Prendre les problèmes à la racine : à propos des jeunes femmes et du féminisme radical

Grasping Things at the Root: On Young Women & Radical Feminism is now available in French! Many thanks to TradFem for the translation.


 

Brève présentation : un certain nombre de jeunes femmes ont communiqué avec moi depuis un an en me demandant ce à quoi ressemblait le fait d’être ouvertement radicale au sujet de mon féminisme. Voir des jeunes femmes se rallier au féminisme radical me rend optimiste pour l’avenir. Mais que celles-ci aient peur de manifester publiquement un féminisme radical est tout à fait inquiétant. Voilà pourquoi cet article est dédié à l’ensemble des jeunes femmes assez audacieuses pour poser des questions et contester les réponses reçues.


 

Pourquoi le féminisme radical est-il attaqué à ce point ?

Holy Cow! Too Funny!!!!!!

Le féminisme radical n’a pas bonne presse. Ce n’est pas exactement un secret : l’affirmation ignoble de l’idéologue de droite Pat Robertson selon laquelle l’agenda féministe « …encourage les femmes à quitter leur mari, assassiner leurs enfants, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir lesbiennes » a donné le ton aux échanges généraux à propos du féminisme radical. Si le point de vue de Robertson sur notre féminisme frôle la parodie, sa misogynie, agrémentée d’une lesbophobie flagrante, a également servi à discréditer le féminisme radical comme suspect.

En effet, si le féminisme radical peut être rejeté comme un complot sinistre ou ciblé comme une simple blague, cela évite à la société de répondre à une foule de questions difficiles à propos de sa structure patriarcale. Il en résulte que le pouvoir n’a pas à être redistribué, ce qui permet de bloquer toute remise en question ennuyeuse pour les membres des classes oppresseures. La diabolisation du féminisme radical est un moyen très efficace d’entraver tout changement politique important, de maintenir le statu quo. Il est donc prévisible que la droite conservatrice s’oppose au féminisme radical.

Ce qui est souvent plus difficile à prévoir, ce sont les propos venimeux adressés au féminisme radical par la gauche progressiste, dont on s’attend à ce qu’elle soutienne une politique de justice sociale. L’atteinte de cette justice par les femmes appelle notre libération du patriarcat, y compris celle des contraintes du genre, qui est à la fois une cause et une conséquence de la domination masculine. Mais quand on se penche sur les raisons de l’hostilité de la gauche, elle devient tristement prévisible.

Deux facteurs ont permis à cette gauche de légitimer son opposition au féminisme radical. C’est d’abord la manière dont la politique de libération a été fragmentée par le néolibéralisme et remplacée par ce que Natasha Walter a appelé la politique du libre choix. Le choix personnel, et non le contexte politique, est devenu l’unité d’analyse préférée du discours féministe. Par conséquent, toute analyse critique des choix personnels, comme le préconise le féminisme radical, est devenue un facteur de discorde, malgré sa nécessité pour impulser tout changement social d’importance. Le deuxième facteur est la généralisation progressive d’une interprétation queer du genre. Au lieu de considérer celui-ci comme une hiérarchie qu’il faut contrer et abolir, la politique queer positionne le genre comme une forme d’identité, un simple rôle à performer ou à subvertir. Cette approche a pour effet ultime de dépolitiser le genre (ce qui est loin d’être subversif) en fermant les yeux sur son rôle dans le maintien de l’oppression des femmes par les hommes. Ce sont alors les féministes critiques du genre qui sont traitées comme l’ennemi, plutôt que le genre lui-même.

Conséquemment, nous nous retrouvons aujourd’hui dans un contexte où le féminisme radical est attaqué d’une extrémité à l’autre du spectre politique. Dans les médias sociaux, on a l’impression que les féministes radicales sont tout aussi susceptibles d’être prises à partie par des féministes s’autoproclamant queer que par des militants masculinistes – la principale différence entre les deux groupes étant que les masculinistes ne cachent pas, eux, leur détestation des femmes.

Les jeunes femmes sont particulièrement dissuadées de se rallier au féminisme radical. On nous a nourries de mots-clés sans substance comme « choix » et « empowerment », et on nous a incitées à poursuivre l’égalité au lieu de la libération. À partir des années 90, le féminisme a été présenté comme un label et diffusé par le monde du commerce et au moyen de slogans, plutôt qu’un mouvement social ayant pour but de démanteler le patriarcat capitaliste de la suprématie blanche (bell hooks).

guerilla girlaLa troisième vague du féminisme a été commercialisée comme une solution de rechange marrante au caractère sérieux de la deuxième vague, systématiquement calomniée comme sévère et sans joie. Certaines manifestations de l’oppression des femmes, comme l’industrie du sexe, ont été relookées comme autant de choix triviaux offrant un potentiel d’autonomisation (Meghan Murphy). Si les jeunes femmes ne sont pas disposées à accepter la danse-poteau et la prostitution comme autant de divertissements inoffensifs, nous risquons d’être dénoncées comme tout aussi rabat-joie que les femmes de la deuxième vague ; on nous refuse l’étiquette honorifique de « fille cool » et tous les avantages qui accompagnent le fait de ne pas contester le patriarcat. Ce n’est pas une coïncidence si des accusations lancées de façon routinière aux féministes radicales, comme celle de « puritaine » ou « bourgeoise à collier », sont lourdes de misogynie et d’âgisme : si les féministes radicales sont présumées être des femmes plus âgées, la logique du patriarcat exige que le féminisme radical soit ennuyeux et dépassé. Le désir de l’approbation masculine, inculqué de force aux jeunes filles dès la naissance, et la menace tacite d’être associée à des femmes plus âgées servent à empêcher les jeunes femmes de s’identifier au féminisme radical.

Si le féminisme libéral a séduit un vaste auditoire, c’est précisément parce qu’il ne menace pas le statu quo. Si les puissants sont à l’aise avec une forme particulière de féminisme – le féminisme libéral, le féminisme corporatif de l’adage « lean in », le féminisme qui se dit prosexe – c’est parce que ces formes de féminisme ne présentent aucun défi pour les hiérarchies où s’ancre leur pouvoir. Pareil féminisme ne peut permettre aucun changement social important et est donc incapable d’aider une classe opprimée, quelle qu’elle soit.

Quelles conséquences négatives a le fait de manifester un féminisme radical ?

Les réactions que suscite le fait de se manifester comme radicale sont particulièrement désagréables. Sans mentir, cela peut s’avérer intimidant au début. Mais avec le temps, cette peur reculera, voire se dissipera complètement. Vous allez arrêter de penser « Je ne pourrais jamais dire cela » et commencer à vous demander : « Pourquoi ne l’ai-je pas dit plus tôt ? » La vérité exige d’être dite, qu’elle soit ou non rassurante. Les réactions et les violences adressées aux féministes radicales sont de pures et simples tactiques de censure. Qu’elle provienne de la droite conservatrice ou de la gauche féministe queer, cette réaction de backlash (Susan Faludi) est une façon de supprimer des voix de femmes dissidentes. Constater cette dynamique a un effet libérateur, tant sur le plan personnel que politique. Sur le plan personnel, on reconnaît que la bonne opinion qu’auraient de vous des misogynes a bien peu de valeur. Sur le plan politique, il devient manifeste que prendre la parole est un acte de résistance. Vous allez simplement cesser graduellement de vous en faire.

Par contre, assumer la haine que des gens vous portent est un processus énergivore. À un certain moment, vous vous rendrez compte que vous n’êtes pas obligée de supporter ce fardeau et vous vous donnerez la permission de le déposer. Consacrez plutôt cette énergie à votre bien-être. Lisez un livre. Jouez d’un instrument. Parlez avec votre mère. Faites vos ongles. Écoutez en rafale une série télévisée comme The Walking Dead. Le temps que vous passez à vous inquiéter de ce que les gens disent de vous est une ressource précieuse qui ne peut être récupérée. Ne leur faites pas le cadeau de votre inquiétude, c’est exactement ce qu’ils veulent. Chassez les gens hostiles de votre espace mental.

Vous avez peur d’être qualifiée de TERF (féministe radicale trans-exclusive). Soyons réalistes : cette peur d’être stigmatisée comme TERF est ce pour quoi tant de féministes craignent de se montrer ouvertement radicales et sont de moins en moins disposées à reconnaître le genre comme une hiérarchie. Et il est normal de ressentir cette peur, dans une dynamique qui a pour but de vous effrayer. Cependant, la peur doit être mise en perspective. La toute première fois où l’on m’a traitée de « TERF » était pour avoir partagé une pétition d’opposition aux mutilations génitales féminines sur le réseau Twitter. Et quand j’ai souligné que les filles à risque de MGF l’étaient précisément du fait d’être nées femmes dans le patriarcat, et que les filles mutilées étaient souvent de couleur, vivant souvent dans le Sud global (Gayatri Spivak) – et donc peu avantagées par le « privilège cis » – les accusations se sont poursuivies, se répandant comme une traînée de poudre. Comme je ne me suis pas repentie pour avoir diffusé cette pétition, comme je n’ai pas condamné d’autres femmes pour sauver ma peau au tribunal de l’opinion publique, cela a continué. Le fait d’être lesbienne (une femme qui éprouve une attraction homosexuelle, c’est-à-dire désintéressée par les rapports sexuels impliquant un pénis) n’a fait qu’attiser les flammes. On peut aujourd’hui trouver mon nom sur diverses listes de personnes blackboulées ou bloquées aux quatre coins d’Internet, ce qui est assez drôle. Parfois, il faut vraiment en rire, c’est la seule façon de conserver son équilibre.

Ce qui est moins amusant, c’est de se faire dire que l’on est dangereuse. Il existe une notion insidieuse voulant que toute féministe qui interroge ou critique une perspective queer sur le genre constitue une sorte de menace pour la société. Des femmes ayant consacré toute leur vie adulte à mettre fin à la violence masculine contre les femmes sont maintenant décrites, sans aucune trace d’ironie, comme étant « violentes ». Au plan politique, il est inquiétant que tout désaccord sur la nature du genre soit défini comme une violence au sein du discours féministe. Il y a quelque chose d’indéniablement orwellien à qualifier de violentes les personnes qui s’opposent à des violences, dans la novlangue pratiquée par la politique queer. Présenter comme violentes les féministes critiques du genre occulte la réalité que ce sont des hommes qui exercent l’écrasante majorité des exactions infligées aux personnes trans ; ce faisant, on supprime toute possibilité pour les hommes d’être tenus responsables de cette violence. Les hommes ne sont pas blâmés pour leurs actes, quels que soient les dommages qu’ils causent, alors que les femmes sont souvent brutalement ciblées pour nos idées. À cet égard, le discours queer reflète fidèlement les normes établies par le patriarcat.

Le féminisme radical est généralement traité comme synonyme ou indicatif d’une transphobie, une accusation profondément trompeuse. Le mot transphobie implique une répulsion ou un dégoût qui n’existent tout simplement pas dans le féminisme radical. Je veux que toutes les personnes qui s’identifient comme trans soient à l’abri de tout tort, persécution ou discrimination. Je veux que toutes les personnes s’identifiant comme trans soient traitées avec respect et dignité. Et je ne connais pas une seule féministe radicale qui défendrait quoi que ce soit de moins. Malgré le désaccord entre les perspectives radicales et queer en matière de genre, cela ne résulte d’aucun fanatisme au sein des premières. L’abolition de la hiérarchie du genre a toujours été un objectif clé du féminisme radical, une étape nécessaire pour libérer les femmes de notre oppression par les hommes.

Comme c’est souvent le cas avec l’analyse structurelle, il faut penser en termes de classe d’oppresseurs et de classe d’opprimé.e.s. Dans le patriarcat, le sexe masculin est l’oppresseur et le sexe féminin l’opprimé – cette oppression a une base matérielle, ancrée dans l’exploitation de la biologie féminine. Il est impossible de détailler les formes d’oppression des femmes sans reconnaître le rôle joué par la biologie et sans considérer le genre comme une hiérarchie. Si les femmes sont privées des mots servant à définir notre oppression, un langage que la politique queer considère comme violent ou intolérant, il est impossible pour les femmes de résister à notre oppression. C’est là que réside la tension.

joan jettEn fin de compte, se faire insulter sur Internet est un coût que je suis plus que disposée à payer si c’est le prix nécessaire pour faire obstacle à la violence infligée aux femmes et aux jeunes filles. Si ce n’était pas le cas, je ne pourrais pas me qualifier de féministe.

Ai-je choisi de me manifester publiquement comme radicale ?

À aucun moment n’ai-je pris la décision de me manifester publiquement comme radicale. Même dans sa forme la plus basique, mon féminisme comprenait que la « positivité sexuelle » et la culture porno étaient en train de reconditionner l’exploitation des femmes comme « autonomisantes », et que les discussions sans fin sur le libre choix ne servaient qu’à occulter le contexte où ces choix étaient effectués. Je me souviens également de ma perplexité à voir les mots sexe et genre utilisés indifféremment dans le discours contemporain, alors que le premier désigne une catégorie biologique et le deuxième, une construction sociale fabriquée pour permettre l’oppression des femmes par les hommes. Je trouvais profondément déconcertant le fait de voir le genre traité comme une provocation amusante ou, pire, comme quelque chose d’inné dans nos esprits ; après tout, si le genre était naturel ou inhérent, il en irait de même du patriarcat. J’étais consciente que l’on traitait mes points de vue comme démodés, mais, même si cela tendait à m’isoler, je n’étais pas troublée par la tension entre mes opinions et ce que je reconnais aujourd’hui comme l’idéologie féministe libérale.

International-Feminism-01Ce n’est qu’en retrouvant des féministes radicales sur le réseau Twitter que j’ai compris que beaucoup de féministes contemporaines réfléchissaient selon le même cadre, bref, que ces idées n’existaient pas uniquement dans des livres écrits quelque vingt ans avant ma naissance. Je ne dis pas cela pour décrier le féminisme des années 1970, mais plutôt pour souligner une nostalgie presque attendrie dans ma conceptualisation de cette époque et de la politique qu’elle a mise au monde. La deuxième vague me donnait l’impression d’avoir eu lieu incroyablement loin – y réfléchir me faisait penser à une fête à laquelle vous êtes déjà quelques décennies en retard… C’était à mes yeux comme si le féminisme des idées et des actions radicales avait disparu. Aujourd’hui, je me rends compte que c’est exactement ce que les jeunes femmes sont amenées à penser, dans l’espoir que nous allons nous faire une raison et accepter notre oppression au lieu de la défier à la racine.

Ayant grandi et affiné mes idées, il semble maintenant peu probable que j’aurais trouvé une place si j’avais été dans ce contexte : en comparaison d’autres féministes lesbiennes, je suis assez apolitique en ce qui concerne la sexualité : je ne suis toujours pas convaincue qu’il est possible de choisir d’être lesbienne, je ne sais pas si je choisirais de l’être si cette option existait (il y a un attrait indéniable au fait d’être un peu plus « intégrée » qu’Autre), et je m’oppose à l’idée que les femmes bisexuelles manquent de courage dans leur praxis féministe, du fait de ne pas « devenir » lesbiennes. Pourtant, je n’aurais pas trouvé ma voie vers de telles conversations sans le féminisme radical exprimé sur Twitter.

Comme ma conscience politique a été catalysée par le féminisme radical de Twitter, une communauté où je continue à trouver stimulation et enchantement, il m’a semblé naturel de participer publiquement à ce discours. J’étais plus soucieuse du développement de mes idées – apprendre auprès d’autres femmes et plus tard, leur communiquer mes réflexions – que d’éventuelles réactions hostiles. De façon peut-être naïve, je n’avais pas pleinement envisagé l’avantage de dissimuler ma conviction politique. Me relier au discours féministe radical, participer à ses idées et communiquer avec leurs adeptes ont toujours été mes priorités. Je n’ai pas envisagé au début la possibilité d’acquérir un profil public, et je considère aujourd’hui le mien comme une séquelle généralement agaçante de ma participation au discours féministe, plutôt qu’un avantage qui vaille la peine d’être entretenu en soi, ce qui est peut-être pourquoi je ne pratique pas d’autocensure en vue de soigner ma popularité.

Y a-t-il des conséquences professionnelles au fait d’être une féministe radicale ?

Cela dépend de ce que vous faites comme métier. D’innombrables féministes radicales ont été signalées à leurs employeurs pour avoir souligné la différence entre les concepts de sexe et de genre. Quand vous travaillez dans le domaine des femmes, être ouvertement radicale présente un risque particulier. De même, les femmes qui sont universitaires ou possèdent une forme ou l’autre de pouvoir institutionnel sont dans une position délicate, face au dilemme de mettre en danger une carrière ou de s’exprimer franchement. Je connais des dizaines de féministes radicales qui réalisent plus d’avancées sociales pour les autres femmes en ne disant rien d’explicitement radical – tout en faisant le travail le plus extraordinaire et le plus nécessaire. Aucun de ces travaux ne serait possible si ces femmes choisissaient de mourir au champ d’honneur de la politique de genre. Un résultat direct d’une telle politique serait des pertes pour d’autres femmes ; qu’il s’agisse de cours d’alphabétisation ou de l’adoption de politiques pour contrer la violence masculine, il y aurait des conséquences très réelles si des femmes secrètement radicales perdaient leurs postes. Il y a des moments où garder le silence est l’option la plus intelligente, en particulier dans les conversations sur la politique de genre, et je ne condamnerai jamais les femmes qui prennent cette décision tactique.

Ma carrière en est une de travailleuse autonome : à cet égard, je trouve utile de n’être redevable qu’envers moi-même. Cela étant dit, une carrière autonome dépend des organisations qui sont disposées à commander mes écrits ou mes ateliers. Le rôle de paria est plutôt contre-productif à cet égard. Il est arrivé que des gens contactent (ou du moins menacent de contacter) des endroits où j’étudie, fais du bénévolat ou écris. Rien n’en est advenu. Pourquoi ? Parce que leurs accusations sont fausses. Je n’ai rien à cacher au sujet du féminisme : il n’y a pas de squelettes dans le placard de ma politique sexuelle. Je ne dirai jamais rien d’autre que ce que je crois, ce que je peux étayer avec des preuves, ce que soutient un corpus important de théorie féministe.

Il est crucial de pouvoir parler avec conviction et de documenter ses dires quand ils sont remis en question. Ces qualités sont aussi celles auxquelles font appel les personnes et les organisations qui m’engagent. Un thème récurrent de ces commissions est qu’au moins une personne au sein de chaque organisation a discrètement exprimé son soutien de mon féminisme radical. Bref, le féminisme radical est moins ostracisant qu’on veut nous le faire croire.

Je suis chargée de produire du travail en lequel je crois. Rien de ce que mes détracteurs disent ou font ne change cette réalité. Pour citer Beyoncé, la meilleure revanche est le papier dont vous disposez.

Comment réagissent les féministes non radicales ?

Assez mal. Pas toujours, mais souvent. Certaines de mes discussions les plus enrichissantes et les plus stimulantes sur le plan de la réflexion ont été avec des femmes qui ne sont pas des féministes radicales, mais qui engagent la discussion de bonne foi. Malheureusement, ces interactions sont la minorité.

Les menaces venues d’inconnu.e.s, tout en étant parfois effrayantes, sont une chose à laquelle je me suis habituée. Je les signale aux autorités compétentes et je poursuis ma route. À la suite de la période d’attaques la plus concentrée que j’aie subie, ce ne sont pas les menaces qui m’ont le plus pesé, mais les réactions des féministes queer et libérales. Certaines d’entre elles se sont publiquement réjouies de ces violences et de leurs conséquences. Leur féminisme est du type qui s’oppose au racisme, à la misogynie, à l’homophobie, etc. jusqu’à ce que ces préjugés nuisent à quelqu’un dont la politique ne s’harmonise pas à la leur. J’ai trouvé cela déconcertant. Préparez-vous à ces moments. Soyez également prêtes à perdre de faux amis.

C’est une position étrange dans laquelle se retrouver. Si l’étiquette TERF vous a déjà été appliquée, elle enlève quelque chose à votre humanité aux yeux du grand public. Vous n’êtes plus considérée comme méritoire d’empathie ou même de décence humaine fondamentale. Cela n’a rien de surprenant, car l’épithète de TERF est souvent accompagnée de menaces et de descriptions explicites de violences. Elle a pour effet de légitimer la violence à l’égard des femmes.

L’insulte TERF fonctionne comme l’accusation de « sorcière » dans la pièce Les Sorcières de Salem. Ce n’est qu’en condamnant d’autres femmes que vous pouvez éviter d’être vous-même condamnée. La panique répandue rend certaines personnes frénétiques. Beaucoup de féministes seront prêtes à vous qualifier de monstre pour sauver leur propre réputation. Elles ne méritent pas votre respect, sans parler du temps qu’il faudrait pour comprendre leurs motifs.

Cela vaut également la peine de se pencher sur les réactions de féministes qui ne sont pas publiquement radicales. Des femmes me confient régulièrement que j’exprime leurs convictions intimes, elles me remercient de prendre la parole, me disent que mes écrits résonnent auprès d’elles. Cela a un côté gratifiant, oui, mais aussi un effet d’isolement. Un courage presque surnaturel est projeté sur les femmes ouvertement radicales, en une forme d’exceptionnalisme souvent utilisée par d’autres femmes pour justifier leur silence. La chroniqueuse Glosswitch parle souvent de ce phénomène et elle a raison : il serait beaucoup plus gratifiant que les femmes qui nous expriment un soutien en privé revendiquent publiquement leur propre politique radicale, si elles sont en mesure de le faire.


Bibliographie

bell hooks. (2004). The Will to Change: Men, Masculinity, and Love

Susan Faludi. (1991). Backlash: The Undeclared War Against American Women

Feminist Current

Miranda Kiraly  & Meagan Tyler (eds.). (2015). Freedom Fallacy: The Limits of Liberal Feminism

Gayatri Spivak. (1987). In Other Worlds: Essays in Cultural Politics

Natasha Walter. (2010). Living Dolls: The Return of Sexism

Hibo Wardere. (2016). Cut: One Woman’s Fight Against FGM in Britain Today


Translation originally posted here.

Original text initially posted here.

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Grasping Things at the Root: On Young Women & Radical Feminism

A brief foreword: a number of young women have contacted me in the last year, writing to ask about what it is like to be publicly radical in my feminism. That young women embrace radical feminism makes me optimistic for the future. That young women are too scared to be open about their radical feminism is utterly grim. And so this post is dedicated to every young woman bold enough to ask questions and challenge answers.

Update: this post has since been translated into French.


 

Why does radical feminism get so much bad press?

Radical feminism isn’t popular. That’s not exactly a secret – Pat Robertson’s infamous Holy Cow! Too Funny!!!!!!claim that the feminist agenda “…encourages women to leave their husbands, kill their children, practice witchcraft, destroy capitalism, and become lesbians” has set the tone for mainstream discussions of radical feminism. While Robertson’s perspective on radical feminism verges upon parody, his misogyny served with a side of blatant lesbophobia, it has also served to frame radical feminism as suspect.

If radical feminism can be written off as something sinister or dismissed as the butt of a joke, none of the difficult questions about the patriarchal structuring of society need to be answered – subsequently, power need not be redistributed, and members of the oppressor classes are saved from any challenging self-reflection. Rendering radical feminism monstrous is a highly effective way of shutting down meaningful political change, of maintaining the status quo. It is, therefore, predictable that the socially conservative right are opposed to radical feminism.

What’s often more difficult to anticipate is the venom directed towards radical feminism thought by the progressive left, which is assumed to support the politics of social justice. For women to achieve that justice, we must be liberated from patriarchy – including the constraints of gender, which is both a cause and consequence of male dominance. Yet, when one considers why that hostility emerged, it becomes sadly predictable.

Two factors enabled the left to legitimise its opposition to radical feminism. Firstly, the way in which liberation politics have been atomised by neoliberalism and replaced by the politics of choice (Walter). Personal choice, not political context, has become the preferred unit of feminist analysis. Therefore, critical analysis of personal choice – as advocated by radical feminism – has become a matter of contention despite its necessity in driving meaningful social change. The second factor is the gradual mainstreaming of a queer approach to gender. Instead of considering gender as a hierarchy to be opposed and abolished, queer politics position it as a form of identity, a part to be performed or subverted. This approach ultimately depoliticises gender, which is far from subversive, disregarding its role in maintaining women’s oppression by men. Feminists who are critical of gender are treated as the enemy, not gender in itself.

As a result, we find ourselves in a context where radical feminism is reviled across the political spectrum. On social media it feels as though radical feminists are just as likely to be abused by self-proclaimed queer feminists as we are men’s rights activists – the main difference between the two groups is that MRAs are honest about the fact they hate women.

Young women in particular are discouraged from taking up the mantle of radical feminism. We have been raised on a diet of hollow buzzwords like ‘choice’ and ‘empowerment’, taught to pursue equality instead of liberation. From the ‘90s onwards, feminism has been presented as a brand accessed through commercialism and slogans instead of a social movement with the objective of dismantling white supremacist capitalist patriarchy (hooks).

guerilla girlaThe third wave of feminism was marketed as a playful alternative to the seriousness of the second wave, which is routinely misrepresented as joyless and dour. Manifestations of women’s oppression, such as the sex industry, were repackaged as harmless choices with the potential to empower (Murphy). If young women are not prepared to accept pole dancing and prostitution as a harmless bit of fun, we risk being tarred by the same boring brush as the second wave; we are denied the label of “cool girl” and all the perks that come with remaining unchallenging to patriarchy. It is no coincidence that “pearl-clutching” and “prude”, accusations commonly directed towards radical feminists, are loaded with ageist misogyny – if radical feminists are presumed to be older women, the logic of patriarchy dictates that radical feminism must be boring and irrelevant. Both the desire for male approval that is drilled into girls from birth and the tacit threat of being associated with older women are used to keep young women from identifying with radical feminism.

Liberal feminism has gained mainstream appeal precisely because it doesn’t threaten the status quo. If the powerful are comfortable with a particular form of feminism – liberal feminism, corporate “lean in” feminism, sex-positive feminism – it is because that feminism presents no challenge to the hierarchies from which their power stems. Such feminism can offer no meaningful social change and is therefore incapable of benefiting any oppressed class.

What are the negative consequences of being openly radical?

The backlash to being openly radical is the least fortunate element of it. I won’t lie: in the beginning, that can be intimidating. With time that fear will fade, if not dissipate. You will stop thinking “I couldn’t possibly say that” and start wondering “why didn’t I say that sooner?” The truth demands to be told, regardless of whether or not it happens to be convenient. Backlash and abuse directed towards radical feminists is a silencing tactic, plain and simple. Whether it comes from the conservative right or queer feminist left, that backlash (Faludi) is a means of silencing dissenting women’s voices. This realisation is freeing, both on a personal and political level. Personally, the good opinion of misogynists is of little value. Politically, it becomes clear that speaking out is an act of resistance. You will simply stop caring.

It takes energy, carrying the hatred people direct towards you – at some point you will realise that you’re not obliged to shoulder that burden and give yourself permission to set it down. Spend that energy on yourself instead. Read a book. Play an instrument. Talk with your mum. Do your nails. Binge-watch The Walking Dead. The time you spend worrying what people say about you, worrying if people like you, is a precious resource that cannot be recovered. Do not give them the gift of your worry – it is exactly what they want. Evict haters from your headspace.

You’re scared of being called a TERF. Let’s be real. That fear of being branded a TERF (trans-exclusionary radical feminist) is why so many feminists are afraid to be openly radical, are increasingly unwilling to acknowledge gender as a hierarchy. And that’s alright to feel that fear – it’s meant to be scary. However, the fear needs to be put into perspective. The first time I was ever called “TERF” was for sharing a petition opposing female genital mutilation on Twitter. And when I pointed out that girls were at risk of FGM precisely because they were born female in patriarchy, that the girls who are cut are often of colour, often living within the global south (Spivak) – not exactly enjoying a wealth of cis privilege – the accusations only continued.

It spreads like wildfire. Because I did not repent for sharing that petition, because I did not condemn other women to save myself in the court of public opinion, it went on. That I am a lesbian (a woman who experiences same-sex attraction, i.e. disinterested in sex involving a penis) has only fanned the flames. My name can now be found on various shit lists and auto-block tools across the internet, which is pretty funny. Sometimes you do just have to laugh – it’s the only way to stay sane.

What’s less amusing is being told that I am dangerous. There is an insidious idea that any feminist who queries or critiques a queer perspective on gender is some sort of menace to society. Women who have devoted their adult lives to ending male violence against women are now described, without a trace of irony, as being violent. On a political level, it’s disturbing that disagreement over the nature of gender is positioned as violence within feminist discourse. There is an undeniably Orwellian quality to those opposing violence being described as violent, a double-speak perfected by queer politics. Framing gender-critical feminists as violent erases the reality that men perpetrate the overwhelming majority of violence against trans people and, in doing so, removes any possibility for men to be held accountable for that violence. Men are not blamed for their deeds, no matter how much harm they cause, whereas women are often brutally targeted for our ideas – in this respect, queer discourse mirrors the standards set by patriarchy.

Radical feminism is commonly treated as being synonymous with or indicative of transphobia, which is deeply misleading. The word transphobia implies a revulsion or disgust that simply is not there in radical feminism. I want all people identifying as trans to be safe from harm, persecution, and discrimination. I want all people identifying as trans to be treated with respect and dignity. And I do not know another radical feminist who would argue for anything less. Although radical and queer perspectives on gender are conflicting, this does not stem from bigotry on the part of the former. Abolishing the hierarchy of gender has always been a key aim of radical feminism, a necessary step in liberating women from our oppression by men.

As is often the case with structural analysis, it is necessary to think in terms of the oppressor class and the oppressed class. Under patriarchy, the male sex is the oppressor and the female sex the oppressed – that oppression is material in basis, reliant on the exploitation of female biology. It is impossible to articulate the means of women’s oppression without acknowledging the role played by biology and considering gender as a hierarchy – deprived of the language to articulate our oppression, language which queer politics deems violent or bigoted, it is impossible for women to resist our oppression. Therein sits the tension.

joan jettUltimately, getting called names on the internet is a cost I am more than willing to pay if it is the price required to oppose violence against women and girls. Were it otherwise, I would be unable to call myself a feminist.

Did I choose to be ‘out’ as radical?

At no point did I make a decision to be publicly radical. Even in its most basic form, my feminism understood that ‘sex positivity’ and porn culture were repackaging women’s exploitation as ‘empowering’, that endless talk about choice only served to obscure the context in which those choices are made. I also recall being puzzled by the words sex and gender being used interchangeably in contemporary discourse – the former is a biological category, the latter is a social construction fabricated to enable the oppression of women by men. Seeing gender treated as an amusing provocation or, worse, something innate in our minds, was deeply disconcerting – after all, if gender is natural or inherent, so too is patriarchy. I was conscious that my views were considered old-fashioned but, although it was slightly isolating, not troubled by the tension between me and what I now know to be liberal feminism.

It was only through finding radical feminist Twitter that I realised plenty of International-Feminism-01contemporary feminists thought with the same framework, that these ideas did not exist solely in books that had been written some twenty years before I was born. I do not say this to disparage the feminism of the 1970s, but rather to point out that there was an almost wishful nostalgia to my conceptualisation of that era and the politics it embodied. The second wave felt impossibly far away – thinking about it was like thinking of a party for which you are already decades too late. It felt like that feminism, of radical ideas and action, was gone. Now I realise that is exactly what young women are conditioned to think in the hope that we will grow complacent and accept our oppression instead of challenging it at the root.

Having grown up and developed my ideas, it now seems unlikely I would have found a place had I been of that context – as lesbian feminists go, I am fairly apolitical with regard to sexuality: I’m still not convinced it is possible to choose to be a lesbian, do not know that I would choose to be a lesbian even if the option had been there (there is an undeniable appeal to being slightly more ‘of’ than Other), and oppose the notion that bisexual women are being half-hearted in their feminist praxis because they will not ‘become’ lesbians. Yet, I would not have found my way into those conversations without radical feminist Twitter.

As my political consciousness was catalysed by radical feminist Twitter, a community that continues to challenge and delight me, it seemed natural to participate in that discourse publicly. I was more concerned about developing my ideas – learning from and, later on, teaching other women – than any potential reaction. Perhaps naïvely, I had not fully considered the convenience of closeting my politics. Being connected to radical feminist discourse, engaging with its ideas and the women behind them, was always the priority. I did not initially consider the possibility of acquiring public profile, and now consider it as a largely unfortunate by-product of my participation in feminist discourse as opposed to something worth maintaining in its own right – perhaps why I do not self-censor for the sake of popularity.

Are there professional consequences for being a radical feminist?

It depends on what you do. Countless radical feminists have been reported to their employers for differentiating between sex and gender. Being openly radical when you work in the women’s sector carries a particular risk. Similarly, women who are academics or hold some form of institutional power are in a delicate position, faced with the dilemma of jeopardising a career or speaking out. I know dozens of radical feminists who achieve more social good for other women by saying nothing explicitly radical whilst doing the most extraordinary, necessary work. None of that work would be possible if those women chose to die on the hill of gender politics. A direct result of that would be other women losing out – from literacy classes to policy on male violence, there would be very real consequences if covertly radical women lost their positions. There are times when staying quiet is the smarter option, particularly in conversations about gender politics, and I will not condemn women who make that tactical decision.

My career is freelance – in this respect, being directly accountable only to myself is useful. That being said, a freelance career is dependent on organisations being willing to commission my writing or workshops. Becoming a pariah is fairly counterproductive in that respect. At points people have contacted (or at least threatened to contact) places where I study, volunteer, and write. Nothing has ever come of it. Why? Their accusations are false. I have nothing to hide about feminism – there is no shameful secret at the heart of my sexual politics. I will only ever say what I believe in, what I can back up with evidence, what a substantial body of feminist theory supports.

Being able to speak with conviction and follow through when questioned is crucial. Those qualities are also what appeal to the people and organisations who hire me. A recurring theme with commissions: at least one person within the organisation has covertly voiced support for my radical feminism. Radical feminism is less of an anathema than we are made to believe.

I am commissioned to produce work that I believe in. Nothing my detractors have said or done changes that fact. To quote Beyoncé, the best revenge is your paper.

How do non-radical feminists react?

Badly. Not always, but often. Some of the most rewarding and thought-provoking engagements are with women who are not radical feminists yet engage in good faith. Unfortunately, those interactions are in the minority.

Abuse from strangers, while it can be frightening, is something to which I have grown habituated. I report it to the relevant authorities and move on. Following the most concentrated period of abuse I have endured, it was not the threats that weighed on my mind, but the responses of queer and liberal feminists. A number openly celebrated my abuse and its consequences. Theirs is the type of feminism that is opposed to racism, misogyny, homophobia, etc. up until the point those prejudices damage someone whose politics do not align with their own. That was disconcerting. Be prepared for those moments. Be prepared to lose false friends, too.

It’s a strange position to be in. If the label TERF has ever been applied to you, it strips away something of your humanity in the eyes of the wider public. You are no longer viewed as a worthy recipient of empathy or even basic human decency. This isn’t surprising, because TERF is often used in conjunction with violent threats and graphic descriptions of abuse. It legitimises violence against women.

TERF functions something like “witch” in The Crucible. Only by condemning other women can you avoid that condemnation yourself. There is a frantic edge behind the panic it spreads. There are plenty of feminists who will be prepared to monster you to save their own reputations. They are not worth your respect, let alone the time it would take to puzzle out their motives.

It is also worth considering the responses of feminists who are not publicly radical. Women routinely tell me that I am saying what they believe, express gratitude that I speak out, tell me that my words resonate. And this is gratifying, yes, but it is also isolating. An almost supernatural courage is projected onto openly radical women, an exceptionalism that is often used by other women to justify their silence. Glosswitch often speaks about this phenomenon, and she is right – it would be far more rewarding if the women who offer private support would publicly claim their own radical politics instead, provided they are in a position to do so.


 

Bibliography

bell hooks. (2004). The Will to Change: Men, Masculinity, and Love

Susan Faludi. (1991). Backlash: The Undeclared War Against American Women

Feminist Current

Miranda Kiraly  & Meagan Tyler (eds.). (2015). Freedom Fallacy: The Limits of Liberal Feminism

Gayatri Spivak. (1987). In Other Worlds: Essays in Cultural Politics

Natasha Walter. (2010). Living Dolls: The Return of Sexism

Hibo Wardere. (2016). Cut: One Woman’s Fight Against FGM in Britain Today