Prendre les problèmes à la racine : à propos des jeunes femmes et du féminisme radical

Grasping Things at the Root: On Young Women & Radical Feminism is now available in French! Many thanks to TradFem for the translation.


 

Brève présentation : un certain nombre de jeunes femmes ont communiqué avec moi depuis un an en me demandant ce à quoi ressemblait le fait d’être ouvertement radicale au sujet de mon féminisme. Voir des jeunes femmes se rallier au féminisme radical me rend optimiste pour l’avenir. Mais que celles-ci aient peur de manifester publiquement un féminisme radical est tout à fait inquiétant. Voilà pourquoi cet article est dédié à l’ensemble des jeunes femmes assez audacieuses pour poser des questions et contester les réponses reçues.


 

Pourquoi le féminisme radical est-il attaqué à ce point ?

Holy Cow! Too Funny!!!!!!

Le féminisme radical n’a pas bonne presse. Ce n’est pas exactement un secret : l’affirmation ignoble de l’idéologue de droite Pat Robertson selon laquelle l’agenda féministe « …encourage les femmes à quitter leur mari, assassiner leurs enfants, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir lesbiennes » a donné le ton aux échanges généraux à propos du féminisme radical. Si le point de vue de Robertson sur notre féminisme frôle la parodie, sa misogynie, agrémentée d’une lesbophobie flagrante, a également servi à discréditer le féminisme radical comme suspect.

En effet, si le féminisme radical peut être rejeté comme un complot sinistre ou ciblé comme une simple blague, cela évite à la société de répondre à une foule de questions difficiles à propos de sa structure patriarcale. Il en résulte que le pouvoir n’a pas à être redistribué, ce qui permet de bloquer toute remise en question ennuyeuse pour les membres des classes oppresseures. La diabolisation du féminisme radical est un moyen très efficace d’entraver tout changement politique important, de maintenir le statu quo. Il est donc prévisible que la droite conservatrice s’oppose au féminisme radical.

Ce qui est souvent plus difficile à prévoir, ce sont les propos venimeux adressés au féminisme radical par la gauche progressiste, dont on s’attend à ce qu’elle soutienne une politique de justice sociale. L’atteinte de cette justice par les femmes appelle notre libération du patriarcat, y compris celle des contraintes du genre, qui est à la fois une cause et une conséquence de la domination masculine. Mais quand on se penche sur les raisons de l’hostilité de la gauche, elle devient tristement prévisible.

Deux facteurs ont permis à cette gauche de légitimer son opposition au féminisme radical. C’est d’abord la manière dont la politique de libération a été fragmentée par le néolibéralisme et remplacée par ce que Natasha Walter a appelé la politique du libre choix. Le choix personnel, et non le contexte politique, est devenu l’unité d’analyse préférée du discours féministe. Par conséquent, toute analyse critique des choix personnels, comme le préconise le féminisme radical, est devenue un facteur de discorde, malgré sa nécessité pour impulser tout changement social d’importance. Le deuxième facteur est la généralisation progressive d’une interprétation queer du genre. Au lieu de considérer celui-ci comme une hiérarchie qu’il faut contrer et abolir, la politique queer positionne le genre comme une forme d’identité, un simple rôle à performer ou à subvertir. Cette approche a pour effet ultime de dépolitiser le genre (ce qui est loin d’être subversif) en fermant les yeux sur son rôle dans le maintien de l’oppression des femmes par les hommes. Ce sont alors les féministes critiques du genre qui sont traitées comme l’ennemi, plutôt que le genre lui-même.

Conséquemment, nous nous retrouvons aujourd’hui dans un contexte où le féminisme radical est attaqué d’une extrémité à l’autre du spectre politique. Dans les médias sociaux, on a l’impression que les féministes radicales sont tout aussi susceptibles d’être prises à partie par des féministes s’autoproclamant queer que par des militants masculinistes – la principale différence entre les deux groupes étant que les masculinistes ne cachent pas, eux, leur détestation des femmes.

Les jeunes femmes sont particulièrement dissuadées de se rallier au féminisme radical. On nous a nourries de mots-clés sans substance comme « choix » et « empowerment », et on nous a incitées à poursuivre l’égalité au lieu de la libération. À partir des années 90, le féminisme a été présenté comme un label et diffusé par le monde du commerce et au moyen de slogans, plutôt qu’un mouvement social ayant pour but de démanteler le patriarcat capitaliste de la suprématie blanche (bell hooks).

guerilla girlaLa troisième vague du féminisme a été commercialisée comme une solution de rechange marrante au caractère sérieux de la deuxième vague, systématiquement calomniée comme sévère et sans joie. Certaines manifestations de l’oppression des femmes, comme l’industrie du sexe, ont été relookées comme autant de choix triviaux offrant un potentiel d’autonomisation (Meghan Murphy). Si les jeunes femmes ne sont pas disposées à accepter la danse-poteau et la prostitution comme autant de divertissements inoffensifs, nous risquons d’être dénoncées comme tout aussi rabat-joie que les femmes de la deuxième vague ; on nous refuse l’étiquette honorifique de « fille cool » et tous les avantages qui accompagnent le fait de ne pas contester le patriarcat. Ce n’est pas une coïncidence si des accusations lancées de façon routinière aux féministes radicales, comme celle de « puritaine » ou « bourgeoise à collier », sont lourdes de misogynie et d’âgisme : si les féministes radicales sont présumées être des femmes plus âgées, la logique du patriarcat exige que le féminisme radical soit ennuyeux et dépassé. Le désir de l’approbation masculine, inculqué de force aux jeunes filles dès la naissance, et la menace tacite d’être associée à des femmes plus âgées servent à empêcher les jeunes femmes de s’identifier au féminisme radical.

Si le féminisme libéral a séduit un vaste auditoire, c’est précisément parce qu’il ne menace pas le statu quo. Si les puissants sont à l’aise avec une forme particulière de féminisme – le féminisme libéral, le féminisme corporatif de l’adage « lean in », le féminisme qui se dit prosexe – c’est parce que ces formes de féminisme ne présentent aucun défi pour les hiérarchies où s’ancre leur pouvoir. Pareil féminisme ne peut permettre aucun changement social important et est donc incapable d’aider une classe opprimée, quelle qu’elle soit.

Quelles conséquences négatives a le fait de manifester un féminisme radical ?

Les réactions que suscite le fait de se manifester comme radicale sont particulièrement désagréables. Sans mentir, cela peut s’avérer intimidant au début. Mais avec le temps, cette peur reculera, voire se dissipera complètement. Vous allez arrêter de penser « Je ne pourrais jamais dire cela » et commencer à vous demander : « Pourquoi ne l’ai-je pas dit plus tôt ? » La vérité exige d’être dite, qu’elle soit ou non rassurante. Les réactions et les violences adressées aux féministes radicales sont de pures et simples tactiques de censure. Qu’elle provienne de la droite conservatrice ou de la gauche féministe queer, cette réaction de backlash (Susan Faludi) est une façon de supprimer des voix de femmes dissidentes. Constater cette dynamique a un effet libérateur, tant sur le plan personnel que politique. Sur le plan personnel, on reconnaît que la bonne opinion qu’auraient de vous des misogynes a bien peu de valeur. Sur le plan politique, il devient manifeste que prendre la parole est un acte de résistance. Vous allez simplement cesser graduellement de vous en faire.

Par contre, assumer la haine que des gens vous portent est un processus énergivore. À un certain moment, vous vous rendrez compte que vous n’êtes pas obligée de supporter ce fardeau et vous vous donnerez la permission de le déposer. Consacrez plutôt cette énergie à votre bien-être. Lisez un livre. Jouez d’un instrument. Parlez avec votre mère. Faites vos ongles. Écoutez en rafale une série télévisée comme The Walking Dead. Le temps que vous passez à vous inquiéter de ce que les gens disent de vous est une ressource précieuse qui ne peut être récupérée. Ne leur faites pas le cadeau de votre inquiétude, c’est exactement ce qu’ils veulent. Chassez les gens hostiles de votre espace mental.

Vous avez peur d’être qualifiée de TERF (féministe radicale trans-exclusive). Soyons réalistes : cette peur d’être stigmatisée comme TERF est ce pour quoi tant de féministes craignent de se montrer ouvertement radicales et sont de moins en moins disposées à reconnaître le genre comme une hiérarchie. Et il est normal de ressentir cette peur, dans une dynamique qui a pour but de vous effrayer. Cependant, la peur doit être mise en perspective. La toute première fois où l’on m’a traitée de « TERF » était pour avoir partagé une pétition d’opposition aux mutilations génitales féminines sur le réseau Twitter. Et quand j’ai souligné que les filles à risque de MGF l’étaient précisément du fait d’être nées femmes dans le patriarcat, et que les filles mutilées étaient souvent de couleur, vivant souvent dans le Sud global (Gayatri Spivak) – et donc peu avantagées par le « privilège cis » – les accusations se sont poursuivies, se répandant comme une traînée de poudre. Comme je ne me suis pas repentie pour avoir diffusé cette pétition, comme je n’ai pas condamné d’autres femmes pour sauver ma peau au tribunal de l’opinion publique, cela a continué. Le fait d’être lesbienne (une femme qui éprouve une attraction homosexuelle, c’est-à-dire désintéressée par les rapports sexuels impliquant un pénis) n’a fait qu’attiser les flammes. On peut aujourd’hui trouver mon nom sur diverses listes de personnes blackboulées ou bloquées aux quatre coins d’Internet, ce qui est assez drôle. Parfois, il faut vraiment en rire, c’est la seule façon de conserver son équilibre.

Ce qui est moins amusant, c’est de se faire dire que l’on est dangereuse. Il existe une notion insidieuse voulant que toute féministe qui interroge ou critique une perspective queer sur le genre constitue une sorte de menace pour la société. Des femmes ayant consacré toute leur vie adulte à mettre fin à la violence masculine contre les femmes sont maintenant décrites, sans aucune trace d’ironie, comme étant « violentes ». Au plan politique, il est inquiétant que tout désaccord sur la nature du genre soit défini comme une violence au sein du discours féministe. Il y a quelque chose d’indéniablement orwellien à qualifier de violentes les personnes qui s’opposent à des violences, dans la novlangue pratiquée par la politique queer. Présenter comme violentes les féministes critiques du genre occulte la réalité que ce sont des hommes qui exercent l’écrasante majorité des exactions infligées aux personnes trans ; ce faisant, on supprime toute possibilité pour les hommes d’être tenus responsables de cette violence. Les hommes ne sont pas blâmés pour leurs actes, quels que soient les dommages qu’ils causent, alors que les femmes sont souvent brutalement ciblées pour nos idées. À cet égard, le discours queer reflète fidèlement les normes établies par le patriarcat.

Le féminisme radical est généralement traité comme synonyme ou indicatif d’une transphobie, une accusation profondément trompeuse. Le mot transphobie implique une répulsion ou un dégoût qui n’existent tout simplement pas dans le féminisme radical. Je veux que toutes les personnes qui s’identifient comme trans soient à l’abri de tout tort, persécution ou discrimination. Je veux que toutes les personnes s’identifiant comme trans soient traitées avec respect et dignité. Et je ne connais pas une seule féministe radicale qui défendrait quoi que ce soit de moins. Malgré le désaccord entre les perspectives radicales et queer en matière de genre, cela ne résulte d’aucun fanatisme au sein des premières. L’abolition de la hiérarchie du genre a toujours été un objectif clé du féminisme radical, une étape nécessaire pour libérer les femmes de notre oppression par les hommes.

Comme c’est souvent le cas avec l’analyse structurelle, il faut penser en termes de classe d’oppresseurs et de classe d’opprimé.e.s. Dans le patriarcat, le sexe masculin est l’oppresseur et le sexe féminin l’opprimé – cette oppression a une base matérielle, ancrée dans l’exploitation de la biologie féminine. Il est impossible de détailler les formes d’oppression des femmes sans reconnaître le rôle joué par la biologie et sans considérer le genre comme une hiérarchie. Si les femmes sont privées des mots servant à définir notre oppression, un langage que la politique queer considère comme violent ou intolérant, il est impossible pour les femmes de résister à notre oppression. C’est là que réside la tension.

joan jettEn fin de compte, se faire insulter sur Internet est un coût que je suis plus que disposée à payer si c’est le prix nécessaire pour faire obstacle à la violence infligée aux femmes et aux jeunes filles. Si ce n’était pas le cas, je ne pourrais pas me qualifier de féministe.

Ai-je choisi de me manifester publiquement comme radicale ?

À aucun moment n’ai-je pris la décision de me manifester publiquement comme radicale. Même dans sa forme la plus basique, mon féminisme comprenait que la « positivité sexuelle » et la culture porno étaient en train de reconditionner l’exploitation des femmes comme « autonomisantes », et que les discussions sans fin sur le libre choix ne servaient qu’à occulter le contexte où ces choix étaient effectués. Je me souviens également de ma perplexité à voir les mots sexe et genre utilisés indifféremment dans le discours contemporain, alors que le premier désigne une catégorie biologique et le deuxième, une construction sociale fabriquée pour permettre l’oppression des femmes par les hommes. Je trouvais profondément déconcertant le fait de voir le genre traité comme une provocation amusante ou, pire, comme quelque chose d’inné dans nos esprits ; après tout, si le genre était naturel ou inhérent, il en irait de même du patriarcat. J’étais consciente que l’on traitait mes points de vue comme démodés, mais, même si cela tendait à m’isoler, je n’étais pas troublée par la tension entre mes opinions et ce que je reconnais aujourd’hui comme l’idéologie féministe libérale.

International-Feminism-01Ce n’est qu’en retrouvant des féministes radicales sur le réseau Twitter que j’ai compris que beaucoup de féministes contemporaines réfléchissaient selon le même cadre, bref, que ces idées n’existaient pas uniquement dans des livres écrits quelque vingt ans avant ma naissance. Je ne dis pas cela pour décrier le féminisme des années 1970, mais plutôt pour souligner une nostalgie presque attendrie dans ma conceptualisation de cette époque et de la politique qu’elle a mise au monde. La deuxième vague me donnait l’impression d’avoir eu lieu incroyablement loin – y réfléchir me faisait penser à une fête à laquelle vous êtes déjà quelques décennies en retard… C’était à mes yeux comme si le féminisme des idées et des actions radicales avait disparu. Aujourd’hui, je me rends compte que c’est exactement ce que les jeunes femmes sont amenées à penser, dans l’espoir que nous allons nous faire une raison et accepter notre oppression au lieu de la défier à la racine.

Ayant grandi et affiné mes idées, il semble maintenant peu probable que j’aurais trouvé une place si j’avais été dans ce contexte : en comparaison d’autres féministes lesbiennes, je suis assez apolitique en ce qui concerne la sexualité : je ne suis toujours pas convaincue qu’il est possible de choisir d’être lesbienne, je ne sais pas si je choisirais de l’être si cette option existait (il y a un attrait indéniable au fait d’être un peu plus « intégrée » qu’Autre), et je m’oppose à l’idée que les femmes bisexuelles manquent de courage dans leur praxis féministe, du fait de ne pas « devenir » lesbiennes. Pourtant, je n’aurais pas trouvé ma voie vers de telles conversations sans le féminisme radical exprimé sur Twitter.

Comme ma conscience politique a été catalysée par le féminisme radical de Twitter, une communauté où je continue à trouver stimulation et enchantement, il m’a semblé naturel de participer publiquement à ce discours. J’étais plus soucieuse du développement de mes idées – apprendre auprès d’autres femmes et plus tard, leur communiquer mes réflexions – que d’éventuelles réactions hostiles. De façon peut-être naïve, je n’avais pas pleinement envisagé l’avantage de dissimuler ma conviction politique. Me relier au discours féministe radical, participer à ses idées et communiquer avec leurs adeptes ont toujours été mes priorités. Je n’ai pas envisagé au début la possibilité d’acquérir un profil public, et je considère aujourd’hui le mien comme une séquelle généralement agaçante de ma participation au discours féministe, plutôt qu’un avantage qui vaille la peine d’être entretenu en soi, ce qui est peut-être pourquoi je ne pratique pas d’autocensure en vue de soigner ma popularité.

Y a-t-il des conséquences professionnelles au fait d’être une féministe radicale ?

Cela dépend de ce que vous faites comme métier. D’innombrables féministes radicales ont été signalées à leurs employeurs pour avoir souligné la différence entre les concepts de sexe et de genre. Quand vous travaillez dans le domaine des femmes, être ouvertement radicale présente un risque particulier. De même, les femmes qui sont universitaires ou possèdent une forme ou l’autre de pouvoir institutionnel sont dans une position délicate, face au dilemme de mettre en danger une carrière ou de s’exprimer franchement. Je connais des dizaines de féministes radicales qui réalisent plus d’avancées sociales pour les autres femmes en ne disant rien d’explicitement radical – tout en faisant le travail le plus extraordinaire et le plus nécessaire. Aucun de ces travaux ne serait possible si ces femmes choisissaient de mourir au champ d’honneur de la politique de genre. Un résultat direct d’une telle politique serait des pertes pour d’autres femmes ; qu’il s’agisse de cours d’alphabétisation ou de l’adoption de politiques pour contrer la violence masculine, il y aurait des conséquences très réelles si des femmes secrètement radicales perdaient leurs postes. Il y a des moments où garder le silence est l’option la plus intelligente, en particulier dans les conversations sur la politique de genre, et je ne condamnerai jamais les femmes qui prennent cette décision tactique.

Ma carrière en est une de travailleuse autonome : à cet égard, je trouve utile de n’être redevable qu’envers moi-même. Cela étant dit, une carrière autonome dépend des organisations qui sont disposées à commander mes écrits ou mes ateliers. Le rôle de paria est plutôt contre-productif à cet égard. Il est arrivé que des gens contactent (ou du moins menacent de contacter) des endroits où j’étudie, fais du bénévolat ou écris. Rien n’en est advenu. Pourquoi ? Parce que leurs accusations sont fausses. Je n’ai rien à cacher au sujet du féminisme : il n’y a pas de squelettes dans le placard de ma politique sexuelle. Je ne dirai jamais rien d’autre que ce que je crois, ce que je peux étayer avec des preuves, ce que soutient un corpus important de théorie féministe.

Il est crucial de pouvoir parler avec conviction et de documenter ses dires quand ils sont remis en question. Ces qualités sont aussi celles auxquelles font appel les personnes et les organisations qui m’engagent. Un thème récurrent de ces commissions est qu’au moins une personne au sein de chaque organisation a discrètement exprimé son soutien de mon féminisme radical. Bref, le féminisme radical est moins ostracisant qu’on veut nous le faire croire.

Je suis chargée de produire du travail en lequel je crois. Rien de ce que mes détracteurs disent ou font ne change cette réalité. Pour citer Beyoncé, la meilleure revanche est le papier dont vous disposez.

Comment réagissent les féministes non radicales ?

Assez mal. Pas toujours, mais souvent. Certaines de mes discussions les plus enrichissantes et les plus stimulantes sur le plan de la réflexion ont été avec des femmes qui ne sont pas des féministes radicales, mais qui engagent la discussion de bonne foi. Malheureusement, ces interactions sont la minorité.

Les menaces venues d’inconnu.e.s, tout en étant parfois effrayantes, sont une chose à laquelle je me suis habituée. Je les signale aux autorités compétentes et je poursuis ma route. À la suite de la période d’attaques la plus concentrée que j’aie subie, ce ne sont pas les menaces qui m’ont le plus pesé, mais les réactions des féministes queer et libérales. Certaines d’entre elles se sont publiquement réjouies de ces violences et de leurs conséquences. Leur féminisme est du type qui s’oppose au racisme, à la misogynie, à l’homophobie, etc. jusqu’à ce que ces préjugés nuisent à quelqu’un dont la politique ne s’harmonise pas à la leur. J’ai trouvé cela déconcertant. Préparez-vous à ces moments. Soyez également prêtes à perdre de faux amis.

C’est une position étrange dans laquelle se retrouver. Si l’étiquette TERF vous a déjà été appliquée, elle enlève quelque chose à votre humanité aux yeux du grand public. Vous n’êtes plus considérée comme méritoire d’empathie ou même de décence humaine fondamentale. Cela n’a rien de surprenant, car l’épithète de TERF est souvent accompagnée de menaces et de descriptions explicites de violences. Elle a pour effet de légitimer la violence à l’égard des femmes.

L’insulte TERF fonctionne comme l’accusation de « sorcière » dans la pièce Les Sorcières de Salem. Ce n’est qu’en condamnant d’autres femmes que vous pouvez éviter d’être vous-même condamnée. La panique répandue rend certaines personnes frénétiques. Beaucoup de féministes seront prêtes à vous qualifier de monstre pour sauver leur propre réputation. Elles ne méritent pas votre respect, sans parler du temps qu’il faudrait pour comprendre leurs motifs.

Cela vaut également la peine de se pencher sur les réactions de féministes qui ne sont pas publiquement radicales. Des femmes me confient régulièrement que j’exprime leurs convictions intimes, elles me remercient de prendre la parole, me disent que mes écrits résonnent auprès d’elles. Cela a un côté gratifiant, oui, mais aussi un effet d’isolement. Un courage presque surnaturel est projeté sur les femmes ouvertement radicales, en une forme d’exceptionnalisme souvent utilisée par d’autres femmes pour justifier leur silence. La chroniqueuse Glosswitch parle souvent de ce phénomène et elle a raison : il serait beaucoup plus gratifiant que les femmes qui nous expriment un soutien en privé revendiquent publiquement leur propre politique radicale, si elles sont en mesure de le faire.


Bibliographie

bell hooks. (2004). The Will to Change: Men, Masculinity, and Love

Susan Faludi. (1991). Backlash: The Undeclared War Against American Women

Feminist Current

Miranda Kiraly  & Meagan Tyler (eds.). (2015). Freedom Fallacy: The Limits of Liberal Feminism

Gayatri Spivak. (1987). In Other Worlds: Essays in Cultural Politics

Natasha Walter. (2010). Living Dolls: The Return of Sexism

Hibo Wardere. (2016). Cut: One Woman’s Fight Against FGM in Britain Today


Translation originally posted here.

Original text initially posted here.

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Sex, Gender, and the New Essentialism

A brief foreword: This is the first in a series of essays on sex, gender, and sexuality. If you agree with what I have written, that is fine. If you disagree with any of the following content, that is also perfectly fine. Either way, your life will go on undisturbed after you close this tab irrespective of what you think about this post. Parts 2, 3, and 4 are now available.

I refuse to remain silent for fear of being branded the wrong type of feminist.  I refuse to remain silent as other women are harassed and abused for their views on gender. In the spirit of sisterhood, this post is dedicated to Julie Bindel. Our views may not always converge, but I am very glad of her work to end male violence against women. In the words of the late, great Audre Lorde: “I am deliberate and afraid of nothing.”

Update: this essay has now been translated into French and Spanish.


 

When I first enrolled as a Gender Studies student, my grandfather was supportive – delighted that I had found direction in life and developed a work ethic that had never quite materialised during my undergraduate years – yet bemused by the subject. “What do you need to study that for?” He asked. “I can tell you this for free: if you’ve got *male parts, you’re a man. If you’ve got *female parts, you’re a woman. There’s not much more to it. You don’t need a degree to know that.” (*Social convention prevented my grandfather and I from using the words penis or vagina/vulva in this conversation, or any other we shared.)

My initial reaction was shock: having spent a bit too much time on Twitter, having witnessed the extreme polarity of discourse surrounding gender, I was conscious that expressing such opinions on social media carried the risk of becoming subject to a sustained campaign of harassment. Then again, being white and male, I reasoned that – were my septuagenarian grandfather to venture onto Twitter – he would be likely to remain safe from this abuse, which is almost entirely directed towards women.

All the same, hearing that perspective spoken with such casualness as we sat in the garden together was a world apart from the tensions contained in digital space, the fear women carried of being branded the ‘wrong sort’ of feminist and publicly targeted as a result. This exchange pushed me to consider not only the reality of gender, but the context of gender discourse. Intimidation is a powerful silencing tactic – an environment governed by fear is not conducive to critical thought, public discourse, or the development of ideas.

Until the end of his life my grandfather remained blissfully unaware of the schism gender has created within the feminist movement, a divide that has been dubbed the TERF wars. For the uninitiated, TERF stands for Trans-Exclusionary Radical Feminist – an acronym used to describe women whose feminism is critical of gender and advocates the abolition of the hierarchy. How one should approach gender is arguably the main source of tension between feminist and queer politics.

The Hierarchy of Gender

 

Patriarchy is dependent on the hierarchy of gender. To dismantle patriarchy – the core objective of the feminist movement – gender must also be abolished. In patriarchal society, gender is what makes male the normative standard of humanity and female Other. Gender is why female sexuality is strictly policed – women called sluts if we allow men sexual access to our bodies, called prudes if we don’t – and no such judgements are passed on male sexuality. Gender is why women who are abused by men get blamed and shamed – ‘she was asking for it’ or ‘she provoked him’ – while the behaviour of abusive men is commonly justified with ‘boys will be boys’ or ‘he’s a good man, really’. Gender is why girls are rewarded for being nurturing, passive, and modest, traits that are not encouraged in boys. Gender is why boys are rewarded for being competitive, aggressive, and ambitious, traits not encouraged in girls. Gender is why women are considered property, passing from the ownership of father to husband through marriage. Gender is why women are expected to provide domestic and emotional labour along with the vast majority of care, yet such work is devalued as ‘feminised’ and subsequently rendered invisible.

Gender is not an abstract issue. A woman is killed by a man every three days in the UK. It is estimated that 85,000 women are raped every year in England and Wales. One in four British women experiences violence at the hands of a male partner, a figure which rises to one in three on a global scale. Over 200 million women and girls alive today have undergone female genital mutilation. The liberation of women and girls from male dominance and the violence used to maintain that power disparity is a fundamental feminist goal – a goal that is incompatible with accepting limitations imposed by gender as the boundaries of what is possible in our lives.

“The problem with gender is that it prescribes how we should be rather than recognising how we are. Imagine how much happier we would be, how much freer to be our true individual selves, if we didn’t have the weight of gender expectations… Boys and girls are undeniably different biologically, but socialisation exaggerates the differences, and then starts a self-fulfilling process.” – Chimamanda Ngozi Adichie, We Should All be Feminists

Gender roles are a prison. Gender is a socially constructed trap designed to oppress women as a sex class for the benefit of men as a sex class. And the significance of biological sex cannot be disregarded, in spite of recent efforts to reframe gender as an identity rather than a hierarchy. Sexual and reproductive exploitation of the female body are the material basis of women’s oppression – our biology is used as a means of domination by our oppressors, men. Although there are minority of people who do not fit neatly into the binary of biological sex – people who are intersex – this does not alter the structural, systematic nature of women’s oppression.

Feminists have been critiquing the hierarchy of gender for hundreds of years, and with good reason. When Sojourner Truth deconstructed femininity she critiqued the misogyny and anti-Black racism shaping how the category of woman was defined. Using her own physical prowess and fortitude as empirical evidence, Truth observed that womanhood was not dependent on the traits associated with femininity and challenged the Othering of Black female bodies required to elevate the perceived fragility of white womanhood into the feminine ideal. Ain’t I a Woman is one of the earliest known feminist critiques of gender essentialism; Truth’s speech was an acknowledgement of the interaction between hierarchies of race and gender within the context of white supremacist patriarchal society (hooks, 1981).

Simone de Beauvoir too deconstructed femininity, stating that “one is not born, but rather becomes, a woman.” With The Second Sex she argued that gender is not innate, but provides roles into which we are socialised into adopting in accordance with our biological sex. She highlighted the limitations of these roles, in particular the limitations imposed upon women as a result of gender essentialism, the idea that gender is innate.

As de Beauvoir observed, gender essentialism has been used against women for centuries in an effort to deny us entry to the public sphere, life independent of male dominance. Claims of women’s inferior intellectual capacity, inherent passivity, and innate irrationality were all used to restrict women’s lives to a domestic context on the basis that it was woman’s natural state. History demonstrates that insistence upon a female brain is a tactic of patriarchy used to keep suffrage, property rights, bodily autonomy, and access to formal education the preserve of men. Owing to the long history of misogyny resting upon assumptions of a female brain, in addition to it being scientifically untrue, neurosexism (Fine, 2010) is contradictory to a feminist perspective.

Yet the concept of a female brain is once more being advocated – not only by social conservatives, but within the context of queer and leftist politics, which are generally assumed to be progressive. Explorations of gender as an identity as opposed to a hierarchy often rely upon the presumption that gender is innate – “in the brain” – and not socially constructed. Therefore, the development of transgender politics and subsequent disagreements over the nature of women’s oppression – what lies at its root, and how woman is defined – has become a faultline (MacKay, 2015) within the feminist movement.

Feminism and Gender Identity

 

The word transgender is used to describe the state of an individual whose personal understanding of their own gender does not align with their biological sex. For example, someone born female-bodied who identifies as male is referred to as a transman. Someone born male-bodied who identifies as female is referred to as a transwoman. Being transgender can involve a degree of medical intervention, potentially including hormone replacement therapy and sex reassignment surgery, a process of transition undertaken to bring the material self into alignment with the internally held identity of a transgender person. However, of the 650,000 British people fitting under the trans umbrella, a mere 30,000 are estimated to have made any surgical or medical transition.

The term trans initially described those born male who identify as female, or vice versa, but is now used to denote a variety of identities rooted in gender non-conformity. Trans encompasses non-binary identity (when a person identified as neither male nor female), genderfluidity (when an individual’s identity is liable to shift from male to female or vice versa), and genderqueerness (when an individual identifies with both or neither masculinity and femininity), to name just a few examples.

Converse to transgender is cisgender, a word used to convey the alignment of biological sex and ascribed gender role. Being cisgender has been framed as a privilege by queer discourse, with cis people positioned as the oppressor class and trans people as the oppressed. Although trans people are undeniably a marginalised group, no differentiation is made between the cis men and women in consideration of how that marginalisation manifests. Male violence is consistently responsible for the murders of transwomen, a tragic pattern Judith Butler identifies as being the product of “…men’s need to meet culturally held standards of male power and masculinity.

From a queer perspective, it is the gender with which one identifies as opposed to the sex class to which one belongs that dictates whether one is marginalised by or benefits from patriarchal oppression. In this respect, queer politics are fundamentally at odds with feminist analysis. Queer framing positions gender in the mind, where it exists as a positively self-defined identity – not a hierarchy. From a feminist perspective, gender is understood as a means of perpetuating the structural power imbalance patriarchy has established between sex classes.

“If you do not recognise the material reality of biological sex or its significance as an axis of oppression, your political theory cannot incorporate any analysis of patriarchy. Women’s historic and continued subordination has not arisen because some members of our species choose to identify with an inferior social role (and it would be an act of egregious victim-blaming to suggest that it has). It has emerged as a means by which males can dominate that half of the species that is capable of gestating children, and exploit their sexual and reproductive labour. We cannot make sense of the historical development of patriarchy and the continued existence of sexist discrimination and cultural misogyny, without recognising the reality of female biology, and the existence of a class of biologically female persons.” – Rebecca Reilly-Cooper, What I believe about sex and gender

As queer theory is built upon post-structuralist thought, by definition it is incapable of providing cohesive structural analysis of systematic oppression. After all, if the material self is arbitrary in defining how one experiences the world, it cannot then be factored into the understanding of any political class. What queer theory fails to grasp is that structural oppression is not connected to how an individual identifies. Gender as an identity is not a vector in the matrix of domination (Hill Collins, 2000) – whether or not one identifies with a particular gender role has no bearing on where one is positioned by patriarchy.

The Problem with ‘Cis’

 

Being cis means “identify[ing] with the gender you were assigned at birth.” But the assignation of gender roles based upon sex characteristics is a tool of patriarchy used to subordinate women. Having the limitations imposed by gender used to define the trajectory of their development is the earliest manifestation of patriarchy in a child’s life, which is particularly damaging for girls. The essentialism behind assuming women identify with the means of our oppression rests on a belief that women are inherently suited to that oppression, that men are inherently suited to wield power over us. In other words, categorising women as ‘cis’ is misogyny.

Through the post-modern lens of queer theory, women’s oppression as a sex class is repackaged as a privilege. But, for women, being ‘cis’ is not a privilege. Globally, male violence is a leading cause in the premature deaths of women. In a world where femicide is endemic, where one third of women and girls can expect to experience male violence, being born female is not a privilege. Whether or not a natal female identifies with a particular gender role has no bearing whether she will be subject to female genital mutilation, whether she will struggle to access reproductive healthcare, whether she is ostracised for menstruating.

It is impossible to opt out of oppression that is material in basis by means of personal identification. Therefore, the label of cisgender has little to no bearing upon where women are positioned by patriarchy. To frame inhabiting a female body as a privilege requires a total disregard for the sociopolitical context of patriarchal society.

The fight for women’s rights has proven to be long and difficult, with advancements achieved at great cost to those who resisted patriarchy. And that fight is not over. Significant developments in the recognition of women’s rights brought about by the second wave of feminism were deliberately met with socio-political backlash (Faludi, 1991), a pattern currently repeating itself to the extent that women’s ability to legally access to abortion and other forms of reproductive healthcare is jeopardised by the mainstreaming of conservative fascism across Europe and in the United States. Intersections of race, class, disability, and sexuality too play roles in defining the ways in which structures of power act upon women.

Yet, in the name of inclusivity, women are being stripped of the language required to identify and subsequently challenge our own oppression.  Pregnant women become pregnant people. Breastfeeding becomes chestfeeding. Citing female biology becomes a form of bigotry, which makes addressing the politics of reproduction, birth, and motherhood impossible to directly address without transgressing. In addition, rendering language neutral of any reference to sex does not prevent or challenge women being oppressed as a sex class. Erasing the female body does not alter the means by which gender oppresses women.

Queer framing locates the ownership of gender discourse firmly with those identifying as trans. As a result, gender is a topic many feminists try to avoid in spite of the hierarchy playing a fundamental role in women’s oppression. Invitations to drink bleach or die in a fire are, unsurprisingly, an effective silencing tactic. Jokes and threats – often indistinguishable – about violence against women are commonly used as a means of suppressing dissenting voices. Such abuse cannot be considered “punching up”, the oppressed venting frustration at the oppressor. It is at best horizontal hostility (Kennedy, 1970), at worst a legitimisation of male violence against women.

Queer identity politics fail to account for and at times wilfully ignore the ways in which women are oppressed as a sex class. This selective approach to the politics of liberation is fundamentally flawed. Depoliticising gender, adopting an uncritical approach to the power imbalances it creates, benefits nobody – least of all women. Only the abolition of gender will provide liberation from the restrictions it imposes. The shackles of gender cannot be re-purposed in the pursuit of freedom.

 


Bibliography

Simone de Beauvoir. (1952). The Second Sex

Susan Faludi. (1991). Backlash: The Undeclared War Against American Women

Cordelia Fine. (2010). Delusions of Gender

bell hooks. (1981). Ain’t I a Woman?

Florynce Kennedy. (1970). Institutionalized Oppression vs. the Female

Finn MacKay. (2015). Radical Feminism

Chimamanda Ngozi Adichie. (2014). We Should All be Feminists

Rebecca Reilly-Cooper. (2015). Sex and Gender: A Beginner’s Guide

Sojourner Truth. (1851). Ain’t I a Woman?