rape – all as a means of enforcing heterosexuality. Old school lesbophobia operates with a don’t-ask-don’t-tell policy, the price of social acceptance (read: bare tolerance) that we allow ourselves to be assumed heterosexual, straight until proven otherwise. Not a threat.

‘Progressive’ lesbophobia is altogether more insidious, because it happens in the LGBT+ spaces of which we are ostensibly part. It asks that we jettison the word lesbian for something soft and cuddly, like Women Loving Women, or vague enough to avoid conveying a strict set of sexual boundaries, like queer. It asks that we abandon the specifics of our sexuality to pacify others.

The Cotton Ceiling

The Cotton Ceiling debate is commonly dismissed as “TERF rhetoric“, yet the term was originally created by trans activist Drew DeVeaux. According to queer feminist blogger Avory Faucette, Cotton Ceiling theory aims “to challenge cis lesbians’ tendency to… draw the line at sleeping with trans women or including trans lesbians in their sexual communities.” Planned Parenthood ran a now notorious workshop on this theme, Overcoming the Cotton Ceiling: Breaking Down Sexual Barriers for Queer Trans Women.

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The sexual boundaries of lesbian women are presented as a “barrier” to be “overcome”. Formulating strategies for encouraging women to engage in sexual acts is legitimised, sexual coercion whitewashed by the language of inclusivity. This narrative relies upon the objectification of lesbian women, positioning us as the subjects of sexual conquest. Cotton Ceiling theory rests upon a mentality of sexual entitlement towards women’s bodies that is fostered by a climate of misogyny.

Lesbian sexuality does not exist in order to provide validation. No woman’s sexual boundaries are up for negotiation. To argue as much within queer discourse recreates the rape culture produced by het patriarchy. That gaining sexual access to the bodies of lesbian women is treated as a litmus test, a validation of transwomanhood, is dehumanising to lesbian women. Framing lesbian sexuality as motivated by bigotry creates a context of coercion, in which women are pressured to reconsider their sexual boundaries for fear of being branded a TERF.

Refusing sexual access to one’s own body does not equate to discrimination against the rejected party. Not considering someone as a potential sexual partner isn’t a means of enacting oppression. As a demographic, lesbian women do not hold more structural power than transwomen – appropriating the language of oppression for the Cotton Ceiling debate is disingenuous at best.

To put it bluntly, no woman is ever obliged to fuck anyone.

Conclusion

Lesbian sexuality has become the site upon which ongoing tensions surrounding sex and gender explode. This is because, under patriarchy, onus is placed firmly upon women to provide affirmation. Gay men are not called bigots for eschewing vaginal sex due to their homosexuality. Loving men and desiring the male body carries a certain logic in a cultural context built around the centring of masculinity, in a queer setting. Conversely, as the female body is consistently degraded under patriarchy, women desiring women is regarded with suspicion.

“If I didn’t define myself for myself, I would be crunched into other people’s fantasies for me and eaten alive.” – Audre Lorde

Lesbians have faced the same old combination of misogyny and homophobia from the right and are now relentlessly scrutinised by the queer and liberal left: that we are women who are disinterested in the penis is apparently contentious across the political spectrum. Social conservatives tell us we’re damaged, abnormal. The LGBT+ family to which we are meant to belong tells us that we’re hopelessly old-fashioned in our desires. Both actively try to deconstruct lesbian out of existence. Both try to render lesbian women invisible. Both suggest that we just haven’t tried the right dick yet. The parallels between queer politics and patriarchy cannot be ignored.


 

Bibliography

Julie Bindel. (2014). Straight Expectations.

Cordelia Fine. (2010). Delusions of Gender

Audre Lorde. (1984). Scratching the Surface: Some Notes on Barriers to Woman and Loving. IN Sister Outsider

Rebecca Reilly-Cooper. (2015). Sex and Gender: A Beginner’s Guide

Adrienne Rich. (1980). Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence

 

 

Le sexe, le genre, et le nouvel essentialisme

Sex, Gender, and the New Essentialism is now available in French! Many thanks to TradFem for the translation.


Un bref avant-propos : Ce texte est le premier d’une série d’essais sur le sexe, le genre et la sexualité. Si vous êtes d’accord avec ce que j’ai écrit, très bien. Si vous n’êtes pas d’accord avec quoi que ce soit dans ce texte, c’est aussi très bien. Quoi qu’il en soit, votre vie restera intacte après avoir fermé cet onglet, indépendamment de ce que vous pensez de ce billet.

Je refuse de me taire de peur d’être associée au mauvais type de féministe. Je refuse de rester silencieuse au moment où d’autres femmes sont harcelées et maltraitées pour leurs opinions sur le genre. Dans l’esprit de la sororité, ce billet est dédié à Julie Bindel. Il se peut que nous ayons parfois certaines divergences d’opinion, mais je suis très heureuse de son travail pour mettre fin à la violence masculine infligée aux femmes. Pour citer feue la grande Audre Lorde : « Je suis décidée et je n’ai peur de rien. »

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Quand je me suis inscrite pour la première fois en Études de genre, mon grand-père m’a appuyée; il était ravi que j’aie trouvé une orientation dans la vie et acquis une éthique de travail qui ne s’était jamais matérialisée au cours de mes études de premier cycle. Par contre, il s’est dit stupéfait par le sujet. « Pourquoi avez-vous besoin d’étudier ça? », demanda-t-il. « Je peux te dire ceci gratuitement : si tu as des *parties masculines, tu es un homme. Si tu as des *parties féminines, tu es une femme. Il n’y a pas beaucoup plus à en dire. Tu n’as pas besoin d’un diplôme pour savoir cela. »(* Les conventions sociales empêchaient mon grand-père et moi d’utiliser les mots pénis ou vagin / vulve dans cette conversation, ou dans tout autre échange que nous eûmes.)

Ma réaction initiale en a été une de choc: après avoir passé un peu trop de temps sur Twitter, et avoir été témoin de l’extrême polarité du discours entourant le genre, j’étais consciente qu’exprimer pareilles opinions dans les médias sociaux risquait d’exposer son auteur à une campagne de harcèlement soutenue. Puis, comme il était blanc et mâle, je me suis dit que si ‘ai mon grand-père septuagénaire devait s’aventurer sur Twitter, il resterait sans doute à l’abri de ce genre d’agressions, qui sont presque exclusivement adressées à des femmes.

Par ailleurs, le fait d’entendre ce point de vue exprimé avec une telle désinvolture dans le jardin où nous étions ensemble, constituait une échappée des tensions caractérisant le monde numérique, la peur qu’éprouvent les femmes d’être stigmatisées comme étant du « mauvais genre » de féministe et lapidées publiquement en conséquence . Cet échange m’a poussée à considérer non seulement la réalité du genre, mais le contexte du discours entourant le genre. L’intimidation est une puissante tactique de censure : un environnement régi par la peur ne se prête ni à la pensée critique ni à la parole publique ni au développement des idées.

Jusqu’à la fin de sa vie, mon grand-père est demeuré béatement ignorant du schisme que l’idée de genre a créée dans le mouvement féministe, un fossé qui a été surnommé les guerres de TERF. Pour les non-initiées, le mot TERF signifie Radical Feminist Trans-Exclusionary – un acronyme utilisé pour décrire les femmes dont le féminisme critique le genre et préconise l’abolition de sa hiérarchie. La façon dont on devrait aborder le genre est sans doute la principale source de tension entre les politiques féministe et queer.

LA HIERARCHIE DU GENRE

Le patriarcat dépend de la hiérarchie du genre. Pour démanteler le patriarcat – l’objectif de base du mouvement féministe – il faut aussi abolir le genre. Dans la société patriarcale, le genre est ce qui fait du masculin la norme de l’humanité et du féminin, l’Autre. Le genre est ce pourquoi la sexualité féminine est strictement contrôlée – les femmes sont qualifiées de salopes si nous accordons aux hommes l’accès sexuel à nos corps, et de prudes si nous ne le faisons pas – alors qu’aucun jugement de ce type ne pèse sur la sexualité masculine. Le genre est la raison pour laquelle les femmes qui sont agressées par des hommes sont blâmés et culpabilisées – elle « a couru après » ou « elle l’a provoqué » – alors que le comportement des hommes agresseurs est couramment justifié avec des arguments comme « un homme, c’est un homme » ou « c’est fondamentalement quelqu’un de bien ». Le genre est la raison pour laquelle les filles sont récompensées de penser d’abord aux autres et de rester passives et modestes, des traits qui ne sont pas encouragés chez les garçons. Le genre est la raison pour laquelle les garçons sont récompensés de se montrer compétitifs, agressifs et ambitieux, des traits qui ne sont pas encouragés chez les filles. Le genre est la raison pour laquelle les femmes sont considérées comme des biens, passant de la propriété du père à celle du mari par le mariage. Le genre est la raison pour laquelle les femmes sont censées effectuer le travail domestique et émotionnel ainsi que la vaste majorité des soins, bien que ce travail soit dévalué comme « féminisé » et par la suite rendu invisible.

Le genre n’est pas un problème abstraite. Une femme est tuée par un homme tous les trois jours au Royaume-Uni. On estime que 85 000 femmes sont violées chaque année en Angleterre et au pays de Galles. Une femme britannique sur quatre éprouve de la violence aux mains d’un partenaire masculin, chiffre qui s’élève à une sur trois à l’échelle mondiale. Plus de 200 millions de femmes et de filles vivant aujourd’hui ont subi des mutilations génitales. La libération des femmes et des filles de la domination masculine et de la violence utilisée pour maintenir cette disparité de pouvoir est un objectif féministe fondamental – un objectif qui est incompatible avec l’acceptation des limites imposées par le genre comme frontières de ce qui est possible dans nos vies.

« Le problème du genre est qu’il prescrit comment nous devrions être plutôt que de reconnaître comment nous sommes. Imaginez combien nous aurions plus de bonheur, combien plus de liberté pour exprimer notre véritable personnalité si nous ne subissions pas le poids des attentes de genre … Les garçons et les filles sont indéniablement différents au plan biologique, mais la socialisation exagère les différences, puis amorce un processus d’autoréalisation. » Chimamanda Ngozi Adichie, We Should All be Feminists

Les rôles de genre sont une prison. Le genre est un piège construit socialement en vue d’opprimer les femmes comme classe de sexe pour le bénéfice des hommes comme classe de sexe. Et l’importance du sexe biologique ne peut pas être négligée, en dépit des efforts récents pour recadrer le genre comme identité plutôt que comme hiérarchie. L’exploitation sexuelle et l’exploitation reproductive du corps féminin sont la base matérielle de l’oppression des femmes – notre biologie est utilisée comme moyen de domination par nos oppresseurs, les hommes. Même s’il existe un très faible nombre de personnes qui ne s’inscrivent pas parfaitement dans la structure binaire du sexe biologique – les personnes qui sont intersexuées – cela ne modifie pas la nature structurelle et systématique de l’oppression des femmes.

Les féministes critiquent la hiérarchie du genre depuis des centaines d’années, et avec raison. Lorsque Sojourner Truth a déconstruit la féminité, elle a critiqué la misogynie et le racisme anti-Noirs qui façonnaient la définition de la catégorie de femme. Se basant sur ses prouesses physiques et sa force d’âme comme preuve empirique, Truth a observé que la condition de femme ne dépendait aucunement des traits associés à la féminité et a contesté l’altérisation des corps féminins noirs qui était requise pour élever la fragilité perçue de la féminité blanche au statut d’idéal féminin. Son discours « Ain’t I A Woman? » (Ne suis-je pas une femme?) est l’une des premières critiques féministes connues de l’essentialisme de genre; Le discours de Truth était une reconnaissance de l’interaction entre les hiérarchies de race et de genre dans le contexte de la société patriarcale raciste (bell hooks, 1981). Simone de Beauvoir a elle aussi déconstruit la féminité en affirmant que « l’on ne naît pas femme, on le devient ». Avec Le Deuxième sexe, elle a soutenu que le genre n’était pas inné, mais qu’il créait des rôles que nous sommes socialisé-e-s à adopter conformément à notre sexe biologique. Elle a souligné les limites de ces rôles, en particulier celles imposées aux femmes en raison de l’essentialisme de genre, l’idée que le genre est inné.

Comme l’a fait remarquer Beauvoir, l’essentialisme de genre a été utilisé contre les femmes pendant des siècles dans une tentative d’entraver notre entrée dans la sphère publique, de nous refuser une vie indépendante de la domination masculine. Les prétentions d’un manque de capacité intellectuelle des femmes, de leur passivité inhérente et de leur irrationalité innée étaient toutes utilisées pour restreindre la vie des femmes à un contexte domestique au nom du principe que c’était l’état naturel de la femme. L’histoire démontre que l’insistance sur l’hypothèse d’un « cerveau féminin » est une tactique patriarcale utilisée pour maintenir entre les mains des hommes le suffrage, les droits de propriété, l’autonomie corporelle et l’accès aux études. Vu la longue histoire de misogynie basée sur des a priori concernant un cerveau féminin, le neurosexisme (Fine, 2010), en plus d’être scientifiquement faux, est contradictoire à une perspective féministe.

Pourtant, le concept d’un cerveau féminin est une fois de plus mis de l’avant – non seulement par des idéologues conservateurs, mais dans le contexte des idées politiques queer et de gauche, que l’on présume généralement être progressistes. Les explorations du genre en tant qu’identité, par opposition à une hiérarchie, reposent souvent sur la présomption que le genre est inné – « dans le cerveau » – plutôt que socialement construit. Par conséquent, le développement de la politique transgenre et les désaccords subséquents sur la nature de l’oppression des femmes – ce qui en est la racine et comment la femme est définie – sont devenus une ligne de faille (MacKay, 2015) au sein du mouvement féministe.

FÉMINISME ET IDENTITÉ DE GENRE

Le mot transgenre est utilisé pour décrire l’état d’un individu dont la perception personnelle de son sexe diffère de son sexe biologique. Par exemple, une personne née avec un corps de femme qui s’identifie comme un homme est qualifiée de « transhomme ». Une personne née avec un corps d’homme qui s’identifie comme femme est qualifiée de « transfemme ». Être transgenre peut impliquer un certain degré d’intervention médicale, pouvant inclure une thérapie de remplacement d’hormones et une chirurgie de réaffectation de sexe. Ce processus de transition est alors entrepris pour aligner le moi matériel avec l’identité interne d’une personne transgenre. Toutefois, parmi les 650 000 Britanniques qui entrent dans la catégorie transgenre, on estime à seulement 30 000 le nombre de personnes ayant effectué une transition chirurgicale ou médicale.

Le terme trans a d’abord décrit les personnes nées hommes qui s’identifient comme femmes, ou vice versa, mais il est maintenant utilisé pour désigner une variété d’identités ancrées dans une non-conformité de genre. À ce titre, l’étiquette de trans comprend aussi bien l’identité non binaire (quand une personne ne s’identifie ni comme homme ni comme femme), la fluidité de genre (quand l’identité d’un individu est susceptible de passer du masculin au féminin ou vice versa), et le statut de « genderqueer » (quand un individu identifie à la fois au masculin et au féminin ou à aucun de ces deux pôles), pour ne citer que quelques exemples.

L’antonyme du concept de transgenre est celui de cisgenre, un mot utilisé pour désigner l’alignement du sexe biologique et du rôle de genre assigné. Le statut de cisgenre a été qualifié de privilège par le discours queer, en désignant les personnes cis comme une classe d’oppresseurs et les trans comme les opprimés. Bien que les personnes trans soient indéniablement un groupe marginalisé, aucune distinction n’est faite entre les hommes et les femmes cis en considération des manifestations de cette marginalisation. Pourtant, la violence masculine est systématiquement responsable des meurtres de transfemmes, un motif tragique que Judith Butler identifie comme étant le produit du « … besoin des hommes de satisfaire aux normes culturelles du pouvoir masculin et de la masculinité ».

Dans l’optique queer, c’est le genre auquel on s’identifie et non l classe de sexe à laquelle on appartient qui dicte si on est marginalisé par l’oppression patriarcale ou si on en bénéficie. À cet égard, la politique queer est fondamentalement en contradiction avec l’analyse féministe. Le point de vue queer situe le genre dans l’esprit, où il existe comme identité auto-définie de façon positive – et non comme hiérarchie. Du point de vue féministe, le genre est compris comme un moyen de perpétuer le déséquilibre de pouvoir structurel que le patriarcat a établi entre les classes de sexe.

« Si vous ne reconnaissez pas la réalité matérielle du sexe biologique ou son importance comme axe d’oppression, votre théorie politique ne peut incorporer aucune analyse du patriarcat. La subordination historique et pérenne des femmes n’est pas apparue parce que certains membres de notre espèce choisissent de s’identifier à un rôle social inférieur (et le suggérer serait un acte flagrant de blâme des victimes). Elle a émergé comme moyen permettant aux hommes de dominer la moitié de l’espèce qui est capable de porter des enfants et d’exploiter leur travail sexuel et reproducteur. Nous ne pouvons pas comprendre le développement historique du patriarcat et la persistance de la discrimination sexiste et de la misogynie culturelle sans reconnaître la réalité de la biologie féminine et l’existence d’une classe de personnes biologiquement féminines. » (Rebecca Reilly-Cooper, What I believe about sex and gender)

Comme la théorie queer s’articule sur la pensée poststructuraliste, , elle est par définition incapable de fournir une analyse structurelle cohésive d’une oppression systématique. Après tout, si le moi matériel est arbitraire dans la définition de la manière dont on ressent le monde, il ne peut alors être pris en compte dans la compréhension d’une classe politique quelle qu’elle soit. Ce que la théorie queer n’arrive pas à saisir, c’est que l’oppression structurelle n’est pas liée à la façon dont un individu s’identifie. Le genre en tant qu’identité n’est pas un vecteur dans la matrice de domination (Hill Collins, 2000); que l’on s’identifie ou non à un rôle de genre donné n’a aucun rapport avec la position que nous assigne le patriarcat.

LE PROBLÈME AVEC LE CONCEPT DE « CIS »

Être cis signifie « s’identifier au genre qui vous a été assigné à la naissance ». Mais l’assignation des rôles de genre basés sur les caractéristiques sexuelles est un outil dont se sert le patriarcat pour subordonner les femmes. L’utilisation des limites imposées par le genre pour définir la trajectoire du développement d’un-e enfant est la première manifestation du patriarcat dans sa vie, et c’est particulièrement préjudiciable aux filles. L’essentialisme qui sous-tend l’a priori que les femmes s’identifient aux moyens de notre oppression repose sur la conviction que les femmes sont intrinsèquement adaptées à cette oppression, que les hommes sont intrinsèquement adaptés à nous imposer leur pouvoir. En d’autres termes, classer les femmes comme « cis » équivaut à de la misogynie.

Dans l’optique postmoderne de la théorie queer, l’oppression des femmes en tant que classe de sexe est reconfigurée comme un privilège. Mais, pour les femmes, être « cis » n’est pas un privilège. À l’échelle mondiale, la violence masculine est une des principales causes de décès prématurés des femmes. Dans un monde où le féminicide est endémique, où un tiers des femmes et des filles peuvent s’attendre à subir la violence masculine, être née de sexe féminin n’est pas un privilège. La question de savoir si une personne née femme s’identifie à un rôle de genre particulier n’a aucune incidence sur si elle sera soumise à des mutilations génitales, si elle aura du mal à accéder à des soins de santé génésique, ou si elle sera ostracisée quand elle aura ses règles.

L’on ne peut se désengager par identification personnelle de d’une oppression qui est matérielle à la base. Par conséquent, l’étiquette de « cisgenre » n’a peu ou rien à voir avec le lieu qu’impose le patriarcat aux femmes. Présenter le fait d’habiter un corps féminin comme un privilège exige une méconnaissance totale du contexte sociopolitique de la société patriarcale.

La lutte pour les droits des femmes s’est avérée longue et difficile, avec des avancées réalisées à grand prix pour celles qui ont résisté au patriarcat. Et ce combat n’est pas terminé. L’évolution significative de la reconnaissance des droits des femmes, provoquée par la deuxième vague du féminisme, a entraîné un mouvement délibéré de ressac sociopolitique (Faludi, 1991), qui se répète aujourd’hui dans la mesure où la capacité des femmes à accéder légalement à l’avortement et à d’autres formes de soins de santé génésique sont mis en péril par la généralisation d’un fascisme conservateur partout en Europe et aux États-Unis. Les intersections des enjeux de race, de classe, de handicap et de sexualité jouent aussi leur rôle dans la définition des façons dont les structures de pouvoir agissent sur les femmes.

Pourtant on voit aujourd’hui, au nom de l’inclusivité, les femmes être dépouillées des mots nécessaires pour identifier et ensuite défier notre propre oppression. Les femmes enceintes deviennent des « personnes enceintes ». L’allaitement devient le « chest-feeding ». Les références à la biologie féminine sont traitées comme une forme d’intolérance, ce qui interdit, sous peine de transgression, d’aborder directement les politiques entourant la procréation, la naissance et la maternité. En outre, neutraliser le langage en en supprimant toute référence au sexe n’empêche ni ne conteste pas l’oppression des femmes en tant que classe de sexe. Effacer le corps féminin ne modifie pas les moyens par lesquels le genre opprime les femmes.

L’optique queer place attribue fermement aux gens s’identifiant comme trans la propriété du discours sur le genre. En conséquence, le genre est maintenant un sujet que beaucoup de féministes tentent d’éviter, malgré le rôle fondamental joué par la hiérarchie dans l’oppression des femmes. Les invitations à boire de l’eau de Javel ou à mourir dans un incendie s’avèrent, sans surprise, une tactique de bâillon efficace. Les blagues et les menaces – souvent indiscernables les unes des autres – au sujet des violences contre les femmes sont couramment utilisées comme façon de supprimer les voix dissidentes. De telles agressions ne peuvent être considérées comme une violence à l’endroit de dominants par des dominés. C’est au mieux une forme d’hostilité horizontale (Kennedy, 1970), au pire une légitimation de la violence masculine contre les femmes.

La politique identitaire queer ne tient pas compte des façons dont les femmes sont opprimées en tant que classe de sexe; elle fait parfois l’impasse à leur sujet de façon délibérée. Cette approche sélective de la politique de libération est fondamentalement déficiente. Dépolitiser le genre, en adoptant une approche acritique des déséquilibres de pouvoir qu’il crée, ne profite à personne – et surtout pas aux femmes. Seule l’abolition du genre permettra de se libérer des restrictions qu’il impose. Les chaînes du genre ne peuvent être recyclées en poursuite de la liberté.


BIBLIOGRAPHIE

Simone de Beauvoir. (1949). Le Deuxième sexe

Susan Faludi. (1991). Backlash: La guerre froide contre les femmes

Cordelia Fine. (2010). Delusions of Gender

bell hooks. (1981). Ne suis-je pas une femme? Femmes noires et féminisme

Florynce Kennedy. (1970). Institutionalized Oppression vs. the Female

Finn MacKay. (2015). Radical Feminism

Chimamanda Ngozi Adichie. (2014). We Should All be Feminists

Rebecca Reilly-Cooper. (2015). Sex and Gender: A Beginner’s Guide

Sojourner Truth. (1851). Ain’t I a Woman?


 

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Weiße Menschen, die “Weißen Feminismus” kritisieren, halten weißes Privileg aufrecht

Exactly 18 months after it was originally published, White people critiquing “White Feminism” perpetuate white privilege has been translated into German by the radical feminist collective Die Störenfriedas. I am profoundly touched that these women considered it a worthwhile use of their time and energy. It is something of a surprise that my earliest blog post continues to do the rounds in feminist discourse, and I hope that German readers find it useful.


 

Wenn du online in feministische Diskurse eingebunden bist, ist es wahrscheinlich, dass dir ein bestimmter Begriff aufgefallen ist, der immer geläufiger wird: Weißer Feminismus. Manchmal wird sogar ein Trademark-Logo zur Unterstreichung hinzugefügt. Der Begriff „weißer Feminismus“ wurde zur Chiffre für ein bestimmtes Versagen innerhalb der feministischen Bewegung; von Frauen mit einem gewissen Grad an Privilegien, die es versäumen, ihren marginalisierteren Schwestern zuzuhören; von Frauen mit einem gewissen Grad an Privilegien, die über diese Schwestern hinwegsprechen; von Frauen mit einem gewissen Grad an Privilegien, die die Bewegung auf die Themen ausrichten, die innerhalb ihres eigenen Erfahrungsspektrums liegen. Ursprünglich wurde der Begriff Weißer Feminismus von Women of Colour benutzt, um Rassismus innerhalb der feministischen Bewegung zu thematisieren – eine notwendige und berechtigte Kritik.

Auch wenn weiße Frauen durch die auf Misogynie (Frauenverachtung) aufgebauten bestehenden sozialen Ordnung auf persönlicher und politischer Ebene benachteiligt sind, sind sie auch Nutznießerinnen von institutionellem Rassismus – ob sie das wollen oder nicht. Sogar Frauen mit dezidiert anti-rassistischen Grundsätzen können nicht einfach aus den Vorteilen eines weißen Privilegs aussteigen, angefangen von der größeren (wenn auch immer noch zu geringen) Medienpräsenz weißer Frauen, über eine größere Lohnlücke für Women of Colour bis zu der deutlich erhöhten Wahrscheinlichkeit von Polizeigewalt, die die Lebenswirklichkeit Schwarzer Frauen bestimmt. So funktioniert weißes Privileg. Wir leben in einer Kultur, die durch Rassismus geprägt ist und in der ein großer Teil des Reichtums unseres Landes aus dem Sklavenhandel stammt. So wie Misogynie braucht es viel Zeit und Bewusstsein, sich Rassismus abzutraineren. Es ist ein Lernprozess, der für uns niemals wirklich abgeschlossen ist. Women of Colour, die Rassismus innerhalb der feministischen Community anfechten, geben uns allen die Möglichkeit, uns bewusst von Verhaltensweisen zu lösen, die innerhalb des weißen rassistischen Patriarchats belohnt werden.

Der Begriff Weißer Feminismus wird allerdings nicht mehr ausschließlich von Women of Colour benutzt, um den Rassismus anzugehen, dem wir begegnen. Neuerdings ist es unerlässlich für weiße Feministinnen geworden, anderen weißen Feministinnen, deren Meinungen sie nicht teilen, vorzuwerfen, sie verkörperten weißen Feminismus. Weiße Menschen haben damit begonnen, andere weiße Menschen anzugehen für … ihr Weißsein. Ohne Scheiß. In einem neueren Beitrag für das Vice Magazine beklagt Paris Lee ironischerweise, dass “weiße Feministinnen die größte Medien-Plattform haben”. Künstlerin Molly Crapable, die sowohl über eine Plattform als auch ein beträchtliches Einkommen verfügt (es sei denn, Samsung groß zu machen, war ein Akt der Nächstenliebe), nutzte Twitter um die die Ansichten “schicker weißer Ladys” wegen ihrer Privilegien abzutun. Nun, aus meiner Sicht hier schauen Molly und Paris ziemlich bequem aus.

Statt die Stimmen von Women of Colour zu stärken oder ihre Plattform zu nutzen, die Intersektion von Race und Gender aufzuzeigen, hat eine Reihe liberaler weißer Feministinnen die Kritik an Rassismus gekapert, um ihr eigenes Image als progressiv aufzupolstern – als das der richtigen Art Feministin, nicht einer Weißen Feministin. Aber die Analyse von Rassismus durch Women of Colour innerhalb der feministischen Bewegung zu vereinnahmen, entspricht genau dem Verhalten, das durch die Schaffung des Begriffes “Weißer Feminismus” verhindert werden sollte. Weiße Menschen, die “weißen Feminismus” kritisieren, halten weißes Privileg aufrecht. Das eigene Image über die von Women of Colour angeführten anti-rassistischen Kämpfe zu stellen, ist bestenfalls narzisstisch und schlimmstenfalls rassistisch. Diese Aktionen stützen die Ansicht, dass der von Women of Colour erlebte Rassismus eine Nebensache und nicht ein Hauptanliegen innerhalb der feministischen Bewegung ist.

Weiße Frauen, die den Begriff “Weißer Feminismus” als einen Knüppel benutzen, um sich gegenseitig niederzumachen anstatt als Aufforderung, ihren eigenen Rassismus zu hinterfragen: das ist angewandtes Weißsein in Reinform. In ihrer Eile, “Privilegien reinzuwaschen“, werden weiße Feministinnen zu der gefürchteten Weißen Feministin, in dem sie die Begriffe ihrer marginalisierten Schwestern zu ihrem persönlichen Nutzen aneignen und zweckentfremden.


 

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Sex, Gender, and the New Essentialism

A brief foreword: This is the first in a series of essays on sex, gender, and sexuality. If you agree with what I have written, that is fine. If you disagree with any of the following content, that is also perfectly fine. Either way, your life will go on undisturbed after you close this tab irrespective of what you think about this post.

I refuse to remain silent for fear of being branded the wrong type of feminist.  I refuse to remain silent as other women are harassed and abused for their views on gender. In the spirit of sisterhood, this post is dedicated to Julie Bindel. Our views may not always converge, but I am very glad of her work to end male violence against women. In the words of the late, great Audre Lorde: “I am deliberate and afraid of nothing.”

Update: this essay has now been translated into French.


 

When I first enrolled as a Gender Studies student, my grandfather was supportive – delighted that I had found direction in life and developed a work ethic that had never quite materialised during my undergraduate years – yet bemused by the subject. “What do you need to study that for?” He asked. “I can tell you this for free: if you’ve got *male parts, you’re a man. If you’ve got *female parts, you’re a woman. There’s not much more to it. You don’t need a degree to know that.” (*Social convention prevented my grandfather and I from using the words penis or vagina/vulva in this conversation, or any other we shared.)

My initial reaction was shock: having spent a bit too much time on Twitter, having witnessed the extreme polarity of discourse surrounding gender, I was conscious that expressing such opinions on social media carried the risk of becoming subject to a sustained campaign of harassment. Then again, being white and male, I reasoned that – were my septuagenarian grandfather to venture onto Twitter – he would be likely to remain safe from this abuse, which is almost entirely directed towards women.

All the same, hearing that perspective spoken with such casualness as we sat in the garden together was a world apart from the tensions contained in digital space, the fear women carried of being branded the ‘wrong sort’ of feminist and publicly targeted as a result. This exchange pushed me to consider not only the reality of gender, but the context of gender discourse. Intimidation is a powerful silencing tactic – an environment governed by fear is not conducive to critical thought, public discourse, or the development of ideas.

Until the end of his life my grandfather remained blissfully unaware of the schism gender has created within the feminist movement, a divide that has been dubbed the TERF wars. For the uninitiated, TERF stands for Trans-Exclusionary Radical Feminist – an acronym used to describe women whose feminism is critical of gender and advocates the abolition of the hierarchy. How one should approach gender is arguably the main source of tension between feminist and queer politics.

The Hierarchy of Gender

 

Patriarchy is dependent on the hierarchy of gender. To dismantle patriarchy – the core objective of the feminist movement – gender must also be abolished. In patriarchal society, gender is what makes male the normative standard of humanity and female Other. Gender is why female sexuality is strictly policed – women called sluts if we allow men sexual access to our bodies, called prudes if we don’t – and no such judgements are passed on male sexuality. Gender is why women who are abused by men get blamed and shamed – ‘she was asking for it’ or ‘she provoked him’ – while the behaviour of abusive men is commonly justified with ‘boys will be boys’ or ‘he’s a good man, really’. Gender is why girls are rewarded for being nurturing, passive, and modest, traits that are not encouraged in boys. Gender is why boys are rewarded for being competitive, aggressive, and ambitious, traits not encouraged in girls. Gender is why women are considered property, passing from the ownership of father to husband through marriage. Gender is why women are expected to provide domestic and emotional labour along with the vast majority of care, yet such work is devalued as ‘feminised’ and subsequently rendered invisible.

Gender is not an abstract issue. A woman is killed by a man every three days in the UK. It is estimated that 85,000 women are raped every year in England and Wales. One in four British women experiences violence at the hands of a male partner, a figure which rises to one in three on a global scale. Over 200 million women and girls alive today have undergone female genital mutilation. The liberation of women and girls from male dominance and the violence used to maintain that power disparity is a fundamental feminist goal – a goal that is incompatible with accepting limitations imposed by gender as the boundaries of what is possible in our lives.

“The problem with gender is that it prescribes how we should be rather than recognising how we are. Imagine how much happier we would be, how much freer to be our true individual selves, if we didn’t have the weight of gender expectations… Boys and girls are undeniably different biologically, but socialisation exaggerates the differences, and then starts a self-fulfilling process.” – Chimamanda Ngozi Adichie, We Should All be Feminists

Gender roles are a prison. Gender is a socially constructed trap designed to oppress women as a sex class for the benefit of men as a sex class. And the significance of biological sex cannot be disregarded, in spite of recent efforts to reframe gender as an identity rather than a hierarchy. Sexual and reproductive exploitation of the female body are the material basis of women’s oppression – our biology is used as a means of domination by our oppressors, men. Although there are minority of people who do not fit neatly into the binary of biological sex – people who are intersex – this does not alter the structural, systematic nature of women’s oppression.

Feminists have been critiquing the hierarchy of gender for hundreds of years, and with good reason. When Sojourner Truth deconstructed femininity she critiqued the misogyny and anti-Black racism shaping how the category of woman was defined. Using her own physical prowess and fortitude as empirical evidence, Truth observed that womanhood was not dependent on the traits associated with femininity and challenged the Othering of Black female bodies required to elevate the perceived fragility of white womanhood into the feminine ideal. Ain’t I a Woman is one of the earliest known feminist critiques of gender essentialism; Truth’s speech was an acknowledgement of the interaction between hierarchies of race and gender within the context of white supremacist patriarchal society (hooks, 1981).

Simone de Beauvoir too deconstructed femininity, stating that “one is not born, but rather becomes, a woman.” With The Second Sex she argued that gender is not innate, but provides roles into which we are socialised into adopting in accordance with our biological sex. She highlighted the limitations of these roles, in particular the limitations imposed upon women as a result of gender essentialism, the idea that gender is innate.

As de Beauvoir observed, gender essentialism has been used against women for centuries in an effort to deny us entry to the public sphere, life independent of male dominance. Claims of women’s inferior intellectual capacity, inherent passivity, and innate irrationality were all used to restrict women’s lives to a domestic context on the basis that it was woman’s natural state. History demonstrates that insistence upon a female brain is a tactic of patriarchy used to keep suffrage, property rights, bodily autonomy, and access to formal education the preserve of men. Owing to the long history of misogyny resting upon assumptions of a female brain, in addition to it being scientifically untrue, neurosexism (Fine, 2010) is contradictory to a feminist perspective.

Yet the concept of a female brain is once more being advocated – not only by social conservatives, but within the context of queer and leftist politics, which are generally assumed to be progressive. Explorations of gender as an identity as opposed to a hierarchy often rely upon the presumption that gender is innate – “in the brain” – and not socially constructed. Therefore, the development of transgender politics and subsequent disagreements over the nature of women’s oppression – what lies at its root, and how woman is defined – has become a faultline (MacKay, 2015) within the feminist movement.

Feminism and Gender Identity

 

The word transgender is used to describe the state of an individual whose personal understanding of their own gender does not align with their biological sex. For example, someone born female-bodied who identifies as male is referred to as a transman. Someone born male-bodied who identifies as female is referred to as a transwoman. Being transgender can involve a degree of medical intervention, potentially including hormone replacement therapy and sex reassignment surgery, a process of transition undertaken to bring the material self into alignment with the internally held identity of a transgender person. However, of the 650,000 British people fitting under the trans umbrella, a mere 30,000 are estimated to have made any surgical or medical transition.

The term trans initially described those born male who identify as female, or vice versa, but is now used to denote a variety of identities rooted in gender non-conformity. Trans encompasses non-binary identity (when a person identified as neither male nor female), genderfluidity (when an individual’s identity is liable to shift from male to female or vice versa), and genderqueerness (when an individual identifies with both or neither masculinity and femininity), to name just a few examples.

Converse to transgender is cisgender, a word used to convey the alignment of biological sex and ascribed gender role. Being cisgender has been framed as a privilege by queer discourse, with cis people positioned as the oppressor class and trans people as the oppressed. Although trans people are undeniably a marginalised group, no differentiation is made between the cis men and women in consideration of how that marginalisation manifests. Male violence is consistently responsible for the murders of transwomen, a tragic pattern Judith Butler identifies as being the product of “…men’s need to meet culturally held standards of male power and masculinity.

From a queer perspective, it is the gender with which one identifies as opposed to the sex class to which one belongs that dictates whether one is marginalised by or benefits from patriarchal oppression. In this respect, queer politics are fundamentally at odds with feminist analysis. Queer framing positions gender in the mind, where it exists as a positively self-defined identity – not a hierarchy. From a feminist perspective, gender is understood as a means of perpetuating the structural power imbalance patriarchy has established between sex classes.

“If you do not recognise the material reality of biological sex or its significance as an axis of oppression, your political theory cannot incorporate any analysis of patriarchy. Women’s historic and continued subordination has not arisen because some members of our species choose to identify with an inferior social role (and it would be an act of egregious victim-blaming to suggest that it has). It has emerged as a means by which males can dominate that half of the species that is capable of gestating children, and exploit their sexual and reproductive labour. We cannot make sense of the historical development of patriarchy and the continued existence of sexist discrimination and cultural misogyny, without recognising the reality of female biology, and the existence of a class of biologically female persons.” – Rebecca Reilly-Cooper, What I believe about sex and gender

As queer theory is built upon post-structuralist thought, by definition it is incapable of providing cohesive structural analysis of systematic oppression. After all, if the material self is arbitrary in defining how one experiences the world, it cannot then be factored into the understanding of any political class. What queer theory fails to grasp is that structural oppression is not connected to how an individual identifies. Gender as an identity is not a vector in the matrix of domination (Hill Collins, 2000) – whether or not one identifies with a particular gender role has no bearing on where one is positioned by patriarchy.

The Problem with ‘Cis’

 

Being cis means “identify[ing] with the gender you were assigned at birth.” But the assignation of gender roles based upon sex characteristics is a tool of patriarchy used to subordinate women. Having the limitations imposed by gender used to define the trajectory of their development is the earliest manifestation of patriarchy in a child’s life, which is particularly damaging for girls. The essentialism behind assuming women identify with the means of our oppression rests on a belief that women are inherently suited to that oppression, that men are inherently suited to wield power over us. In other words, categorising women as ‘cis’ is misogyny.

Through the post-modern lens of queer theory, women’s oppression as a sex class is repackaged as a privilege. But, for women, being ‘cis’ is not a privilege. Globally, male violence is a leading cause in the premature deaths of women. In a world where femicide is endemic, where one third of women and girls can expect to experience male violence, being born female is not a privilege. Whether or not a natal female identifies with a particular gender role has no bearing whether she will be subject to female genital mutilation, whether she will struggle to access reproductive healthcare, whether she is ostracised for menstruating.

It is impossible to opt out of oppression that is material in basis by means of personal identification. Therefore, the label of cisgender has little to no bearing upon where women are positioned by patriarchy. To frame inhabiting a female body as a privilege requires a total disregard for the sociopolitical context of patriarchal society.

The fight for women’s rights has proven to be long and difficult, with advancements achieved at great cost to those who resisted patriarchy. And that fight is not over. Significant developments in the recognition of women’s rights brought about by the second wave of feminism were deliberately met with socio-political backlash (Faludi, 1991), a pattern currently repeating itself to the extent that women’s ability to legally access to abortion and other forms of reproductive healthcare is jeopardised by the mainstreaming of conservative fascism across Europe and in the United States. Intersections of race, class, disability, and sexuality too play roles in defining the ways in which structures of power act upon women.

Yet, in the name of inclusivity, women are being stripped of the language required to identify and subsequently challenge our own oppression.  Pregnant women become pregnant people. Breastfeeding becomes chestfeeding. Citing female biology becomes a form of bigotry, which makes addressing the politics of reproduction, birth, and motherhood impossible to directly address without transgressing. In addition, rendering language neutral of any reference to sex does not prevent or challenge women being oppressed as a sex class. Erasing the female body does not alter the means by which gender oppresses women.

Queer framing locates the ownership of gender discourse firmly with those identifying as trans. As a result, gender is a topic many feminists try to avoid in spite of the hierarchy playing a fundamental role in women’s oppression. Invitations to drink bleach or die in a fire are, unsurprisingly, an effective silencing tactic. Jokes and threats – often indistinguishable – about violence against women are commonly used as a means of suppressing dissenting voices. Such abuse cannot be considered “punching up”, the oppressed venting frustration at the oppressor. It is at best horizontal hostility (Kennedy, 1970), at worst a legitimisation of male violence against women.

Queer identity politics fail to account for and at times wilfully ignore the ways in which women are oppressed as a sex class. This selective approach to the politics of liberation is fundamentally flawed. Depoliticising gender, adopting an uncritical approach to the power imbalances it creates, benefits nobody – least of all women. Only the abolition of gender will provide liberation from the restrictions it imposes. The shackles of gender cannot be re-purposed in the pursuit of freedom.

 


Bibliography

Simone de Beauvoir. (1952). The Second Sex

Susan Faludi. (1991). Backlash: The Undeclared War Against American Women

Cordelia Fine. (2010). Delusions of Gender

bell hooks. (1981). Ain’t I a Woman?

Florynce Kennedy. (1970). Institutionalized Oppression vs. the Female

Finn MacKay. (2015). Radical Feminism

Chimamanda Ngozi Adichie. (2014). We Should All be Feminists

Rebecca Reilly-Cooper. (2015). Sex and Gender: A Beginner’s Guide

Sojourner Truth. (1851). Ain’t I a Woman?